Edito de l'abbé Laguérie
Justin Petipeu -  2003-01-22 08:33:55

Edito de l'abbé Laguérie


Monsieur l'abbé Héry nous donne dans ce numéro de Mascaret la situation juridique, technique même de notre combat pour la résurrection de Saint-Eloi. J'en traiterai pour ma part l'aspect moral, pastoral, politique même, si l'on veut bien donner à ce mot sa noble dimension d'une gestion de la cité, de Dieu en l'occurrence. Et tout d'abord la paroisse Saint-Eloi existe, vit, ressuscite et grandit. Qu'on le veuille ou non, qu'on soit pour ou qu'on soit contre, les faits sont là, incontournables. Des centaines et des centaines de fidèles y prient chaque semaine, retrouvent pour certains le chemin des sacrements, de la prière ; d'aucuns se préparent au baptême, le catéchisme a pris un très bon début, les confessions se multiplient, baptêmes, enterrements et bientôt mariages et confirmations. Entre le nombre de fidèles ayant assisté à la messe de minuit l'an passé et cette année, en additionnant Saint-Eloi et notre bonne vieille chapelle de Lisleferme, la proportion frise les 3 pour 1.A ceux qui douteraient de la signature divine de tout cela, je rappelle la règle de l'Evangile : on juge un arbre à ses fruits. Nous savions déjà que les fruits seraient bons car Saint-Eloi a été - et demeure - une grande croisade de prières Chaque étape de ce grand succès a été arrachée au ciel et, consacrée qu'elle est à présent, officiellement et irrévocablement au Cœur Immaculé de Marie (8 décembre), je suis tout à fait tranquille pour l'avenir.
Mais non pas passif. Car c'est « pendant que ses gens dormaient », souvenez-vous, que l'ennemi réussit à semer aussi de l'ivraie dans le bon grain.
Au lendemain du verdict du 20 décembre qui annule la délibération du Conseil municipal du 28 janvier 2002, mais maintient intacte la convention du 29 janvier (et qui n'est donc en rien la défaite qu'ont titré les journaux), la position de l'évêché de Bordeaux a choqué et bouleversé la plupart la plupart des bordelais, même non chrétiens. Les témoignages en abondent, malheureusement. Et cette indignation quasi générale est parfaitement compréhensible. Pour bien comprendre l'extravagance de ce communiqué de l'évêché réclamant (contre le droit de la convention en vigueur ! ! !) la restitution de l'église pour une animation spirituelle du quartier, il faut rappeler le déroulement des faits.


1. Deux mois avant l'arrivée à Bordeaux du nouvel archevêque, je prends rendez-vous avec lui. Homme de dialogue et d'ouverture, en tous cas donné comme tel, je pense qu'il me recevra. Le futur Mgr Hertzog, alors vicaire général me fait savoir l'accord de Mgr Ricard. Quand arrive le nouvel archevêque, je prends date pour l'entrevue. Celle-ci fixée au mardi 2 avril 2002 a bien lieu en effet à 17 h 00, en compagnie de monsieur l'abbé Héry. Mais entre temps, Mgr Ricard, contre les déclarations qu'il avait lui-même faites à la presse, a déposé son recours au tribunal administratif. On conviendra que c'est une singulière méthode pour entamer un dialogue !

2. Au cours de cette entrevue, qui dura 1/2 heure, Mgr justifie son recours par la seule nécessité de connaître le droit sur la désaffectation de Saint-Eloi. Afin, précise-t-il comme Président de la Conférence épiscopale, de ne pas laisser une possibilité aux maires de France de confier l'église paroissiale vide à n'importe quelle association. Ici, ajoute-t-il, ce n'est pas l'important puisqu'il s'agit de la rouvrir au culte… jusque là Mgr est parfaitement crédible (sur le cas particulier qu'est Saint-Eloi, voir l'article infra).

3. Et même, il ajoute ces phrases aussi encourageantes que courageuses : « Il est tout à fait normal que votre jeune et nombreuse communauté ait une église à Bordeaux ». « Je serais même prêt à vous la donner ».(sic). Et lorsqu'on lui fait observer que dans ces si bonnes dispositions, le recours aurait pu être évité - à tout moment l'évêque de Bordeaux n'aurait qu'une petite lettre à poster au maire de la même ville pour stopper toute polémique, ne l'oublions pas - il ajoute encore : « de toutes manières je ne réclamerai pas l'évacuation … ».

4. Quelque soit notre amertume initiale d'un dialogue engagé curieusement par un procès, nous repartons, Monsieur l'abbé Héry et moi-même, rassérénés quelque peu sur la véritable aptitude de Mgr au dialogue et pleins d'espoirs fondés sur la paternité du nouvel archevêque de Bordeaux.

5. Les mois passent. Très rapidement d'ailleurs, puisque la cadence infernale imposée à ce procès étonne tous les juristes, familiers des lenteurs légendaires des tribunaux administratifs. Sans les délais ménagés par notre brillant avocat, tout devait être bouclé début juillet, bizarre… !

6. Nous tentons de nouveau, de renouer le dialogue. Le 8 juillet, je rencontre Mgr Hertzog. Je lui demande de tout faire pour que le différent puisse être traité, comme il convient entre chrétiens (1er Cor 6, 1 et suiv.) hors tribunaux. Il me promet de transmettre. Mais il ajoute cette phrase étonnante à tous égard ; « Vous comprenez, vous allez vous installer avec des certains de fidèles à quelques pas de la cathédrale ». Je lui fait observer que je ne lutte contre personne, surtout pas contre des confrères et qu'aucun de nous n'est de trop pour évangéliser le quartier.

7. Je fais la même démarche auprès du père Narcisse, supérieur des dominicains de St Paul, celui là même qui signera (pour sa honte !) l'ignoble tract contre les fidèles de l'église Saint-Eloi, qu'il traite de tous les noms les plus barbares des tribunaux d'Inquisition. L'entrevue se passe bien, nous en sortons pacifiés l'un et l'autre et lui aussi me promet de transmettre à Mgr.

8. Et puis… plus rien. J'ai beau scruter chaque fois la semaine religieuse : pas un mot, pas une allusion. Seul ce procès qui s'avance.

9. L'évêché ne sortira de son mutisme qu'avec le communiqué paru dans Sud-Ouest du 21 décembre 2002.

Il faut avouer que c'est stupéfiant et justifie l'indignation quasi unanime. Il ne s'agit plus du tout du droit (ce n'était donc qu'un prétexte ?) Il s'agit d'un besoin de l'évêché de récupérer cette église ( cette prétention est tout à fait illégale, la convention ne pouvant être dénoncée que par l'une des parties). Elle lui serait nécessaire, après 30 ans d'abandon, de saccage, de squats, de profanation. A quelques centaines de mètres de Saint Pierre (vide) de Saint Michel (dépeuplée), de la cathédrale (surdimensionnée !), de Saint Paul (qui fonctionne bien et cela nous réjouit, nous et ne nous chagrine en rien : c'est peut-être là toute la différence). Saint-Eloi (pleine) devient une priorité pastorale du diocèse ! A qui fera-t-on croire cela ? Quel bordelais, quel girondin, quel français voudra bien s'en convaincre. Et quel archevêque de Bordeaux doit-on croire : celui qui nous reçut le 2 avril 2002 ou celui qui signe le communiqué du 21 décembre ?
Celui qui déclare dans le Figaro (16,12,2002) à Elie Maréchal : « J'ai rencontré l'abbé Laguérie pour expliquer que mon recours n'est pas dirigé contre lui et son souhait d'un lieu de culte en centre ville est compréhensible ». ou celui qui se propose allègrement de jeter à la rue un millier de catholiques bordelais, dont tout le crime est de s'associer pour prier, catéchiser, nourrir les pauvres etc…
Faut-il choisir ? Sont-ce là des sincérités successives ? C'est l'avenir qui le dira, non pas les déclarations mais les gestes.
J'ouvre, pour savoir, la nouvelle mouture de « l'Aquitaine », bimensuel dorénavant et en magnifiques couleurs. Mgr Ricard y lance un appel à devenir « des acteurs de la culture de paix ». Et de citer le pape Jean-Paul II (lequel avait quand même dit en 1981 au Bourget à propos de Saint Nicolas du Chardonnet : « Laissez les prier »).
« La paix n'est pas tant une question de structure que de personnes ; il est certain que les structures de paix - juridiques, politiques, économiques, sont nécessaires et par bonheur elles sont présentes. Toutefois, elles ne sont que le fruit de la sagesse et de l'expérience accumulées au long de l'histoire à travers d'innombrables gestes de paix posés par des hommes et des femmes qui ont su garder espoir sans jamais céder au découragement ».
Nous en prenons bonne note, Monseigneur ; et puisque ce numéro roule principalement sur l'accueil de l'étranger ( pages 16, 17, 18, 19) à défaut de nous traiter comme des fils, et plutôt que de faire de nous les exclus de votre pastorale, traitez-nous au moins comme des étrangers, des sans papiers.