Sermon sur l'unité au Christ-Rédempteur
PUMA - 2003-01-22 20:44:18
Sermon sur l'unité au Christ-Rédempteur
2ème dimanche après l’Épiphanie. 19 Janvier 2003.
L’unité.
Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Aujourd’hui frères et sœurs, c’est le deuxième dimanche après l’Épiphanie. Dans notre épître, de différentes manières, St Paul nous invite à vivre en bonne intelligence et dans la paix les uns avec les autres. Il déclare je cite : « Vivez en communauté de sentiment » ! Je saisis donc cette occasion pour vous parler aujourd’hui de cette unité, qui est le signe de la présence de Dieu dans une âme et dans une communauté. Et j’aborderai pour cela trois points: d’abord nous verrons ce qu’en dit la Sainte Ecriture, puis nous verrons qu’il nous faut d’abord réaliser à l’intérieur de nous même cette unité, et enfin dans un troisième point nous verrons comment être un ferment d’unité autour de nous et dans l’Eglise.
1. Et tout d’abord Notre Seigneur a clairement prêché sur le besoin d’unité et de paix entre les hommes. Car depuis le péché originel en effet les hommes sont divisés. Ils s’opposent les uns aux autres. Ils se disputent sans arrêt, ils se combattent souvent sous de faux « bons prétextes ». Divisions qui peuvent aller jusqu’au meurtre. Il n’est qu’à regarder l’actualité pour constater combien l’absence de Dieu dans le monde se traduit concrètement par un déchaînement de haine, de meurtre et de guerre.
C’est pourquoi Notre Seigneur Jésus est venu sur terre. Pour nous donner un exemple d’union et de paix, et pour nous exhorter à vivre en paix les uns avec les autres. Il y a de nombreux passages dans les évangiles qui nous le prouvent. Voici par exemple cette déclaration de notre Seigneur rapportée par St Jean, chap. 17, 21, je cite : je prie pour ceux qui « croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous… »
Notre Seigneur veut que nous soyons unis, et que nous vivions en paix les uns avec les autres. C’est aussi ce que St Paul prêchait. On lit par exemple dans sa lettre aux Philippiens, je cite : « mettez le comble à ma joie par l'accord de vos sentiments: ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment; n'accordez rien à l'esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l'humilité estime les autres supérieurs à soi » Phil.2, 2-3
Et puis dans sa 1ère épître aux Corinthiens, chap. 1, verset 10, je cite: « Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit ». Il faut dire qu’aussi bien Notre Seigneur Jésus que St Paul savaient qu’il y aurait, qu’il y avait des divisions dans l'Église naissante. Par exemple en Actes 6, 1 nous lisons : « En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, il y eut des murmures chez les Hellénistes contre les Hébreux. Dans le service quotidien, disaient-ils, on négligeait leurs veuves.”
Puis lors de la conversion des premiers incirconcis. Actes 11, 2-3 : « Quand donc Pierre monta à Jérusalem, les circoncis le prirent à partie: "Pourquoi, lui demandèrent-ils, es-tu entré chez des incirconcis et as-tu mangé avec eux?" Pierre alors se mit à leur exposer toute l'affaire”
Donc dès le début de l’Église il y a eu des tensions et des divisions. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ne nous en scandalisons donc pas aujourd’hui. C’est triste mais c’est comme cela. Faisons seulement bien attention à ne pas être les auteurs de ces divisions !!!
Au contraire il nous faut vivre unis, il nous faut promouvoir l’unité. Mais disons tout de suite qu’ à cause du péché originel, cette unité n’est pas atteignable sans l’aide du Saint-Esprit. C’est lui qui crée en nous et autour de nous cette unité dont nous avons tant besoin pour être les dignes fils et filles de Dieu.
Il faut donc prier pour la demander cette unité. Et déjà de prier ensemble c’est commencer à la recevoir car notre Seigneur Jésus nous a dit dans Matthieu 18, 19-20 : « De même, je vous le dis en vérité, si deux d'entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux. »
Donc prier au nom de Jésus c’est déjà recevoir cette unité nécessaire à toute vie. Car sans l’unité, à l’extérieur comme à l’intérieur, ce sera la guerre, et « tout royaume divisé contre lui même périra!»
Et c’est mon deuxième point…
2. L’unité, cette caractéristique divine doit commencer à l’intérieur de nous, dans notre âme. Autrement dit: il faut d’abord faire l’unité en soi pour pouvoir ensuite la vivre à l’extérieur. Qu’est ce que ça veut dire « faire l’unité en soi » ?
Et bien encore une fois depuis le péché originel nous sommes divisés : les passions en nous font la guerre à l’âme, le corps se révolte, l’intelligence refuse de comprendre, et notre volonté court après ce qui fera peut être sa destruction. C’est la pagaille et la désunion en nous. Face à ce chaos, le St Esprit, avec la grâce, vient rétablir l’unité et la cohésion, sans lesquels nous ne pouvons pas grandir et trouver le bonheur pour lequel nous avons été créés. Mais cette unité reste fragile. A chaque instant, le péché en nous menace de nous replonger dans le chaos et la guerre. Il nous faut donc être sur nos gardes et avoir bien soin de ne pas prêter le flanc au prince du mensonge et de la division. Si nous nous divisons, c’est à dire si nous vivons sur plusieurs tableaux, si nous faisons d’un coté ce que nous défaisons de l’autre, si nous sommes une chose à l’intérieur et une autre à l’extérieur, si nous sommes un personnage à l’église et un autre dans notre lieu de travail, voire dans le secret des alcôves, alors la division, les doubles standards, les faux semblants, auront notre peau. Ils nous déroberont tout d’abord notre paix intérieure, puis nous jetteront en pâtures à toutes nos passions destructrices!
Rappelez-le vous : tout royaume divisé contre lui même périra! Il nous faut donc faire l’unité en nous, entre ce que nous croyons et ce que nous faisons, entre notre âme et toutes nos facultés. En d’autres mots il nous faut rassembler dans l'unité toutes les forces dispersées de l'âme pour l’unir à Dieu.
C’est ce que la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité a bien vu lorsqu’elle écrivit durant sa dernière retraite, je cite: « Une âme qui discute avec son moi, qui s'occupe de ses sensibilités, qui poursuit une pensée inutile, un désir quelconque, cette âme disperse ses forces, elle n'est pas tout ordonnée à Dieu: sa lyre ne vibre pas à l'unisson et le Maître, quand Il la touche, ne peut en faire sortir des harmonies divines, il y a encore trop d'humain, c'est une dissonance. L'âme qui se garde encore quelque chose en son "royaume intérieur", dont toutes les puissances ne sont pas « encloses » en Dieu, ne peut être une parfaite louange de gloire ; elle n'est pas en état de chanter sans interruption ce « canticum magnum » dont parle saint Paul, parce que l'unité ne règne pas en elle ; et au lieu de poursuivre sa louange à travers toutes choses dans la simplicité, il faut qu'elle réunisse sans cesse les cordes de son instrument qui sont un peu perdues de tous côtés. » Fin de citation.
Demandons donc au St-Esprit qu’il vienne nous unifier. Et puis n’attendons pas un miracle : de nous-mêmes mettons-nous au travail, avec bonne volonté, pour que tout dans notre vie soit dirigé vers Dieu, car nous avons été créés pour cela.
Maintenant lorsque l’on a fait l’unité en soi, et elle est toujours à faire car jamais complètement réalisée, il faut aussi travailler à faire l’unité autour de soi. Et c’est mon troisième point.
3. L’unité et la paix doivent ensuite régner dans nos communautés, dans l'Église Universelle et dans le monde.
Lorsqu’il parle de l’unité St Thomas d’Aquin nous enseigne qu’elle se bâtit autour de deux piliers : d’abord la soumission à la tête et puis ensuite la communion avec les autres membres.
Voyons ces deux points et ce faisant, voyons comment nous pourrions nous améliorer sur ce sujet, non pas que nous aurions des problèmes d’unité dans notre communauté, mais parce que je préfère prévenir que guérir!
· Et d’abord la soumission à la tête. Frères et sœurs pour sauvegarder l’unité dans notre communauté comme dans l'Église universelle il faut accepter de se soumettre à la tête. C’est-à-dire qu’il y a un pasteur légitime qui prend les décisions pour le troupeau, qui décide où on va et comment on y va. Dans l'Église universelle, ce pasteur c’est le Saint Père notre pape Jean Paul II, puis au niveau de Bordeaux c’est notre archevêque Jean-Pierre Ricard, et enfin au niveau du Christ Rédempteur, c’est moi, votre chapelain. C’est donc à moi que revient la tâche de gouverner notre petit troupeau. Croyez-moi c’est beaucoup de responsabilités. Surtout qu’il me faut pratiquer ce que St Pierre déclara aux chefs de communauté, je cite: «Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du coeur; non pas en faisant les seigneurs à l'égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. » 1 Pie 5, 2-3. Sachez donc, frères et sœurs, que cette autorité que j’ai sur vous, pour autant que vous l’acceptiez, ce qui n’est pas gagné d’avance, malheureusement, je devrai en rendre compte devant Dieu. N’ayez donc pas peur et faites-moi confiance, nous gagnerons ainsi tous beaucoup de temps, et tout le monde s’en trouvera mieux. Car l’unité, qui repose sur la soumission à la tête, est la condition idéale et nécessaire pour que le Saint-Esprit puisse faire son travail en nous et autour de nous. Sans unité, donc sans soumission à la tête, pas de Saint-Esprit ! C’est aussi simple que cela. Ainsi, à l’opposé du désir bien gaulois de se diviser, de s’opposer à la tête, se trouvent les vertus d’humilité et d’unité dans lesquelles résident les conditions de toute prospérité spirituelle dont nous avons tous besoin pour grandir et aller au ciel. En d’autres mots : si la paix règne entre nous alors chacun en profitera et grandira; par contre chaque division, chaque petite cabale de ceci ou de cela c’est autant de temps perdu pour notre propre croissance et notre propre développement. Sans compter que celui qui est responsable de la désunion sera jugé sévèrement par Notre Seigneur, car il l’a payée avec son sang cette Eglise et il ne voit pas d’un bon œil ceux qui l’abîment. Même si c’est sous de bons prétextes, car on dit bien que l’enfer est pavé de bonnes intentions…
· Deuxièmement, qui dit unité dit communion avec les autres membres. Frères et sœur l’unité que Jésus veut voir fleurir dans notre communauté, dans l'Église et dans nos familles, repose en deuxième lieu sur la communion et la communication qui doit exister entre les membres.
C’est important de communier et de communiquer. Ce n’est pas moi qui l’invente ; c’est St Thomas d’Aquin et toute la tradition catholique avec lui qui le dit. Faisons donc un effort pour communiquer les uns avec les autres avec simplicité et respect. Ne nous enfermons pas dans notre silence et notre individualisme. Au contraire, parlons, rencontrons-nous, invitons-nous les uns les autres…Bref communions et communiquons! C’est tout l’esprit de notre évangile d’aujourd’hui avec les noces de Cana. Et voyez comme Jésus n’hésite pas à faire son premier miracle pour entretenir cette communion entre les hommes en changeant de l’eau en vin ! Pour nous, que notre manière de communiquer soit sainte et bonne. Concrètement parlant, renonçons non seulement à la médisance, mais aussi à colporter les bruits et les rumeurs, si destructifs de cette unité. Car frères et sœurs si chacun prenait cette décision de ne pas écouter ni colporter les bruits et les rumeurs, nous n’aurions pratiquement aucun souci à nous faire pour notre unité ; dans le cas contraire rappelez-vous qu’il ne faut pas beaucoup de temps au démon pour monter les gens les uns contre les autres et mettre le feu aux poudres. Alors si vous avez repéré un problème grave, et j’insiste sur le « grave », ne commencez de rumeur, mais venez m’en parler, en acceptant d’entrée de jeu mon arbitrage car sans cet arbitrage du chef de communauté, c’est la pagaille et chacun se tire dans les pattes! Mais Dieu aidant nous n’aurons pas à nous plaindre de rumeur et de cabale, si chacun, comme le dit si bien St Paul est, je cite : « attentifs à conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. » Eph 4, 3. C’est à dire qu’il faut être pacifique et surtout remettre à leur juste place tout les petits agacements et autres frustrations inévitables dans toute communauté ou famille.
Je conclus maintenant. Rappelons-nous que Notre Seigneur a souhaité que règne parmi nous l’unité. Nous savons que cette unité est chaque jour menacée en nous et autour de nous à cause de notre inclination au péché. A cause aussi du démon qui est le prince de la division et qui souffle sans arrêt sur tout les petits ou grands foyers de discorde, en vue de les faire exploser, et ainsi d’enlaidir un peu plus nos âmes et le monde. Pour nous, dans la prière et la charité, nous voulons être des artisans de paix, des ferments d’unité, en acceptant de nous soumettre à la tête, et de communier avec les autres membres. Pour cela, tournons nous vers le St-Esprit. Demandons-lui qu’il nous aide à trouver cet équilibre fait de charité et d’ordre, de vérité et d’unité. Venez Esprit Saint, remplissez le cœur de vos fidèles, pour que nous devenions des hommes et des femmes unis extérieurement et intérieurement, ayant entre nous, comme dit St Paul, « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » Eph 2, 5
Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il.
Abbé Edouard de Mentque, fssp.