Alban Lomonier (194.158.104.xxx) - 2003-01-16 07:52:20
La chair et Dieu
PARIS, 15 jan (AFP) - "La chair et Dieu" : quand l'Eglise se réconcilie avec l'art d'avant-garde
L'Eglise catholique affiche sa réconciliation avec l'art d'avant-garde, jusque dans ses manifestations les plus dérangeantes, avec une série d'initiatives sur le thème de "la chair et Dieu".
Dans un livre intitulé "L'Eglise et l'art d'avant-garde" (Albin Michel), l'évêque de Poitiers Mgr Albert Rouet n'hésite pas à commenter l'oeuvre d'Andres Serrano, un photographe américain qui frôla l'excommunication pour avoir photographié un crucifix plongé dans l'urine.
Mgr Rouet y mêle sa voix au galeriste américain Gilbert Brownstone, qui a choisi pour ce livre des oeuvres de 22 artistes contemporains : de Marina Abramovic à Araki Nobuyoshi, en passant par Francis Bacon, Gilbert et Georges, Andres Serrano et Smith Kiki, tous ont en commun de mettre en scène le corps humain, un corps travaillé par la maladie, le sexe, la mort.
Un site internet (artchairdieu.cef.fr), abrité par le site de la conférence des évêques, prolonge la réflexion qui est également relayée par des initiatives dans les diocèses.
Pour qui se souvient des récentes condamnations portées par les évêques français sur des affiches de films ("Larry Flint", "Amen"), jugées "blasphématoires" parce qu'elles utilisaient le symbole du crucifix, la démarche a de quoi surprendre.
Dans le livre, Gilbert Brownstone confie également son étonnement d'avoir été sollicité par la commission "Arts, cultures et foi" mise en place en 1997 par l'épiscopat.
"lire ce que nous ne déchiffrons pas encore"
"Il faut bien avouer que l'Eglise catholique est surtout connue pour avoir censuré, voire diabolisé des oeuvres majeures et leurs auteurs sous couvert d'atteinte à la morale chrétienne", note-t-il.
Mais, ajoute le galeriste qui a conseillé plusieurs musées aux Etats-Unis, "quelle religion aujourd'hui accepte de dialoguer aussi directement et ouvertement sur des sujets tels que la mort, la sexualité, la contraception, la violence, l'intolérance?".
Car "c'est de cela dont il est question dans +La chair et Dieu+".
Mgr Rouet explique "l'enjeu" de ce dialogue avec les artistes : "si l'Eglise veut continuer son service, si elle veut simplement chercher ce qui se passe aujourd'hui, le comprendre, il lui faut contempler ce que ses yeux ne discernent pas". Or les oeuvres d'art, souligne l'évêque, "tentent de lire dans l'histoire actuelle ce que nous ne déchiffrons pas encore".
D'autant plus que pour le christianisme, "la chair est au coeur de la rencontre de Dieu avec l'humanité", souligne dans sa préface un autre évêque, Mgr Gilbert Louis (Châlons-en-Champagne).
Mgr Louis reconnaît cependant que la position des hommes d'Eglise est difficile : "Nous devons nous engager dans une démarche pédagogique, mais nous sommes obligés de tenir compte d'une opinion catholique qui se sent provoquée par certaines oeuvres", a-t-il souligné mercredi lors d'une rencontre avec des journalistes.