Le Vatican, l'IVG, l'euthanasie et homosexuels
A. E. (194.7.39.xxx) - 2003-01-18 21:56:55
Le Vatican, l'IVG, l'euthanasie et homosexuels
Le Vatican part en guerre contre les lois sur l'IVG, l'euthanasie et les homosexuels
Dans un texte musclé, le cardinal Ratzinger presse les catholiques de résister à des textes qui sont des "attentats contre la vie humaine"
Si la politique est l'un des thèmes les plus constants de l'enseignement de l'Eglise, jamais elle n'avait été traitée sous la forme d'une "note" aussi brève (quinze feuillets) et musclée que celle qui a été rendue publique, jeudi 16 janvier, par le Vatican. Elle porte la signature du cardinal Josef Ratzinger, gardien inamovible de la doctrine catholique, habituée à codifier une pensée de Jean Paul II souvent plus nuancée.
Elle dénonce le " relativisme moral" qui, à entendre le cardinal Ratzinger, serait devenu le principal critère des choix politiques et une menace pour la démocratie. Les catholiques, élus, électeurs et militants, ont le devoir de " s'opposer de manière précise à toute loi qui s'avère un attentat contre la vie humaine" et de résister à toutes les tentatives de législation nationale "qui veulent briser l'intangibilité de la vie".
C'est contre les lois - déjà votées ou en préparation - qui autorisent l'avortement, l'euthanasie active, les unions homosexuelles et les manipulations génétiques que le Vatican mène la guerre. Sur de tels sujets, l'engagement politique des catholiques ne doit souffrir aucune " dérogation", aucune " exception", aucun " compromis". Aucune campagne, aucun vote en faveur de telles dispositions n'est possible. Il s'agit d'" exigences éthiques fondamentales auxquelles aucun catholique ne peut renoncer". Il en va de l'" essence même de l'ordre moral".
Sans entrer dans le détail des législations nationales, le texte du cardinal Ratzinger vise des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, l'Australie, où de nouvelles lois tolèrent, à certaines conditions, l'euthanasie active. Ou comme la France, qui vient de rallonger le délai du recours à l'IVG et d'adopter une législation ratifiant les unions entre homosexuels (pacs). Les catholiques ont le devoir d'intervenir " dans ce déferlement", écrit le cardinal Ratzinger. Pour lui par exemple, seul " le mariage monogame entre personnes de sexe différent" est acceptable. " Les autres formes de cohabitation ne peuvent être rendues égales, en droit, au mariage et recevoir une reconnaissance légale." Il s'en prend aussi à tout ce qui menace l'intégrité des mineurs (allusion au scandale pédophile) et à toutes les "formes modernes d'esclavage" (toxicomanie et prostitution).
Ce texte soulève à nouveau la question de la limite de l'intervention du magistère catholique dans la législation des Etats. Le cardinal Ratzinger se défend de toute ingérence : " L'Eglise ne veut pas exercer un pouvoir politique, ni mettre en cause la liberté d'action des catholiques." La "note" se garde de rappeler les excommunications prévues contre toute personne qui collabore à un avortement. Elle ne dit rien des commandos auteurs d'actions violentes dans des cliniques pratiquant des IVG.
Mais elle rappelle que ce qui est légal n'est pas forcément moral. La " norme morale" doit s'imposer à la législation des Etats et la liberté de choix des électeurs s'arrêter à ce qui est compatible avec leur foi et " la loi morale naturelle".
A la manière d'un Jean Paul II, le cardinal Ratzinger va jusqu'à invoquer l'histoire des totalitarismes du XXe siècle : s'il est interdit d'asséner à l'homme une vérité qui aliène sa liberté, inversement la liberté devient licence et laxisme si elle n'est pas éclairée par la vérité d'une transcendance soumise à la loi naturelle et à celle de Dieu.
Les critiques risquent de resurgir contre une Eglise qui outrepasse ici son statut d'autorité morale et développe une conception bien singulière de la laïcité. En Italie, où nombre d'hommes politiques, de droite comme de gauche, se réfèrent à la doctrine catholique, l'intervention du Vatican (qui avait soumis ses exigences à tous les partis) lors de la dernière campagne législative du printemps 2001 avait choqué une partie de l'opinion laïque. En France, les campagnes anti-pacs, qui avaient précédé la loi du 16 novembre 1999 créant le pacte civil de solidarité, avaient été aussi inspirées en partie par les orientations du Vatican et de l'épiscopat français.
L'Eglise n'est pas hostile à la laïcité, explique la note du 16 janvier, mais la laïcité n'est légitime que si elle est comprise comme " autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique", mais non "par rapport à la sphère morale". Et le cardinal Ratzinger de retourner l'argument et de s'en prendre au " laïcisme intolérant" de ceux qui " disqualifient politiquement" les chrétiens.
Henri Tincq
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.01.03