Frédéric Ronga - 2003-01-20 11:43:51
La nuit
LA NUIT
« La nuit a aussi ses épouvantes ; elle peut être un creuset. Le désert enserre l'explorateur. L'Ermite le porte en lui. Ainsi de la nuit : Elle est en vous comme un ferment pour travailler la pâte de votre âme. Vous ne connaissez Jésus-Christ que par la foi. Or la foi est pour votre esprit autant ténèbres que lumière. C'est ce qui vous la rendra douloureuse à l'Ermitage, plus qu'ailleurs, où vous ne pourrez vivre que d'elle, sans rien pour vous distraire des épreuves qu'elle vous impose ni pour vous aider à passer le temps des silences de Dieu.
Vous vivez le plus souvent dans « cette obscure clarté qui tombe des étoiles », vous qui êtes fait pour le plein jour. Il vous serait égal de délaisser la terre et ses joies si Dieu laissait filtrer sa gloire ou touchait délicieusement le clavier de votre âme. Même s'il vous est accordé quelque joie savoureuse, elle ne sera que passagère. DIEU VEUT ÊTRE CRU SUR PAROLE, sans caution ni contre-épreuve, et vous êtes devant le monde un témoin de la foi. La vôtre doit être pure de tout alliage, sans autre point d'appui que l'affirmation de Dieu même.
[...] Les grâces de Dieu, même privilégiées, n'auront peut-être aucun caractère expérimental et vous en serez réduit à « vouloir croire », à marcher à tâtons en gémissant, sans plus rien comprendre. « Lorsque je chante le bonheur du ciel, l'éternelle possession de Dieu, écrit sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, je n'en ressens aucune joie ; car je chante simplement ce que je veux croire. » »
L'Ermitage, pp. 85-86, par un Moine
P.S. Post tenebras lux... Dans la nuit, il faut agir comme en plein jour.