Boulet de canon de Mgr Raffin face au card. Ratzinger
Matthieu -  2003-02-05 20:24:20

Boulet de canon de Mgr Raffin face au card. Ratzinger

Voici le texte bien impudent de Mgr Raffin, en opposé à celui du cardinal Ratzinger sur la liturgie. Le prélat lorrain déforme l'histoire, attaque les défenseurs de la liturgie et ceux qui veulent mettre un frein à la destruction, et il va même jusqu'à inventer n'importe quoi. Il va même jusqu'à s'attaquer au Saint-Père lui-même. Très difficile à digérer. Ce texte est à ressortir de l'oubli je crois.

DICI n°41

Un évêque réagit aux propos du cardinal Ratzinger


Avec franchise et esprit de communion, Monseigneur Pierre Raffin, évêque de Metz, réagit ici aux propos du cardinal Ratzinger sur la liturgie*.



Le cardinal Ratzinger a raison de rappeler la dimension transcendante de la liturgie chrétienne. Le Saint Père le disait à sa façon à la Plenaria de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, le 21 septembre 2001 : " La célébration des saints mystères est avant tout un acte de louange à la souveraine majesté du Dieu Un et Trine, et une expression voulue par Dieu lui-même. Par elle, l'homme, de façon personnelle et communautaire, se présente devant Dieu pour Lui rendre grâces, conscient que son être ne peut trouver sa plénitude sans Le louer et accomplir sa volonté, dans la constante recherche du Royaume déjà présent, mais qui adviendra définitivement au jour de la Parousie du Seigneur Jésus. La liturgie et la vie sont des réalités indissociables. Une liturgie qui ne se refléterait pas dans la vie deviendrait vide et ne serait certainement pas agréable à Dieu. "

Sacrosanctum Concilium parle de la liturgie comme de " l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l'homme est signifiée par des signes sensibles et est réalisée d'une manière propre à chacun d'eux, dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire parle Chef et par ses membres " (n° 7). En d'autres termes, c'est toute la vie de l'homme - âme et corps, esprit et chair - qui se trouve offerte à Dieu, à travers les réalités matérielles (le pain et le vin devenus Corps et Sang du Seigneur) et les signes, et, par là, transformée. Ce faisant, l'homme n'est pas seul, il est membre du Corps mystique et de ce Corps mystique, l'assemblée liturgique est l'expression symbolique la plus significative.

C'est, entre autres, dans cette perspective que Sacrosanctum Concilium a promu la participation des fidèles " consciente, active et fructueuse " (n° 11). Cette participation que d'aucuns ont parfois réduite à une réalité d'ordre purement esthétique fait appel à l'intériorité et, par là, au silence dont le cardinal Ratzinger souligne à juste titre l'importance.



Le silence ?

L’Institutio generalis du Missel romain comme les rubriques de ce même Missel font toute sa place au silence, notamment après la sainte communion, mais cela n'est pas toujours respecté. Faut-il, comme l'envisage le cardinal, le rétablir pendant la Prière Eucharistique ? Personnellement, j'y suis formellement opposé. Comment s'associait-on à la prière eucharistique lorsque celle-ci était dite en silence par le prêtre ? En certains lieux, on chantait de longs Sanctus en polyphonie que l'on partageait entre l'avant et l'après-consécration ; dans certains ordres, comme les dominicains, on priait en silence prostré sur les formes de stalles (j'ai connu cela pendant ma jeunesse religieuse) ; d'autres disaient leur chapelet, les plus avisés suivaient la prière dans leur missel. La prononciation du Canon à voix haute est, à mes yeux, un progrès considérable, à condition bien entendu, que cette prononciation soit sobre et recueillie et non théâtrale, que le célébrant s'efface derrière un texte qui ne lui appartient pas, qu'à la concélébration, les concélébrants se laissent guider par la voix du célébrant principal afin de prier " una voce "... La discipline de l'arcane, en liturgie, en Orient comme en Occident, n'a jamais donné de bons fruits !

L’orientation de la célébration - et par là de l'autel - semble préoccuper beaucoup le cardinal qui avait déjà préfacé, il y a quelques années, les travaux scientifiques discutables du liturgiste allemand Klaus Gamber. La célébration versus Orientem est beaucoup moins répandue que le cardinal ne le laisse entendre. Pourquoi faut-il en faire un cheval de bataille ? Lorsque je célèbre la messe pontificale à la cathédrale de Metz, il est évident que je célèbre face au peuple à la croisée du transept, selon une tradition immémoriale, sur un autel hélas! mobile et provisoire parce que je n'ai pas encore obte­nu des Affaires cultuelles et du Chapitre cathédral que puisse être construit un autel durable et fixe conforme aux exigences actuelles de la liturgie ; en revanche, lorsque je célèbre dans l'oratoire baroque de l'évêque, j'utilise l'autel, qui ne permet pas la messe face au peuple et je me retourne vers l'assemblée lorsque la nature des rites le demande. La célébration versus Orientem comme la célébration versus populum ne saurait être en aucun cas un absolu !



Plénitude !

Dans son allocution à la Plenaria à laquelle je faisais à l'instant référence, le Saint Père signale que " dans le Missel romain, dit de saint Pie V, comme en diverses liturgies orientales, figurent de très belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sentiment d'humilité et de respect en présence des saints mystères : elles révèlent la substance même de toute liturgie ". Ces propos incontestables de Jean Paul II réjouissent ceux qui, comme le cardinal Ratzinger, font volontiers l'apologie de la liturgie tridentine. Comment peut-on être catholique authentique en méconnaissant les richesses du Missel tridentin ? Je suis le premier à vénérer le Missel qui a soutenu ma piété d'adolescent et de jeune et je garde le Missel Dom Lefebvre de ma profession de foi comme une précieuse relique. Mais à ressasser les mérites du Missel tridentin, on risque d'oublier la plus grande plénitude que nous a apportée le Missel romain dit de Paul VI dans lequel ce grand pape a pris d'ailleurs soin de faire insérer in fine la " praeparatio ad missam " et la " gratiarum actio post missam " que vise probablement le Pape Jean Paul II dans son allocution à la Plenaria.

N'en déplaise aux partisans de la liturgie tridentine, je suis heureux de la disparition des prières d' " offertoire " dont je suis en mesure de démontrer le caractère hétéroclite et qui ne forment un ensemble cohérent que dans la tête de ceux qui ignorent la formation de l' "offertoire " du missel tridentin. Ces prières ont été introduites vers la fin du XIIème siècle, alors que l'on ne se contentait plus d'un rite simple, mais elles ne font nullement partie du rite romain originel. En célébrant la messe selon le rite dominicain les premières années de mon sacerdoce, j'ai dit avec piété l'unique formulaire d'offertoire que comportait le rite dominicain " Suscipe sancta Trinitas hanc oblationem quem tibi offero in memoriam Passionis Domini nostri lesu Christi… ", tout en étant conscient de son imperfection théologique. Tout comme la prière romaine " Suscipe, sancta Pater ", la formule dominicaine conduisait à attribuer aux simples oblats une vertu qu'ils n'ont pas. La formule actuelle " Benedictus es, Domine, Deus universi ", qui s'inspire des bénédictions juives sans doute utilisées par Jésus à la dernière Cène, est autrement plus juste ; elle comporte d'ailleurs un double " offerimus ", plus conforme aux habitudes du rite romain qui utilise la première personne du pluriel, alors que la formule romaine comme la formule dominicaine emploie le singulier (" offero "). Dans l'actuel Missel, la Prière Eucharistique n° 1 du Canon romain que j'utilise pour ma part autant que les trois autres me donne de ce texte vénérable une version expurgée de ses additions postérieures comme celles d'Alcuin. Quant à la Prière Eucharistique n°2, il n'est pas nécessaire d'être grand historien de la liturgie pour savoir qu'elle reprend l'essentiel de la Tradition apostolique de saint Hippolyte de Rome vers 215 et qu'elle est donc antérieure au Canon romain. Par ailleurs, est-il nécessaire de le souligner, la richesse eucologique de l'actuel Missel romain est sans comparaison supérieure à celle que propose le Missel de saint Pie V.

En ouvrant la porte aux langues vivantes dans la liturgie, Sacrosanctum Concilium confiait aux conférences épiscopales d'une même région linguistique le soin d'approuver la traduction et de la faire ensuite ratifier par le Siège apostolique (n° 36, 3 et 4). II semble qu'à l'heure actuelle le Saint Siège veuille intervenir davantage. II est vrai que certaines traductions, notamment de textes appartenant à l'Ordo Missae laissent à désirer, par exemple la traduction française de l' " Orate Frates ", du " Libera " qui fait suite au Pater, du " Beati qui ad cenam Agni vocati sunt ". Dans son allocution à la Plenaria du 21 septembre, le Pape exhorte " les évêques et la Congrégation à mettre tous leurs soins à ce que les traductions liturgiques soient fidèles à l'original des éditions typiques respectives en langue latine. Une traduction ne constitue pas, en fait, un exercice de créativité, mais un engagement scrupuleux à conserver le sens originel, sans y opérer de transformations, omissions ou ajouts ". En réclamant de bonnes versions latines, le Saint Père comme le cardinal, tout en respectant la lettre du Concile, ne vont-ils pas à l'encontre de l'indispensable inculturation de la liturgie que recommandait la Lettre apostolique du 4 décembre 1988 pour le 25e anniversaire de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium ? " Une autre tâche importante à l'avenir, disait alors JeanPaul II, est celle de l'adaptation de la liturgie aux différentes cultures. La constitution en a énoncé le principe et indiqué la procédure à suivre de la part des Conférences épiscopales. L'adaptation des langues a été rapide, bien que parfois difficile à réaliser. L'adaptation des rites la suivie, plus délicate, mais également nécessaire. L'effort à poursuivre demeure considérable pour enraciner la liturgie dans les diverses cultures, en accueillant celles de leurs expressions qui peuvent s'harmoniser avec les aspects du véritable et authentique esprit liturgique, dans le respect de l'unité substantielle du rite romain, exprimé dans les livres liturgiques... " (n° 16).



Incompréhensions

La frilosité des récentes déterminations en la matière ne contredit-elle pas l'ouverture résolue de Vicesimus quintus annus à l'inculturation ? S'il faut accorder le plus grand soin à une fidélité rigoureuse mais élégante au texte latin de l'Ordo Missae, il me semble que, sans trahir l'unité substantielle du rite romain, l'on pourrait admettre des oraisons, voire des préfaces, rédigées directement en langue vernaculaire, sinon l'on risque de véhiculer des formulaires sans doute exacts, mais incompréhensibles de la mentalité contemporaine.

Aucune réforme liturgique n'est parfaite. II y a l'intention du législateur et les capacités du réalisateur, il y a les inévitables difficultés de réception qu'une sage pastorale n'a pas toujours su prévenir, il y a les conflits de sensibilité et les nostalgies qui nous habitent tous et qui ne font pas toujours de nous des observateurs objectifs. Le cardinal Ratzinger a fort heureusement déclaré, il y a peu, qu'il ne réclamait pas de nouveaux bouleversements liturgiques et qu'il préconisait plutôt une ère de stabilité. Comment ne pas être d'accord avec lui, mais à condition de ne pas faire constamment peser le soupçon sur la vie liturgique des églises particulières. Des dérives, il y en a eu et il y en a encore, pourquoi le nier, on les combat plus par la formation que par la répression et cette tâche est d'autant plus facile lorsque les personnes concernées comprennent que l'effort qui leur est demandé se situe dans la perspective globale de l'aggiornamento voulu par le IIème Concile du Vatican.

FR. PIERRE Raffin, o.p. évêque de Metz

* Le texte ci-dessus vise tout autant le livre lui-même que les interviews que le cardinal a pu donner en marge de son livre L'Esprit de la liturgie.