Ioannes - 2003-05-26 13:53:59
Réponse
Chère Madame,
Votre message illustre combien mes craintes sont bien-fondées. Sous le prétexte que la grâce sanctifiante nous est destinée (vous eussiez pu ajouter : et qu'il est bon et louable d'enseigner et d'édifier les fidèles), vous semblez tirer toutes sortes de conclusions s'opposant, selon vous, à mon propos. Quant à moi, je ne vois pas l'opposition tant que l'on laisse sauves les distinctions et nuances s'imposant.
La messe n'est pas avant tout un lieu d'enseignement où le clergé ferait semblant de s'adresser à Dieu afin que les fidèles présents soient édifiés par de si jolies paroles. La messe n'est pas non plus une usine de grâces. Elle est avant tout sacrifice offert à la Majesté divine. L'oublieriez-vous ?
Toute liturgie est avant tout adoration - ou alors elle perd son sens. Au Ciel, il y aura une liturgie sans qu'il soit besoin d'édifier l'Assemblée et sans que les élus aient besoin des sacrements. Selon les Pères, cette liturgie céleste est la raison d'être de notre liturgie ici-bas, laquelle doit refléter celle-là.
Il n'y a, du reste, aucune opposition entre grâce et adoration - sauf dans une optique activiste et janséniste.
Pour finir, je vous avouerai n'avoir jamais compris comment, même dans une perspective janséniste, le fait de gigoter, d'imiter les mouvements du choeur, de jaillir de son banc au moindre prétexte, de gêner le chant de la schola ayant répétée pendant des heures pourrait nous mériter le moindre gramme de grâce.
Vous me parlez de padre Pio. Je vous raconte donc l'anecdote suivante (tout aussi vraie ou fausse que les autres anecdotes sur son compte) : un jour qu'à travers la foule habituelle, le saint se frayait un chemin vers la sacristie afin de se préparer pour le saint-sacrifice, il fut interpellé par une dame lui demandant un missel (pour faire sa 'participatio actuosa' à la messe, sans aucun doute). Le célébre capucin, peu rompu aux exercices de la dévotion participationniste, lui rétorqua : le seul missel dont vous ayez besoin, c'est moi qui l'aie et il se trouve sur l'autel.