Première messe à l'ancienne au Vatican depuis le Concile
Leopardi (62.160.54.xxx) -  2003-05-23 15:00:14

Première messe à l'ancienne au Vatican depuis le Concile

Première messe à l'ancienne au Vatican depuis le Concile
LE MONDE | 23.05.03 | 13h25
Un geste très contesté en direction des catholiques traditionalistes.

Dans l'une des basiliques vaticanes de Rome (Sainte Marie-Majeure), une messe solennelle à l'ancienne, en latin, dos tourné au peuple, sera célébrée samedi 24 mai, pour la première fois depuis le concile Vatican II (1962-1965), par un cardinal de la Curie, le Colombien Dario Castrillon-Hoyos. C'est précisément cette messe "préconciliaire", dans le rite dit de saint Pie V, que la messe moderne du pape Paul VI avait réformé.

Cet acte va rallumer les polémiques qui ont précédé et suivi le schisme "lefebvriste", du nom de cet évêque français, Mgr Marcel Lefebvre, décédé en 1991, chef de file de la minorité archiconservatrice du concile, excommunié par le pape après avoir consacré de son propre chef quatre évêques. Pour les milieux les plus attachés à la défense des réformes de Vatican II - notamment dans l'épiscopat français -, cette messe dans l'ancien rite, au c?ur même du Vatican, est une trahison. Pour la Curie, c'est un geste de réconciliation.

Depuis des années, Jean Paul II s'efforce de mettre fin à ce schisme et de ramener les brebis égarées au bercail.. La méthode consiste à accorder à la Fraternité Saint-Pie X, basée à Ecône, en Suisse, regroupant les évêques (excommuniés) et les prêtres (suspendus par Rome), un statut juridique sur mesure, leur laissant toute liberté de célébrer la messe à l'ancienne, d'enseigner le vieux catéchisme, tout en se replaçant sous l'autorité du pape ! Si les traditionalistes acceptent, les sanctions visant leurs ecclésiastiques seraient bien sûr levées.

RÉGRESSIONS DOCTRINALES

Une première greffe avait réussi, en 2002, pour les catholiques traditionalistes du Brésil, avec la création d'une administration apostolique particulière dans le diocèse de Campos, sous la direction d'un évêque issu de leurs rangs, nommé par le pape. Cette affaire, relancée par la messe solennelle célébrée ce samedi, déchire aussi bien le camp traditionaliste que les rangs conciliaires.

Dans le premier, une fraction est prête à accepter le compromis proposé par Rome : mieux vaut se rallier, avant sa mort, à un pape de doctrine plutôt traditionnelle que de risquer de finir comme une petite secte... Mais la majorité des responsables de Saint-Pie X réclament comme préalable à tout ralliement la reconnaissance du libre choix pour tout évêque, prêtre ou communauté de célébrer la messe dans le rite de son choix.

Officiellement, il n'y a pas de négociations entre la Curie et les schismatiques, mais des contacts sont noués, qui irritent au plus haut point tous ceux qui pensent que les concessions successives faites aux traditionalistes sont autant d'atteintes à l'héritage du concile. La messe en latin n'est que le prétexte à un désaccord de fond, depuis longtemps exprimé par les orphelins de Mgr Lefebvre, sur l'interprétation, l'héritage du concile et toutes les initiatives menées depuis, par exemple dans le dialogue interreligieux.

Faut-il se réconcilier à tout prix, au risque de nouvelles régressions doctrinales ? C'est l'enjeu. Reste que la dépression numérique du clergé est telle que la perspective d'une régularisation de la situation de quelques centaines de prêtres et séminaristes schismatiques apparaît déjà, à Rome et pour une partie des évêques français, comme une bouffée d'oxygène.

Henri Tincq
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.05.03