Une interview de Christine Boutin à France Catholique
ARNAUD Xavier -  2001-06-18 17:05:30

Une interview de Christine Boutin à France Catholique

trouvée à la page :
http://www.france-catholique.fr/archi/articles/Article105.html#haut
============================

CHRISTINE BOUTIN

C'est ça la politique !



Bientôt la loi du PACS - remise en cause dramatique du droit de la famille - sera votée à l'Assemblée nationale par une majorité de gauche, contrainte par ses chefs de faire front commun malgré les réticences intimes de beaucoup de ses membres. Cette gauche recevra peut-être le soutien de quelques francs-tireurs de droite soucieux de ne pas décevoir des cercles parisiens de libéralo-libertaires. Un peu plus tard, ce seront les lois de bioéthiques qui consacreront probablement une dérive de notre société où seul compte désormais le pouvoir de la science et de l'argent au détriment des droits des plus faibles. On serait pessimiste à moins. Mais heureusement, il nous reste Christine Boutin, député UDF des Yvelines, première vice-présidente du Conseil général et maire adjoint de Rambouillet, qui n'hésite pas à dire "Dieu premier servi" et qui, avec fraîcheur et efficacité, vient nous rappeler que la politique c'est fait pour s'en servir... et qu'on doit lutter toujours avec espoir. (1)

(1) Christine Boutin, Les larmes de la République,

Plon, 240 pages, 118 F



Entretien avec Christine BOUTIN

La Bible dans l'hémicycle par Christine Boutin

Pédagogues ou démagogues ? par Christine Boutin,

L'Alliance pour les Droits de la Vie

Contre le PACS : l'ultime recours



--------------------------------------------------------------------------------


C'est ça la politique !



La politique est-elle votre métier ?

Jamais je n'ai considéré la politique comme un métier. Je ne veux pas comparer une fonction politique avec une fonction économique en entreprise où, moyennant un salaire, on donne sa compétence. Un métier c'est très bien, c'est noble. Mais exercer une fonction politique, cela me paraît plus essentiel encore.

Il s'agit de trouver, par la réflexion et le débat, les mesures et les actions qui vont tirer toute la société vers le haut. Alors, c'est moins incarné qu'un métier, le député n'a en général pas de responsabilité directe, de pouvoir immédiat sur les choses, mais son influence peut-être beaucoup plus décisive...



Dans votre livre, vous exprimez pourtant votre bonheur d'élue local, d'intervenir pour des problèmes de répartition d'eau, de construction de crèches, d'urbanisme. Cela est très terre à terre...

Oui, c'est peut-être un paradoxe. Je crois que sans ce travail de terrain, je n'aurais jamais pu évoluer. Je serais restée peut-être sur les a priori qui étaient les miens il y a vingt-cinq ans. Et j'ai un grand respect pour tous les élus locaux, notamment les maires, auxquels on confie des responsabilités énormes alors qu'on ne leur donne pas les moyens correspondants.

Mais pour ma part, je me sens appelée désormais à d'autres combats que l'on ne peut mener qu'avec un mandat national.



Dans votre livre, vos opinions, vos réactions ne sont pas toujours celles qu'on attend de la femme de certitudes que l'on croit connaître... On vous voit parfois douter...

Je prends cette remarque comme un compliment, mais ne croyez pas qu'il s'agisse d'un travail d'image. Il est vrai qu'il est important pour moi de corriger dans l'opinion une image de "psychorigide" que des adversaires particulièrement déterminés, et en particulier le Premier ministre, ont voulu me coller. Ce serait tellement plus facile pour M. Jospin, si j'étais une "intégriste". Alors on pourrait justifier le refus absolu de discuter...

Je ne me vois pas comme une femme de "certitudes", je dirais plutôt, une femme de convictions... La vie que j'ai vécue m'a montré en effet que certaines expériences sont universelles. De ces expériences découlent des valeurs qui s'imposent à tous.

J'ai trouvé dans la religion catholique des vérités parfois difficiles à accepter mais qui sont d'une actualité brûlante. La politique m'a ancrée dans la foi. Ce n'est pas un carcan psychologique. Dieu donne à l'homme la liberté de refuser ou d'accepter son amour. Lorsque je tente de suivre les principes de l'Evangile, je ne le fais pas par soumission, mais j'exerce là, au contraire, totalement ma liberté.

Et ces convictions m'évitent d'être en état d'apesanteur comme tant d'hommes politiques de gauche comme de droite... Cela dit, aucune solution législative ne découle directement de ces convictions. On n'est jamais dispensé de s'informer, de réfléchir, de discuter, de convaincre...



Dans vos jugements vous semblez parfois plus sévère pour vos amis que pour des adversaires... A ceux-ci vous concédez même des qualités un peu facilement (au Canard enchaîné, à Roselyne Bachelot...)

Oui, on m'a reproché certaines anecdotes "vachardes". J'avais cru y mettre une certaine légèreté, dans le but de faire sourire le lecteur. Mais il est vrai que, dès le début de ma "carrière" j'ai eu l'occasion de rencontrer de grands responsables de droite et que certains m'ont déçue. Je n'avais alors aucune expérience de cet ordre et ma vie familiale ne m'avait pas préparée à les comprendre. J'avais idéalisé sans doute. Si j'ai dit un peu de mal des grands hommes de droite, c'est parce que ce sont ceux que je connais le mieux. Mais, tout de même, les élites de la droite des années 1980 m'ont semblé en complet décalage avec ce que voulaient les Français.

Et puis il y a aussi les choses que les Français ne veulent pas entendre et que, de mon point de vue, les hommes politiques auraient dû avoir le courage de leur dire depuis longtemps. J'aurais aimé que dans la famille politique que j'avais choisie, on ait ce courage-là.

Enfin il est vrai que j'aime à reconnaître les qualités de mes adversaires. La politique m'a peut-être appris à pardonner ou relativiser. J'ai observé par exemple que Michel Rocard avait essayé courageusement de faire des choses utiles pour les Français. Pourquoi ne pas le dire ? Même si les Français ne l'ont pas encore compris.



Tout cela explique votre parcours un peu libre par rapport aux formations politiques - le CDS, l'UDF... - dont vous ne partagez pas l'européisme béat par exemple.

Cette liberté ne m'est pas propre. La plupart de mes collègues députés qui sont régulièrement réélus, font la même expérience. Certes, on ne peut pas être élu si on n'a pas l'étiquette d'un parti. Les électeurs demandent ce repère indispensable. Mais, au-delà, le parti n'est pas très utile. Moins de 1% des Français sont inscrits dans un parti quelconque...

Ce que l'on nous demande ensuite c'est d'être sincère. Il faut donc être en accord avec les idées que l'on professe. On ne peut se contenter de réciter un catéchisme. A quoi bon élire des clones ? Nous sommes au Parlement pour débattre, au nom de la nation qui ne se réduit pas à quelques opinions stéréotypées, à quelques fonds de commerce politiques.



Pourtant le rôle des partis est prévu par notre Constitution et les lois de financement des campagnes politiques renforcent ce rôle.

Oui, tout est fait pour maintenir en place les structures et les personnes actuelles et ces lois, qui étaient indispensables, ont aussi des effets pervers.

Il me semble cependant que l'avenir de la démocratie passera beaucoup plus par des consultations directes, par des réseaux... que par un renforcement de partis qui, trop souvent, n'existent que pour mettre en valeur leur leader, sans autre souci de programme sérieux.

Croyez-moi, les députés de base ne comptent que sur eux-mêmes pour assurer leur réélection. Je suis un député de base comme les autres. Avec des journées très longues où on ne sait jamais ce qui va se passer, et avec un sentiment du provisoire très affirmé.

Je ne me plains pas de cette nécessité de piloter constamment à vue. La politique m'a obligée à garder les yeux constamment ouverts. C'est ainsi que j'ai mieux compris le sens de la vie, la nécessité du respect de la vie...



C'est là le combat pour lequel on vous connaît le mieux.

C'est celui qui m'a poussée le plus à vouloir rester député envers et contre tout. En 1997, je me suis en effet demandé si j'allais me représenter à l'Assemblée nationale. Je l'ai fait parce que je ne pouvais pas laisser tomber l'Alliance pour les Droits de la Vie à qui j'apportais beaucoup en étant parlementaire.

J'ai alors dit à mes électeurs que j'allais "changer de braquet". Désormais je mène un combat beaucoup plus général. Le respect de la vie, ce n'est pas seulement l'embryon, ce sont tous les aspects de la vie, c'est la vie de tous. La question de la misère me taraude. Vous ne pouvez pas savoir quelles détresses humaines on est amené à voir dans une permanence électorale. Détresses pour lesquelles on ne peut souvent pas grand chose. J'estime avoir des propositions à faire. Nous vivons le règne absolu de l'argent qui gangrène tout. Il faut dire haut et fort que l'argent n'est pas une valeur en soi.



Venons-en à votre combat contre le PACS, qui vous a rendue si célèbre. La bataille est-elle définitivement perdue ?

Je ne le crois pas. Comme député, cela a déjà été une immense satisfaction d'obliger le gouvernement à reporter le vote d'une session à l'autre. Le gouvernement a donc prévu une réinscription du projet de loi pour le 12 octobre. Et ce sera sans doute un vote tout à fait formel car la majorité est majoritaire...

Mais, qui peut le jurer ? En politique, il faut toujours se rappeler que tout est toujours possible.

D'abord une chose : je ne crois pas qu'il y aura de changement dans l'attitude de l'opposition, malgré ce qu'on dit ici ou là et la crainte obsessionnelle de certains de passer pour "ringards". Ensuite, il y a tout de même des possibilités de recours.

D'abord le recours devant le Conseil constitutionnel qui se prépare déjà actuellement au Sénat. Le Conseil a deux mois pour se prononcer et on ne peut pas exclure qu'il retienne un motif ou un autre d'inconstitutionnalité. Les membres du Conseil peuvent-ils éviter en effet de remarquer que ce projet est ambigu, inapplicable, qu'il risque de renforcer la confusion dans la société, de créer des litiges nouveaux et importants sans pour autant répondre aux exigences du petit lobby pour qui il est fait (une partie seulement des militants homosexuels) ? On ne peut pas interdire aux "sages" d'avoir un grain de bon sens !

Ensuite je crois que le président de la République peut, s'il le veut, jouer pleinement son rôle. Il dispose des moyens constitutionnels pour s'opposer au PACS symboliquement et fortement : avant de promulguer la loi, il peut lui-même la déférer au Conseil constitutionnel. Et il peut aussi en demander une nouvelle lecture au Parlement selon l'article 10 de notre Constitution. On repartirait alors à zéro. Et là, on aurait une chance d'éviter la catastrophe. Je soutiens donc l'Appel au Président lancé à l'initiative de jeunes qui ne baissent pas les bras. C'est quand tout est désespéré que souvent, le salut se profile à l'horizon...



Jacques Chirac ne le fera jamais !

Pourquoi pas ? S'il veut se repositionner politiquement dans la perspective des présidentielles, il y a intérêt. Les Français n'en ont-ils pas assez de ces hommes politiques qui votent à l'inverse de leur conscience pour des raisons d'image ?

Regardez Jospin, cette affaire n'est pas seulement pour lui un gage donné à sa gauche libertaire, alors qu'il mène une politique économique de droite. Ce n'est pas seulement une question d'image. Je crois Lionel Jospin, non seulement habile et chanceux en politique, mais aussi fidèle aux engagements de sa jeunesse. Sous ses aspects professoraux et élégants, c'est un vieux révolutionnaire qui ne se gêne pas pour détruire les fondements de notre société.

Face à cela, la droite - qui n'a cessé de mener une politique de gauche - a la possibilité de redire qu'elle tient à une société fondée sur la famille. Vu l'état actuel de la droite, seul le président de la République peut parler pour elle. Il a là une occasion unique de refaire l'unité, sur de vraies valeurs.



Il va aussi y avoir les lois de bioéthiques tout aussi dangereuses pour la personne humaine ?

Bien sûr : les lois sur la procréation assistée, l'utilisation des embryons par la science, l'euthanasie, l'extension du "droit à l'avortement" dont Mme Aubry a déjà parlé plusieurs fois... Tout cela est au menu de la gauche. Mais, étant donné l'ordre du jour chargé du Parlement, ce ne sera sûrement pas avant juin 2000. Et d'ici là, il peut se passer beaucoup de choses...



N'êtes-vous pas terriblement isolée dans vos points de vue et votre combat ?

Je ne crois pas qu'il n'y ait que les 100.000 personnes qui ont manifesté l'an dernier contre le Pacs pour comprendre qu'il faut défendre la famille... Cela dit, j'ai bien conscience de traverser une sorte de désert politique, mais je n'en suis ni étonnée, ni effrayée... C'est ça la politique ! Quant au gouvernement, est-il si sûr de lui ? Le rapport rendu au garde des Sceaux, le 15 septembre, sur la réforme du droit de la Famille pourrait bien lui ménager quelques portes de sortie en cas de résistance forte des familles ?



propos recueillis par

Frédéric AIMARD





--------------------------------------------------------------------------------




La Bible dans l'hémicycle



Ce 9 octobre 1998, lors du débat sur le Pacs à l'Assemblée, les murs parlementaires se sont enrichies d'un intéressant cas de figure. La majorité s'est mise à faire de l'obstruction. Nos collègues socialistes n'étaient pas bien nombreux, et il fallait laisser le temps au PS de rameuter ses troupes, faute de quoi l'exception d'irrecevabilité déposée par la droite allait être votée. Le Pacs rejeté ? Pensez donc ! Chacun des orateurs de gauche (madame le ministre Guigou, messieurs les rapporteurs Michel et Bloche) s'est employé à gagner du temps et à tenir le perchoir comme il le pouvait. Après que Jean-François Mattéi a fini de défendre son exception d'irrecevabilité, vint le tour de Mme Guigou. Par privilège ministériel, elle a la faculté, et assurément les facultés, de parler aussi longtemps qu'elle le souhaite devant l'Assemblée.

Malheureusement, au bout d'un quart d'heure, Elisabeth Guigou s'est trouvée prise de court. Elle s'est mise à relire le discours qu'on avait déjà essayé une heure auparavant. Comme j'avais un journal à côté de moi, je le lui ai tendu en lui disant qu'elle devrait nous le lire, nous n'avions pas eu le temps d'y jeter un il et ce serait plus intéressant pour tout le monde. En dépit de son sens de l'humour proverbial, Mme Guigou l'a ignoré. Or, j'ai trouvé une Bible dans mon sac. Une bonne vieille Bible à couverture verte, usée, cassée, pliée, feuilletée, tachée sur la tranche, qui ne me quitte pas et que je ne quitte pas. Prise d'une inspiration subite, j'ai brandi le livre en lui disant qu'elle aurait là la matière d'un beau discours. Puis je me suis rassise et j'ai remis le Livre dans mon sac.

Ce n'était pas un geste neutre, j'en conviens. Mais il était spontané, une simple façon de glisser un sourire dans ces doctes mais mornes débats. Ce n'était pas la première fois qu'un parlementaire lisait la Bible à la tribune, néanmoins, ce simple geste a été le début du "scandale Boutin" sur le Pacs. Chacun savait que je considérais le texte comme dangereux, mais cet infime épisode a pris une incroyable ampleur. D'autant plus grande, en vérité, que l'exception d'irrecevabilité a été votée. C'est énorme. Une procédure de ce type, déposée par l'opposition, n'aboutit jamais. On connaît un seul précédent, datant de 1978 : Jean Foyer, ancien garde des Sceaux, souhaitait mettre à mal un projet de TVA européenne [...]

Nous votions, nous, un vendredi. Le lendemain le RPR tenait ses journées parlementaires. Jean-Louis Debré, le président du groupe gaulliste, avait négocié, comme c'est l'usage, avec le gouvernement de Lionel Jospin pour qu'on ne discute pas ce texte important ce vendredi. M. Jospin n'en a tenu aucun compte et il a quand même inscrit le Pacs au menu. Le RPR devait partir en bon ordre pour sa réunion à Menton, on avait affrété un avion spécial et personne ne souhaitait discuter toute la nuit. C'est ce qui explique que le ban et l'arrière-ban du RPR aient été présents ce fameux vendredi. Comme quoi une mauvaise action n'est jamais perdue. L'opposition était très représentée, alors que les rangs de la majorité étaient clairsemés. Jospin attendait Grouchy et n'a vu que Blücher ; le Premier ministre a écopé d'un Waterloo parlementaire et a eu l'air d'un benêt. La faute est retombée sur le président du groupe socialiste. Jean-Marc Ayrault, moins ouvert qu'il ne tente de le faire croire; mais cette fois, il n'y était pour rien.

Du coup ma petite Bible a fait un scandale dont la presse s'est emparée. Ce que l'on sait moins, c'est que, lorsque Elisabeth Guigou a fini par s'épuiser, elle a cédé la place au groupe communiste qui tentait à son tour de gagner du temps. Et Georges Hage a pris la parole avec un petit discours soigneusement tapé : il nous a lu un passage de l'Ecclésiaste. Il s'apprêtait à enchaîner tranquillement (sans transition, comme au 20 heures) sur le Cantique des cantiques, lorsqu'il fut interrompu par le président Fabius, qui ne pouvait continuer de donner sa caution à une telle volonté de retarder le vote.

Cette Bible levée à l'Assemblée n'est ni un acte de courage ni une bravade. Certains m'ont jugée sectaire. D'aucun ont dit que si quelqu'un avait sorti le Coran, j'aurais crié à la provocation. Certainement pas. Je me rends compte aujourd'hui avec inquiétude que le principe de laïcité a subi une extraordinaire dérive. Je suis très attachée à la laïcité, qui est une richesse de notre République. Voilà que bien des responsables politiques, ceux-là mêmes qui devraient faire valoir le principe de distinction des pouvoirs spirituels et temporels, se sont mis à inventer un laïcisme antireligieux. Mais l'Etat laïc est basé sur la protection de la liberté de conscience et des religions. Il prend donc l'engagement de n'en privilégier ni reconnaître aucune. De ce fait, la laïcité est un regard d'accueil, d'écoute, de respect, et de tolérance. Guy Carcassonne, qui est une fine intelligence - de gauche -, explique fort bien que la laïcité doit être sacrifiée au principe de la liberté de conscience. Pourquoi ma minuscule affaire a-t-elle connu pareil retentissement ? Un communiste lit l'Ecclésiaste et personne n'en parle.



Ch. Boutin, Les larmes de la République, Plon, "Que ma joie demeure", pages 26 à 29.





--------------------------------------------------------------------------------




Pédagogues ou démagogues ?



On mesure mal l'importance des mots. Le temps s'est accéléré, on n'a plus guère le loisir de s'y intéresser. Ainsi, sans qu'on y prenne garde, certains mots ont disparu. Il en est d'autres qu'il n'est plus possible de prononcer. Le vocable famille était tabou en 1986. Avortement est toujours banni et lourdement cadenassé. Travail est à éviter, surtout si famille n'est pas loin. Patrie est confisqué. Et avec Travail, Famille, Patrie, on se colle une étiquette dans le dos et de quoi faire pénitence le restant de ses jours. Et l'on pourrait citer bien d'autres exemples.

C'est un long travail que de faire sortir un mot du silence. Nous avons réussi pour la famille : chacun y met ce qu'il veut, peut-être. C'est un petit succès, certes, qui a réclamé cependant beaucoup d'efforts. Au fond, il y a deux types de politiques : les démagogues et les pédagoques. Les premiers suivent l'air du temps et courent derrière la mode et l'opinion. Ils ont tendance à dire ce que tout le monde veut entendre, parce qu'il est toujours plus agréable d'entendre "oui" que "non", d'accepter que de refuser, et de rassurer (même pour peu de temps) que d'annoncer quelques désagréments. les seconds essaient de donner le cap, de montrer le chemin, parfois à la lampe électrique, parfois contre l'avis de tous. Ils préfèrent encourir la vindicte plutôt que se taire et font claquer des vérités qui rudoient les mélodrames du politiquement correct. Si un mot sort du silence, les premiers le répètent, le reprennent à leur compte, en faisant comme s'ils l'avaient toujours chanté. Ils donnent ainsi l'impression d'être l'équivalent des seconds. Voilà qui tend également à uniformiser la classe politique aux yeux de nos concitoyens, alors que cette division entre pédagogues et démagogues pose un problème d'une extrême gravité.

On croise en politique naturellement plus de démagogues que de pédagogues. Même si c'est scandaleux, ce sont les démagogues qui font le plus recette et sont les plus facilement réélus. Il faut savoir que les élus, comme tout un chacun, n'ont pas une inclination spontanée à l'héroïsme et qu'il est plus aisé pour eux de caresser le citoyen dans le sens du poil. La classe politique renvoie d'ailleurs son image à la société française, ni pire ni meilleure, mais ce n'est pas en cassant le miroir qu'on la changera. S'abriter derrière la majorité silencieuse, ronchonner au café contre les politiques n'est qu'une façon commode d'éviter de se remettre en cause. Les hommes et les femmes politiques sont dans leur grande majorité des gens éminemment respectables, qui poussent très loin le sens du service de l'autre. Il faut les aider à devenir des pédagogues, pour permettre aux électeurs d'être à leur tour plus citoyens. Et qu'ils définissent ensemble leurs priorités. S'il n'est pas satisfait, le citoyen ne renouvelle pas sa confiance à l'élu. c'est le principe de démocratie, "le pire des régimes à l'exception de tous les autres", selon la fameuse formule de Churchill.

Je ne saurais donc dénigrer globalement le "système" médiatique. Je ne saurais non plus l'ignorer. Je ne jouerai pas avec lui avec complaisance, mais je compte bien continuer d'y témoigner de ce que je crois en vérité. J'ai sans doute pâti un temps de cette exigence. Elle a fini par porter ses fruits : juste retour des choses.



Ch. Boutin, Les larmes de la Républiques, Plon, "Les mots", pages 75 et 76.





--------------------------------------------------------------------------------




L'Alliance pour les Droits de la Vie



"Agir pour que la priorité politique soit le respect de la vie, de la dignité de l'homme et de la famille", c'est la vocation affichée par l'Alliance pour les Droits de la Vie. Fidèle à sa mission depuis sa création par Christine Boutin en 1994, l'Alliance pour les Droits de la Vie a multiplié les interventions : campagne contre la pornographie, pour l'accueil de la vie, contre l'euthanasie, pour le respect de l'embryon... A chaque fois, c'est le plus petit, le plus faible qu'elle défend. Et c'est tout naturellement qu'elle se trouve aujourd'hui au coeur de la résistance au PACS. On lui doit l'animation joyeuse des manifestations pour la famille qui a séduit tous les observateurs. Et on retrouve bien sûr l'Alliance pour les Droits de la Vie et sa Présidente dans l'équipe qui soutien l'Appel au Président de la République contre le PACS.



Alliance pour les Droits de la Vie, B.P. 11-07 - 75326 Paris cedex 07 (tél. : 01.45.23.08.29 - fax. : 01.45.23.01.28).





--------------------------------------------------------------------------------




Contre le PACS : l'ultime recours

Depuis plus d'un an, des groupes minoritaires font pression sur le gouvernement pour obtenir une reconnaissance légale de la relation homosexuelle. Ils espéraient y parvenir rapidement mais à cette heure le PACS n'est toujours pas voté. La majorité des maires de France, soit près de 20 000, les associations familiales et leur instance représentative, l'UNAF, toutes les grandes confessions et de nombreuses personnalités, toutes sensibilités confondues, ont exprimé ces derniers mois leur refus du PACS et leur attachement au mariage républicain.

Malgré ce déploiement des oppositions, le gouvernement, resté sourd, s'apprête à enregistrer le vote du PACS à l'Assemblée nationale le 12 octobre prochain. L'opposition au projet ne baisse pas la garde pour autant. Il est vrai que la montée en puissance des adversaires du PACS avait créé la surprise et inquiété le gouvernement en rassemblant derrière la bannière Générations anti-PACS 100 000 manifestants à Paris le 31 janvier dernier. L'heure est à une nouvelle initiative d'envergure qui pourrait là encore créer le coup de théâtre. Contre le PACS, il existe un ultime recours.

La Constitution française de 1958 donne au président de la République d'importants pouvoirs. "Il est temps pour ce dernier d'y avoir recours" plaident certains constitutionnalistes.



L'appel au Président

Le président de la République, garant des institutions et de la cohésion nationale, dispose d'un arsenal de pouvoirs pour freiner voire empêcher la mise en place d'une loi contraire à l'intérêt général. Il a le pouvoir, à l'issue du vote en dernière lecture, de renvoyer une loi devant l'Assemblée nationale pour un réexamen (article 10 de la Constitution). Il a de plus le pouvoir de déférer lui-même la loi au Conseil constitutionnel (article 61 de la Constitution). Il a aussi le pouvoir d'adresser un avertissement fort aux parlementaires sous la forme d'un message à l'Assemblée nationale (article 18 de la Constitution).

Sur le dossier du PACS, monsieur Jacques Chirac s'est bel et bien exprimé. Si ses discours ont dénoncé les menaces du PACS, il faut admettre la portée limitée de telles interventions devant des assemblées acquises comme l'UNAF ou l'association de la Médaille de la Famille Française.

L'opposition au PACS souhaite aujourd'hui que le Président de la République passe de la parole aux actes. L'initiative prend une forme très originale : partout en France est organisée la première consultation d'initiative populaire. Les Français sont consultés pour répondre simplement par oui ou par non à la question suivante : Est-il important pour l'avenir de la France que son président s'engage contre le PACS ? Le résultat de ce quasi-référendum d'initiative populaire constituera un suffrage susceptible d'interpeller le futur candidat Jacques Chirac dans la perspective des présidentielles de 2002.

"Puisque le NON au PACS, aussitôt taxé d'homophobie, n'est pas une opinion qu'on peut exprimer en toute liberté, prenons la liberté de nous exprimer !" clame Bénédicte Chéron, l'une des jeunes porte-parole de l'initiative. Bénédicte continue : "Dans une consultation d'initiative populaire, c'est le peuple qui pose la grave question qui le préoccupe, c'est le peuple qui impose sa réponse à ceux qui gouvernent".

Après la manifestation du 31 janvier dernier, le grand mouvement populaire anti-PACS se donne donc un nouveau défi.



Générations Famille

"Nous défendons les enfants car ils seraient bien sûr les victimes du mariage homosexuel ; nous aimons la famille car elle est source de solidarité pour tous" argumente Frédéric, jeune bénévole assurant la permanence téléphonique au QG de l'opération. Pour amplifier le combat contre le PACS mais aussi au-delà du PACS, vient de naître Générations Famille. Réunissant les jeunes de la Coordination étudiante contre le PACS, des élus et des responsables associatifs, Générations Famille est une plate-forme opérationnelle pour mener de façon dynamique et originale le combat pour la famille. Les personnalités soutenant l'Appel au Président de Générations Famille se bousculent. Rémy Quennouelle, président de Générations anti-PACS, Michel Pinton, coordinateur du Collectif des Maires de France pour le Mariage Républicain, Christine Boutin, présidente de l'Alliance pour les Droits de la Vie ont déjà répondu présents.



Le rassemblement des forces

Générations Famille va frapper fort. Des milliers d'élus vont être contactés. Des encarts publicitaires viendront en appui. Générations Famille assoit toute sa mobilisation sur des centaines de relais répartis sur l'ensemble du territoire national. Cette force trans-associative est représentée dans chaque département de France.

Pour que le succès de cet appel au président de la République soit de grande ampleur, la participation de chacun est indispensable. La rédaction de France Catholique est heureuse de soutenir cette consultation nationale et vous invite tous à y répondre. Nous avons joint dans ce numéro un bulletin que vous pouvez photocopier, diffuser autour de vous et renvoyer à l'adresse de Générations Famille.



Générations Famille - Tél : 01 44 79 08 01 - Site internet : www.generations-famille.com

Retour au sommaire du dossier




--------------------------------------------------------------------------------


http://www.france-catholique.fr/archi/articles/Article105.html#haut

FRANCE CATHOLIQUE SEPTEMBRE 1999