Re : Ou même, ce que vous ....
Pr -  2003-03-18 09:45:38

Re : Ou même, ce que vous ....

La forme hiérarchique du Nouveau Testament
L'explication serait très longue, aussi vais-je schématiser.

a-Il m'est apparu évident que les premiers Évangiles ne furent pas écrits pour des profanes, (puisque la quasi totalité des chercheurs s'accorde à dire que le milieu chrétien de l’époque était constitué en très grande majorité d’illettrés) mais, prioritairement, sinon exclusivement, pour les disciples chrétiens qui prêchaient, et plus précisément pour ceux d'entre eux qui savaient lire (le grec probablement, la langue des lettrés de l'époque).

b-Il est certain que, pour une grande part, il s'agissait de mettre par écrit le message divin, ainsi que l'ensemble des faits concernant la vie et la mort du Christ : pour stopper la détérioration inévitable des souvenirs dans les esprits de ceux qui assuraient la transmission orale ; pour éviter les dérapages qui survenaient inévitablement entre les disciples appartenant à la même communauté régionale, lorsqu'ils prêchaient sans avoir comme source un document commun ; parce que les témoins oculaires commençaient à disparaître.

Ceci infère que les premiers Évangiles furent certainement écrits très tôt, en fonction des exigences exprimées, des besoins ressentis, par les disciples qui évangélisaient. Ceux-ci, (particulièrement les moins bien informé, ceux qui avaient la mémoire la moins sûre) souhaitaient certainement disposer, le plus rapidement possible, d'une version commune et incontestable des événements qui étaient la source de leur croyance.

c-Les premiers rédacteurs n'ont pas ressenti la nécessité : de donner une structure aux récits, de les développer, de les commenter ; d'établir la solidité de leurs témoignages, du fait, qu'ils étaient destinés à des gens "qui savaient", et que les événements décrits "avaient été vécus personnellement, ou recueilli de première main", par la plupart d'entre eux.

Deux autres raisons ont milité en faveur de l'écriture de documents concis, ne contenant que l'essentiel : d'une part, pour les prêcheurs qui se rendaient à pieds de village en village il était indispensable d'avoir un ouvrage léger, portable, non encombrant ; d'autre part, vu le fait qu'il fallait certainement remplacer fréquemment ces documents étant donné la fragilité du papyrus qui entraînait certainement une détérioration rapide, il fallait un document facile à renouveler, à rédiger, plutôt qu'un recueil exhaustif des récits, qui aurait été volumineux, long à mettre par écrit, encombrant et inutile pour des gens qui "savaient".

Ceci a fait que la solution qui s'est naturellement imposée à été la rédaction d'un document succinct qui était surtout destiné à être : un aide-mémoire, une récapitulation des faits, qui permettait à tous les prêcheurs d'être sur la même longueur d'onde, d'éviter les dérapages, les oublis.

Par ailleurs, il ne faut jamais oublier que les rédacteurs rédigeaient pour le temps présent, ils n'imaginaient certes pas que leurs écrits seraient lus, analysés, disséqués, 2000ans après, hors de leur contexte.

d-Il faut immédiatement noter que si le "manque" de structure, de commentaires, d'explications, de hiérarchie, dans nos textes n'avait pas grande importance pour les disciples de l'époque, en revanche, il généra de très graves inconvénients pour ceux qui vinrent après, "qui eux ne savaient pas". Car ce "manque" fut le germe : qui engendra la confusion ; qui a permis, au cours des siècles qui vont suivre, la manipulation de l'interprétation de nos textes, la déformation de l'enseignement du Christ recueilli par les Apôtres.

En effet, cette écriture sommaire, approximative, réalisée pour des personnes "qui savaient", avec des objectifs limités, a eu pour conséquence que dans le NT furent situés au même niveau hiérarchique : "le message divin proprement dit", et, sans classification particulière, tous les événements importants qui concernent le christ. Aussi, pour que nous puissions avoir une meilleure compréhension du Nouveau Testament je pense qu'il serait souhaitable de classer les textes de la manière suivante :

-La partie historique qui concerne la vie de Jésus, dans celle-ci nous retrouvons, par exemple : la naissance de Jésus, son enfance, la parenté de Jésus, les débuts de sa prédication, ses déplacements, l'appel des disciples. Les événements qui ont marqués sa vie, les circonstances de sa mort : trahison, arrestation, jugement, passion, résurrection, etc.
-La partie miracles les guérisons stupéfiantes, les miracles étonnants qu'Il a réalisés, qui démontrent son origine divine.
-la partie narrative qui donne des détails sur Saint Jean-Baptiste, Hérode, les traditions pharisaïques, les scribes, la mission des Apôtres, etc.
-La partie explicative dans celle-ci nous pouvons regrouper : les paraboles, les prêches (tel que les béatitudes), etc., par lesquels Jésus nous explique comment agir pour que nos actes s'inscrivent bien dans la ligne tracée par le message divin. Des récits qui, malgré les atteintes du temps et des hommes, révèlent une bonté infinie, une charité surhumaine. Bien compris, ce sont des modèles de comportement, des règles de conduite, d'une qualité incomparable, qui nous indiquent : "les vertus que doivent posséder et utiliser les chrétiens; les attitudes qu'ils doivent avoir dans les différentes circonstances de la vie, s'ils veulent respecter les souhaits divins et mériter la vie éternelle heureuse qui est leur objectif numéro un", etc.
-La partie fondamentale celle où nous retrouvons Les deux messages divins

Cette approche nous démontre clairement :
1-Que le N.T. "dans son ensemble" n'est pas le message divin. "Il le contient" à l'intérieur du recueil des faits qui s'y rapportent.
2-Que les textes aurait du être clairement dissociés suivant leur importance
3-Que du fait qu'ils n'ont pas été nettement dissociés, c'est souvent l'ensemble des faits qui entourent le message divin, (quelquefois mal écrits, mal décryptés, mal interprétés, mal traduit, même quelquefois déformés, manipulés, par des hommes très insuffisants), qui passe pour être le message divin lui-même et en donne une image très imparfaite.
4-Que c'est cette non séparation du message (parfait) et de ce qui l'entoure (imparfait), qui a permis, pour une très grande part, les interprétations néfastes qui en furent faites par certains.

Le résultat
C'est que, si, aujourd'hui encore, nous prenons en compte les Évangiles, tel quel, sans en avoir au préalable, mis en exergue "le message divin", dégagé la ligne de conduite originelle prescrite par notre Créateur, non seulement ils permettent de justifier une multiplicité d'interprétations, quelquefois contradictoires ; les positions divergentes, quelquefois opposées, que prennent certains chrétiens, mais, pire encore, ils donnent à nos ennemis (qui ne s'en privent pas) la possibilité de dévoyer totalement le sens du Message. Et cela devient encore plus compliqué lorsque les personnes se réfèrent aussi à l'ancien testament. C'est la raison pour laquelle, de nombreux chrétiens, lorsque ils prennent connaissance des textes tels qu'ils nous sont rapportés, sans idées préconçues, peuvent être déroutés, avoir de sérieux doutes sur leur exactitude, ainsi que sur la fidélité de leur interprétation, devenant ainsi des proies faciles pour nos détracteurs.

Ceux, par exemple, qui privilégient une interprétation incitant à un amour démesuré, confinant à l'irresponsabilité, peuvent citer les sections où il est dit :
"Ne jugez pas afin de n'être pas jugés"... saint Matthieu (5-5 à 7),"... Quelqu'un te donne t'il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre..." "je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs..." saint Matthieu (5-39 à 44),"... Seigneur, combien de fois mon frère pourra t'il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu'à sept fois ?" Jésus lui dis : "Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante dix sept fois." "Heureux les persécutés pour la justice car le Royaume des Cieux est à eux." (Saint Matthieu (5-1 Les Béatitudes), etc. (ce sont les versets préférés des exploiteurs et des pervers qui exploitent les chrétiens)

D'autres, moins nombreux, privilégiant une interprétation plus virile, citeront en exemple les sections où le Christ démontre une grande fermeté :
"uis Jésus entra dans le temple et chassa tous les vendeurs et acheteurs qui s'y trouvaient : Il culbuta les tables des changeurs, ainsi que les sièges des marchands de colombes..." dans saint Matthieu (21-12 à 17), "Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites qui fermez aux hommes le royaume des cieux...", "Serpents, engeances de vipères ! Comment pourriez-vous échapper à la condamnation de la géhenne ? ..." Dans saint Matthieu (23-13 à 36),"... Il est impossible que les scandales n'arrivent pas, mais malheur à celui par qui ils arrivent ! Mieux vaudrait pour lui se voir passer une pierre autour du cou et être jeté à la mer que de scandaliser un seul de ces petits. Prenez garde à vous ! " Saint Luc (17-1), etc.

En fait, les interprétations sont non seulement nombreuses au niveau des individus qui font leur petite cuisine à la carte (je considère comme bon ce qui ne me dérange pas), mais aussi elles peuvent varier en synchronisation avec les intérêts : des puissants, des groupes de pression, des idéologies des maîtres qui dirigent les nations. Notre religion n'est plus ainsi, uniquement le reflet de la vocation éternelle de l'être humain, mais en grande partie, le reflet d'intérêts terrestres toujours sordides. (Nous en avons eu un exemple avec Constantin. Le cas d'Henri VIII -qui a transformé subitement la religion catholique en religion anglicane, à cause d'une dissension avec le pape de l'époque au sujet de son divorce avec Catherine d'Aragon sa première épouse- en est un autre, et nous avons pu observer la théologie de la libération en Amérique du sud, etc.
PR