Me suis aussi (un peu) fatigué
Frédéric Ronga -  2003-04-30 14:42:50

Me suis aussi (un peu) fatigué

Quelques réflexions qui n'engagent que moi, fidèle ingénu et ignorant des subtilités de la théologie, mais devant user son bon sens et sa raison pour garder la Foi. J'ose espérer que les liseurs excuseront les probables marques d'orgueil que pourraient révéler ces lignes : je ne suis pas (encore) saint (hem).

Ces précautions prises, j'en viens à mes réflexions sur les documents que vous soumettez à notre sagacité.


*** Sur Pastor Aeternus ***

En général, il me semble dangereux de citer ainsi hors contexte, même lorsqu'il s'agit d'encycliques. Il faut tâcher de pénétrer l'esprit de l'encyclique, non d'en extraire quelques lignes. Ainsi, on pourrait citer aussi l'un des extraits préférés des contestataires :

« Car le Saint Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi. » (ces lignes sont immédiatement suivies des vôtres).

Quelles sont donc les conditions objectives de l'assistance du Saint-Esprit ? Le bienheureux pape Pie IX les définit logiquement à la suite
de ces remarques plus générales :

« Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les moeurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. »

Cela ne fait aucune difficulté, je crois. La définition est claire et précise, et dans ces conditions aucune contestation n'est possible. Cela ne signifie pas que si toutes les conditions ne sont pas remplies, il n'y a pas d'assistance du Saint-Esprit !

Il faut noter que cette encyclique cite abondamment le concile de Florence qui avait tenté de résoudre le problème du schisme d'Orient (si je ne m'abuse). Je crois d'ailleurs que Pie IX avait souhaité à nouveau aborder la question et avait envoyé une lettre d'invitation aux patricarches orientaux (si quelqu'un a cette lettre, il serait intéressant de la publier). Il me semble donc qu'il faudrait être prudent dans les références à cette encyclique qu'il s'agit aujourd'hui d'interpréter à la lumière des rapprochements réalisés par Rome avec l'église orthodoxe. Je vous renvoie à l'entrevue accordée par Mgr Fellay à Il Giornale, dans lequel il mentionne fort à propos ce dialogue oecuménique.



*** Pie XII à l'archevêque de Boston ***

On aimerait bien avoir la lettre complète et son contexte. En particulier, on aimerait savoir comment faire lorsque la soumission à tel enseignement de l'Eglise (ou du Pape) implique l'insoumission à tel autre. Car c'est de cela qu'il s'agit, après tout. Vous souhaitez un exemple, je suppose.

- Dans l'encyclique Quanta Cura de Pie IX (par. 5) se trouve condamnée - infailliblement - la proposition suivante : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l'entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu'elles soient, par les moyens de
la parole, de l'imprimé ou tout autre méthode sans que l'autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite. » (voir aussi à ce sujet l'encyclique Mirari Vos de Grégoire XVI, d'ailleurs citée ici par Pie IX)

- On lit dans la déclaration « Dignitatis Humanae » du concile Vatican II (par. 2) : « Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'a fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même (2). Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l'ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu'il constitue un droit civil. »


Pie XII, éclairez-nous !


*** Lettre Quartus Supra ***

Cette lettre concerne « une nouvelle calamité qui affecte certaines Eglises d'Orient » (Quartus Supra, par. 1). Il s'agit en particulier (comme l'explique Pie IX dans « Non sine gravissimo » de membres (clercs ou laïcs) de l'Eglise arménienne de Constantinople qui ne reconnaissent plus l'autorité du Patriarche de Cilicie ni la juridiction canonique de l'évêque d'Ancyre.

« L'Eglise catholique a toujours considéré comme schismatique... » Non seulement cela ne semble plus le cas aujourd'hui, mais on lit dans l'encyclique « Ut Unum Sint » (par. 17) :
« Au terme de ces assises conciliaires, le Pape Paul VI a consacré la vocation oecuménique du Concile, renouant le dialogue de la charité avec les Eglises en communion avec le Patriarche de Constantinople et accomplissant avec lui le geste concret et hautement significatif qui a
« rejeté dans l'oubli » - et fait « disparaître de la mémoire et du sein de l'Eglise » - les excommunications du passé. Il convient de rappeler que la création d'un organisme spécial pour l'oecuménisme coïncide avec la mise en route de la préparation du Concile Vatican II (30) t
que, par l'entremise de cet organisme, les avis et les appréciations des autres Communautés chrétiennes ont eu leur place dans les grands débats sur la Révélation, sur l'Eglise, sur la nature de l'oecuménisme et sur la liberté religieuse. »


*** Léon XIII ***

Ce texte est très beau, merci !


*** Etsi Multa ***

Ne fait pas partie, semble-t-il, de la liste des officielle des écrits de Léon XIII. Il y a « Etsi cunctas » et « Dum multa », mais pas « Etsi multa ». Cela n'empêche : rien à redire ! Cela semble même la moindre des choses que d'être en communion de foi et de charité... Cette communion existe-t-elle aujourd'hui entre tous les évêques et le pape, d'ailleurs ? (Question annexe, j'en conviens)


Enfin, l'extrait de « Est sane molestum » est un magnifique code de conduite. Merci. Nous avons, il est vrai, la critique parfois trop facile.

In Christo.

F.Ronga