Pas d’exception au respect dû à l’embryon humain
AMBROSIO Paul -  2003-01-28 15:04:15

Pas d’exception au respect dû à l’embryon humain

Pas d’exception au respect dû à l’embryon humain

Déclaration du président de la conférence des
évêques de France, Mgr Jean-Pierre Ricard, le
lundi 27 janvier 2003

Le Parlement a repris le débat sur le "projet de loi relatif à la bioéthique". Le texte élaboré
après beaucoup d’hésitations et adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale a été
soumis à un examen attentif par la Commission sénatoriale qui en avait la charge. La presse a
largement rendu compte des auditions publiques organisées à cette fin, et en a souligné la
qualité.

Le projet de loi porte sur de multiples questions qui témoignent de la place prise par les
innovations biomédicales dans notre société. A la suite du pape Jean-Paul II, nous pouvons
tous reconnaître en la médecine et ses innovations, telles que les greffes de tissus et d’organes,
"une forme sublime de service de l’homme" [1], dans la mesure où est gardé le souci constant
de l’homme, de sa vie, de sa dignité et de sa liberté.

Il faudrait cependant se demander si aujourd’hui une place trop grande n’est pas accordée dans
notre pays aux technosciences biomédicales, au détriment de l’accueil et du soin des malades
chroniques, des personnes très avancées en âge ou d’autres encore atteintes d’anomalies ou de
déficiences sources de handicaps. La plupart de ces personnes ont besoin d’autre chose que de
traitements médicaux hautement spécialisés. Or, la grandeur d’une société peut se mesurer au
souci qu’elle a de ses membres les plus vulnérables.

Au nom de la Conférence des évêques de France, j’apporte tout mon soutien à la fermeté des
positions inscrites dans le projet de loi et dans la proposition du Gouvernement à l’encontre de
ce qui est couramment appelé "clonage reproductif". Dans un tel procédé, il ne s’agit plus de
procréation humaine, où l’enfant qui est conçu est le fruit de l’union d’un homme et d’une
femme, union dans laquelle sera fondée la relation de filiation. Le clonage est un mode de
reproduction à l’identique d’une seule personne ; il produit de plus un véritable brouillage des
générations et réalise une mainmise sur des éléments essentiels de l’identité d’un futur être
humain. Un tel mode d’appel à l’existence et une telle prise de pouvoir sur l’identité d’autrui
sont très gravement attentatoires à la dignité humaine, et témoignent d’un total manque de
respect pour l’enfant qui en serait issu.

Le projet de loi aborde aussi des questions très délicates qui concernent le respect dû à
l’embryon humain. En sa forme actuelle, il tend à récuser toute forme de création d’embryon en
vue d’une utilisation comme matériau de recherche ou source de cellules à utilité thérapeutique.
Comment ne pas s’en féliciter ? Une telle création d’embryons, que ce soit par rencontre de
cellules sexuelles ou par "clonage", réduirait en effet totalement l’embryon humain au rang de
chose. Le projet de loi ne va cependant pas jusqu’au bout de cette logique, et fait place à la
création d’embryons en vue d’expérimenter de nouvelles méthodes d’assistance à la
procréation. On peut espérer qu’une telle disposition, si regrettable, sera rejetée par le
Parlement.

En son état actuel, le projet de loi prévoit que des recherches pourront être menées sur des
embryons qui auraient initialement été constitués dans le cadre de l’assistance médicale à la
procréation. De telles recherches sont actuellement envisagées, pour mettre au point des
thérapies nouvelles au bénéfice de personnes atteintes de maladies aujourd’hui incurables.
L’objectif est pleinement louable. Mais se pose la question des moyens.

Dans la mesure où ces recherches lèsent les embryons ainsi utilisés au point qu’ils ne pourront
ensuite qu’être rejetés, nous ne pouvons qu’y voir, là aussi, une réduction de ces embryons au
rang d’objets. Or, l’embryon humain n’est pas et ne doit pas être traité comme une chose [2].
Le faire serait une grave transgression. Pour la première fois, un être humain en gestation serait
légalement chosifié. La porte s’ouvrirait à de graves dérives car nous savons les pressions
économiques considérables qui s’exercent sur de telles recherches.

Il est essentiel de considérer tout embryon comme appartenant à l’humanité. Le stade
embryonnaire est le commencement d’une vie dont l’épanouissement, s’il n’est pas entravé, se
traduira par la naissance d’un enfant.

Tout embryon est déjà un être humain. Il n’est donc pas un objet disponible pour l’homme. Il
n’est pas possible de décider d’un seuil au delà duquel l’embryon serait humain et en deçà
duquel il ne le serait pas. Nul n’a le pouvoir de "fixer les seuils d’humanité d’une existence
singulière"[3]. Si la loi fixait d’une manière ou d’une autre un seuil d’humanité au
commencement de la vie, comment cela ne conduirait-il pas à récuser l’humanité de ceux qui, à
l’autre terme de la vie, auraient perdu certaines des qualités prétendument nécessaires à la
reconnaissance de l’humain ?

Les bénéfices que l’on peut raisonnablement attendre des recherches envisagées sur l’embryon
humain demeurent aléatoires. D’autres voies de recherche pourraient d’ailleurs être plus
explorées qu’elles ne le sont actuellement. Mais, surtout, porter atteinte à l’être humain au tout
début de son existence risquerait d’amener à avoir la même attitude envers les personnes qui,
en raison de leur état de santé ou des déficiences entraînées par la maladie ou le
vieillissement, pourraient être considérées comme ne vivant pas une "vie vraiment humaine".
Ce serait une brèche dans la reconnaissance du respect inconditionnel dû à l’humanité.

A Paris, le lundi 27 janvier 2003

+ Jean-Pierre Ricard
Archevêque de Bordeaux
Président de la Conférence des évêques de France

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1. JEAN-PAUL II, Le médecin au service de la personne, Discours du 3 octobre 1982.

2 . Cf. la déclaration du Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France du 25 juin
2001, "L’embryon humain n’est pas une chose." (http://www.cef.fr/catho/actus/communiques/2001/commu20010625embryon.php )

3. JEAN-PAUL II, Les aspects légaux et éthiques du Projet Génome humain, Discours du 20
novembre 1993.