"Tomber amoureux, ce n'est quand même pas un crime !"
JOUSTRATE - 2003-02-26 16:28:08
"Tomber amoureux, ce n'est quand même pas un crime !"
Mgr Jacques Noyer, évêque d'Amiens
"Tomber amoureux, ce n'est quand même pas un crime !"
Dans l'exercice de votre ministère, avez-vous rencontré des cas semblables à celui de ce prêtre de l'Orne, père de trois enfants ?
J'ai été confronté une fois au cas d'un prêtre qui vivait avec une femme dont il avait eu un enfant. Il aimait cette femme, il a quitté le ministère et l'a épousée. Dans une affaire comme celle-là, mon rôle consiste à tout faire pour que le prêtre concerné assume ses responsabilités. S'il n'avait pas voulu épouser la mère, je lui aurais demandé d'assurer les frais de l'éducation de son enfant.
Connaissez-vous, dans votre diocèse d'Amiens, des prêtres qui vivent en couple ?
Officiellement, je n'en connais pas. J'ai quelques doutes sur tel ou tel. Mais ce sont des sujets difficiles à aborder. De toute façon, ces situations ne concernent qu'une faible proportion des prêtres. Certains supportent mal le célibat parce qu'ils sont bloqués, qu'ils n'arrivent pas assumer spirituellement leur choix. Ces situations peuvent se traduire par un manque de joie de vivre, un repli sur l'alcool, ou encore une crispation sur l'autorité dans les relations humaines. De telles attitudes plaident en faveur d'un assouplissement de la discipline ecclésiastique.
Est-il souhaitable que l'Eglise catholique latine évolue sur le célibat des prêtres ?
Le célibat restera toujours un choix de vie bien proportionné à l'engagement de servir l'Evangile. Il n'est pas question de le rejeter comme une chose mauvaise en soi. Simplement, il faut en avoir l'aptitude. Etre capable de maîtriser sa sexualité et de la transfigurer dans sa relation aux autres.
Manifestement, il y a des prêtres qui ne s'épanouissent pas dans le célibat. On ne peut tout de même pas les condamner à être malheureux toute leur vie. Il faut leur offrir une porte de sortie. Doivent-ils forcément quitter le sacerdoce ? Ne faudrait-il pas leur proposer un aménagement de leur ministère ? Après tout, il existe bien des diacres mariés. Je ne veux pas préjuger des solutions. On pourrait envisager, par exemple, une réduction à l'état diaconal, au lieu d'une réduction à l'état laïc.
A plusieurs reprises, vous avez déclaré que vous étiez favorable à l'ordination d'hommes mariés. Un tel changement dans l'Eglise catholique pourrait-il selon vous faire évoluer la situation des prêtres vivant en couple ?
Les deux sujets sont distincts. Se contenter de décider un jour qu'on ordonnera des hommes mariés ne résoudra pas le problème. Il y aura toujours des hommes qui s'engageront dans le célibat et qui découvriront plus tard qu'ils ne sont pas faits pour cela. Je n'ai pas de réponse définitive à une question que je souhaiterais voir posée dans l'Eglise catholique. Je me méfie toujours des réponses toutes faites. En tout cas, je pense qu'il ne faut pas dramatiser : qu'un homme et une femme tombent amoureux l'un de l'autre, ce n'est quand même pas un crime !
Etes-vous le seul dans l'épiscopat français à être favorable à une évolution de la discipline de l'Eglise sur le célibat ?
Certainement pas. Mais ce n'est pas un sujet facile à aborder publiquement. Le danger serait de déclencher chez telle ou telle personne concernée des souffrances, en lui faisant croire qu'une solution est proche, alors qu'elle ne l'est pas. Un évêque tout seul ne peut pas prendre une telle décision. Ces problèmes doivent être traités au niveau de l'Eglise universelle.
Propos recueillis par Xavier Ternisien
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 27.02.03