L'association compterait au moins 2 compagnes d'évêque (Le Monde
JOUSTRATE - 2003-02-26 16:27:09
L'association compterait au moins 2 compagnes d'évêque (Le Monde
L'association Plein Jour compterait au moins deux compagnes d'évêque
Plein Jour compte 500 membres, dont environ 200 compagnes de prêtre. L'association repose sur la clandestinité. Seules les membres du bureau acceptent de parler à visage découvert.
Elles s'appellent Laurence, Françoise, Brigitte. Elles se sont résignées à n'être que des prénoms. Elles se sont habituées à vivre "une relation de couple à temps partiel".
Grappillant quelques moments libres, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Cachant à leurs amis et à leurs voisins la véritable identité de l'homme qu'elles aiment. Elles sont compagnes de prêtre.
L'association Claire Voie a été fondée en 1993, par Odette Desfonds. Elle a été ensuite mise en sommeil et remplacée, en 1998, par Plein Jour. Celle-ci compte 500 membres, dont environ 200 compagnes de prêtre. L'association repose sur la clandestinité. Seules les membres du bureau acceptent de parler à visage découvert. De donner un nom de famille, en plus de leur prénom. Elles sont, disent-elles, "la voix des sans-voix".
Rien ne prédisposait Elisabeth Szen, la présidente, à entrer en rébellion contre son Eglise. Cette catholique pratiquante a été élevée dans une foi très traditionnelle. Il y a quatorze ans, elle a commencé une histoire d'amour avec un prêtre. "Au début, je culpabilisais, j'avais peur. Je suis plutôt quelqu'un de timide. Peu à peu, j'ai accepté. J'ai découvert que le célibat n'était qu'une règle, que cette règle pouvait être changée." La petite catholique timide a pris de l'assurance. Elle continue d'aller à la messe, mais critique "à 90 % ce que dit l'Eglise". Elle interpelle la hiérarchie. Elle dénonce ce qu'elle appelle "le tabou par excellence". "Les évêques, dit-elle, veulent réduire notre situation à des cas individuels. Mais je peux vous affirmer que ces cas sont suffisamment nombreux pour constituer un problème." Combien exactement ? Elisabeth Szen ne dispose pas de statistiques.
DES HISTOIRES COMMENCÉES AUX JMJ
Les témoignages arrivent régulièrement. Ce sont des femmes qui téléphonent sur la ligne de l'association et racontent leur histoire pendant des heures. Parfois elles pleurent. Elles ne laissent pas leur identité, ou tout juste un prénom. Ce sont des e-mails qui arrivent sur le site Internet de Plein Jour (plein.jour.free.fr). Une femme d'une vingtaine d'années, qui vit une histoire d'amour avec un jeune prêtre rencontré au cours des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). "D'après plusieurs témoignages, beaucoup d'histoires ont commencé aux JMJ", avance la présidente. Selon elle, l'association compterait au moins deux compagnes d'évêques en exercice.
La trésorière de Plein Jour, Nicole Roussel, vit avec un prêtre depuis treize ans. "Au début, je me cachais. Maintenant, tous mes amis le savent. Sa famille aussi est au courant." Mais son évêque ne le sait pas, pas plus que les collègues prêtres qui travaillent avec lui. Nicole est agnostique. Elle est tombée sous le charme de cet homme. "Les prêtres ont un certain charme, glisse-t-elle. La plupart du temps, ce sont des hommes délicats, attentionnés, cultivés."
Nicole et Elisabeth dénoncent l'attitude de l'institution ecclésiale. Mais elles protègent leur compagnon, taisent son nom, justifient presque son choix de rester dans l'Eglise. "Le fait d'être prêtre compte beaucoup pour eux, insiste Nicole Roussel. Ce serait un déchirement de quitter leur Eglise. Ils voulaient être prêtres et, dans la corbeille d'ordination, ils ont trouvé le célibat..." "On leur a inculqué un tas de choses, comme la culpabilité, le conditionnement, la dépendance vis-à-vis de la hiérarchie, grince Elisabeth Szen. Il faut cohabiter avec eux pour comprendre..."
Les compagnes de prêtre vivent avec ces contradictions. "Il y en a qui tiennent des vies entières !", soupire Nicole. "On trouve plusieurs cas de figure, énumère-t-elle. Celles qui s'accommodent. Celles qui disent : tu choisis. Celles qui sont abandonnées. Celles dont le compagnon quitte l'Eglise."
Xavier Ternisien
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 27.02.03