Commentaire de l'abbé Aulagnier sur l'encyclique
Wonder (195.93.73.xxx) -  2003-05-07 14:31:04

Commentaire de l'abbé Aulagnier sur l'encyclique

Pris dans ITEM de ce jour :
Commentaire de l'abbé Aulagnier sur Ecclesia de Eucharistia

Le pape Jean-Paul II, en la fête du jeudi saint – 17 avril 2003, donnait à l’Eglise sa 14ème Encyclique sur l’Eucharistie : Ecclesia de Eucharistia

CETTE ENCYCLIQUE EST TRES IMPORTANTE. ELLE EST PEUT-ETRE MEME – UN ACTE HISTORIQUE.
Elle est un appel du pape aux fidèles pour qu’ils retrouvent une vraie dévotion eucharistique. "C’est de l’Eucharistie que vit l’Eglise. C’est de ce "pain de vivant" qu’elle se nourrit. Comment ne pas ressentir le besoin d’exhorter tout le monde à en faire constamment une expérience renouvelée (n 7).
Mais ce n’est pas le seul but de l’encyclique. Elle est un rappel doctrinal sur la Sainte Eucharistie.
J’espère dit le pape que la présente encyclique pourra contribuer efficacement à dissiper les ombres sur le plan doctrinal et les manières de faire inacceptables afin que l’Eucharistie continue à resplendir dans toute la magnificence de son mystère.(n 10).
Mais elle n’est pas que cela. Elle set surtout un rappel doctrinal pour corriger les insuffisances notoires de la réforme liturgique issue du Concile Vatican II pour corriger les ambiguïtés du texte de "l’institutio géneralis" publié par la constitution apostolique "Missale Romanum" signée par le pape Paul VI, le 3 avril 1969.
Et de fait, le pape dit lui-même : vouloir corriger "les abus qui contribuent à obscurcir la foi droite et la doctrine catholique concernant cet admirable sacrement" (n 10) et il ne craint pas d’ajouter : "il faut malheureusement déplorer que surtout à partir des années de la réforme liturgique post-conciliaire… les abus n’ont pas manqué et ils ont été des motifs de souffrances pour beaucoup". (n 52).
Et pour ce faire, le pape reprend purement et simplement, dans son encyclique toutes les critiques théologiques et pastorales que le cardinal Ottaviani, tout au début de l’imposition "totalitaire" de cette réforme, avait présenté au souverain pontife régnant, le pape Paul VI, lui adressant le Bref Examen Critique.

A – DU SACRIFICE EUCHARISTIQUE.
On sait en effet que le "Bref Examen" critique les ambiguïtés du nouvel "ordo Missae" sur la notion de sacrifice, de sacrifice propitiatoire. C’est l’objet du chapitre 2 et du chapitre 3. Le pape en prend acte. Il y fait un large écho dans son encyclique, en rappelant la doctrine catholique sur ce sujet. Il y consacre les 4 premiers numéros du chapitre 1 : "la messe rend présent – dit-il le sacrifice de la croix". "L’Eucharistie est un sacrifice au sens propre" etc etc.

B – DE LA PRESENCE REELLE
Le "Bref examen critique" faisait remarquer aussi les ambiguïtés de la réforme sur la notion de présence réelle de N S J C dans l’Eucharistie. La présence réelle de N S J C dans l’Eucharistie est une présence "vraie, réelle, substantielle" qui se réalise par la conversion substantielle du pain au corps du Christ Seigneur, et du vin en son sang, conversion que l’Eglise appelle d’un mot très approprié "transsubstantiation". Ce qui n’en fait nullement une présence spirituelle ou subjective, comme certains textes et rubriques de la réforme liturgique pouvaient le laisser entendre .
Or sur ce sujet, le pontife fait un très substantiel rappel dans plusieurs endroits de son document et particulièrement dans le chapitre 1, des numéros 15 à 20 et dans le très beau chapitre V intitulé "la dignité de la célébration eucharistique". "Dans la messe, la représentation sacramentelle du sacrifice du Christ… implique une présence tout à fait spéciale qu’on nomme "réelle"… "substantielle" et que par elle, le Christ, homme-Dieu, se rend présent entier". Et de citer le Concile de trente et sa session 13ème en son chapitre 4.

C – DU SACERDOCE MINISTERIEL
Le "Bref examen critique" a fait remarquer également que la réforme liturgique s’exprimait d’une manière équivoque sur le vrai ministre de l’autel confondant, identifiant puisque, de toute façon ne distinguant pas suffisamment le sacerdoce ministériel du sacerdoce des fidèles. (cf Bref examen critique chap. 5 et 6).
Là aussi, le pape prend en compte cette critique et y consacre tout le chapitre III, l’Encyclique, intitulé "l’apostolicité de l’Eucharistie et l’Eglise".
Nul doute – et c’est là l’intéressant de ce texte – que le vœu du cardinal Ottaviani, dans sa lettre à Paul VI – trouve enfin un écho dans le cœur du pape. Il écrivait – le présentant le Bref examen Critique : "Nous sommes assurés que ces considérations directement inspirées de ce que nous entendons par la voix vibrante des pasteurs et du troupeau devront toujours trouver un écho dans le cœur paternel de votre Sainteté, toujours si profondément soucieux des besoins spirituels des fils de l’Eglise".

C’est donc chose faite aujourd’hui. Il a fallu attendre près de 40 ans. Peu importe – grâce soit rendue à Dieu qui prend soin de son Eglise. C’est sous ce rapport que cette encyclique Ecclesia de Eucharistia pourrait bien être historique.
Et même sous un autre aspect : En effet, le pape annonce, en son chapitre V, la publication prochaine d’un autre document qui aura pour objet le rappel, aux prêtres et aux fidèles, du respect dû aux "normes liturgiques" dans la célébration de la messe. Il confie cette charge à certains dicastères de la curie romaine. (n52).
Nul doute que le Cardinal Ratzinger sera la cheville ouvrière de ce prochain document – et qu’il en profitera pour installer la "réforme de la réforme" liturgique, qui lui tient à cœur. En effet ce nouveau texte sera l’occasion d’apporter les rectifications de la réforme liturgique qui s’imposent aux dires mêmes du pape et de son encyclique Ecclesia de Eucharistia. On ne voit vraiment pas comment ce nouveau texte pourrait s’éloigner du désir profond du pape : corriger les abus et dissiper les ombres sur le plan doctrinal et les manières de faire (n 10) de la réforme liturgique.

C’EST CE QUE DESIRAIT MGR LEFEBVRE.
"Je crois que Vatican II est susceptible d’une pia interpretatio (comme Saint thomas le faisait vis-à-vis de certains Pères). Je ne suis pas opposé à l’idée que le pape – par des documents – rectifie les ambiguïtés du concile. Je ne suis pas opposé non plus à l’idée d’une réforme de la réforme si, dans la réforme, il y a la rectifications".
Ce nouveau texte annoncé en sera la réalisation. Espérons qu’elle soit une bonne et définitive réalisation pour le bien de l’Eglise et qu’elle soit respectée.
En fin ce document est ou sera historique parce qu’il prépare les esprits à accepter le pluralisme liturgique dans l’Eglise : on n’est pas loin de reconnaître la légitimité dans l’Eglise de la messe dite de Saint Pie V, tous les écrits et les actes de la hiérarchie romaine actuelle le prouvent :
1 – la création d’une administration apostolique personnelle de Mgr Rifan avec le droit exclusif à la messe tridentine
2 – la célébration de la messe tridentine par le cardinal Castrillon Hoyos à Rome en la basilique Sainte Marie Majeure, le 24 mai 2003.
3 – la célébration de la messe tridentine de Mgr Léonard en Belgique, le 24 mai 2003.
4 – Les nombreux écrits du cardinal Ratzinger et du cardinal Stickler en faveur de la messe de Saint Pie V, et les critiques qu’ils y expriment de la réforme liturgique.
5 – la possibilité reconnue aujourd’hui pour les évêques de créer des églises personnelles pour les fidèles attachés à ce rite.
6 – les efforts multipliés pour trouver avec la Fraternité une solution lui laissant libre usage du rite de Saint Pie V.
7 – et enfin cette encyclique elle même et son numéro 49 : "De la, naît le parcours qu’a conduit progressivement à délimiter un statut spécial de réglementation pour la liturgie eucharistique dans le respect des diverses traditions ecclésiale légitimement constituée".
Voilà quelques aspects de ce document important… peut être historique.