Le Pape, les Etats et la peine de mort (DICI n°13)
ARNAUD Xavier -  2001-06-22 20:46:42

Le Pape, les Etats et la peine de mort (DICI n°13)

Le Pape, les Etats et la peine de mort

Le débat sur la peine de mort est relancé à l’occasion de l’exécution, aux USA, de Timothy Mc Veigh.
On veut son abolition…Purement et simplement…partout. Plus en Amérique du Nord même qu’en Chine. Et pourtant, là, dans ce
pays communiste, 1000 exécutions ont lieu annuellement ! Mais nos médias s’acharnent sur les USA.
Un congrès pour l’abolition de la peine de mort se tient ces jours à Strasbourg. « France-Inter », le 19 Juin, y a consacré son
émission « Le téléphone sonne ».
Il faut noter que tous les journalistes qui soutiennent le mouvement pour l’abolition de la peine de mort, ne craignent pas d’invoquer
le soutien du pape Jean Paul II.
Nouvelle position de l’Eglise sur la peine de mort. Le Pape s’est en effet opposé à cette exécution capitale au « nom de la doctrine
catholique » ( !).
Et tout récemment encore, alors que le Pape recevait les lettres de créance du nouvel ambassadeur du Chili près le Saint Siège,
Monsieur Maximo Pacheco Gómez, il déclara dans son discours :
« Je me félicite de la récente décision du gouvernement et du parlement qui, avec l’appui actif de l’Eglise, ont aboli la peine
de mort. Il faut espérer que cette mesure favorisera un plus grand respect de la vie de tout être humain, de sa conception à
sa mort naturelle ». (vis – 010618)
A nos lecteurs, nous recommandons particulièrement l’étude du professeur Amerio dans son livre « Iota unum » (p. 360-366) à
consulter sur le site : http://www.le-combat-catholique.com. Et tout particulièrement ce passage :
« L’opposition à la peine capitale peut découler aussi de l’idée d’inviolabilité de la personne en tant que sujet protagoniste de la vie
terrestre, en prenant l’existence mortelle comme une fin en soit que l’on ne peut supprimer sans violer la destinée de l’homme ».

C’est bien la pensée du Pape. Malheureusement, voilà ce que lui répond Romano Amerio :
« Ce(…) motif de rejeter la peine de mort est considéré par beaucoup comme un motif religieux: il est irréligieux en réalité. Il oublie, en effet, qu'aux
yeux de la religion la vie n'a pas statut de fin mais de moyen menant à la finalité morale de la vie, qui dépasse tout l'ordre des valeurs terrestres
subordonnées. Prendre la vie d'un homme n'équivaut donc pas du tout à lui enlever définitivement la fin surnaturelle pour laquelle il est né et en
laquelle consiste sa dignité. L'homme est capable de « perdre, en voulant vivre, ses bons motifs de vivre « propter vitam, vivendi perdere causas »,
se rendre indigne de vivre, en prenant la vie comme la valeur même au service de laquelle elle est. C'est qu'il y a en ce motif un sophisme implicite,
supposant que l'homme, pratiquement l'Etat, est capable, en ôtant la vie au délinquant, de lui retrancher sa destinée, de le priver de sa fin dernière,
de lui enlever la possibilité d'accom­plir son rôle d'homme. C'est le contraire qui est vrai. On peut ôter la vie au condamné à mort, on ne peut pas lui
retirer sa fin dernière. Les sociétés qui nient la vie future et qui érigent en maxime le droit de vivre heureux sur terre doivent se garder de la peine de
mort comme d'une injustice qui éteint dans l'homme la faculté de se rendre heureux. C'est un paradoxe véritable, parfaitement vrai, que les
adversaires de la peine capitale prennent parti pour l'Etat totalitaire, puisqu'ils lui attribuent un pouvoir beaucoup plus grand qu'il n'en a, un pouvoir
absolument suprême, celui de priver un homme de sa destinée. La mort infligée par des hommes à d'autres hommes ne pouvant porter préjudice ni à
leur destinée morale ni à leur dignité humaine, elle peut bien moins encore empêcher la justice divine, ni lui porter préjudice : c'est celle?ci qui jugera
en dernier ressort tous les jugements. Le sens de la devise gravée sur l'épée du bourreau de Fribourg (en Suisse) : « Sei­gneur Dieu, tu es le juge »
n'est pas l'identification de la justice humaine avec la justice divine, mais au contraire l'aveu de cette justice suprême qui juge toutes les nôtres ».
(DICI. PA)