Tintin () - 2002-12-26 14:44:32
Cantiques avant V2
Au XVIIIe siècle (...), un grand nombre de cantiques reprennent à leur compte (une prédilection incontestable pour certaines scènes champêtres ou pastorales : c'est le moment où des philosophes tels que Rousseau prêchent un certain retour à la nature). (...)
Le XIXe siècle a été marqué par le goût de l'opéra et le sens théatral : il est donc normal que les milieux cultivés et influents de l'époque aient trnasposé à l'église une musique qu'ils connaissaient pour l'avoir entendue et surtout appréciée en d'autres lieux. Tout le monde a en mémoire l'air de "Minuit Chrétiens", air parfaitement adapté à une exécution théâtrale assurée par un grand ténor d'opéra.
Après la défaite de 1870, (...) ce sont les cantiques à saveur patriotique qui résonnent dans les églises : "Pitié, mon Dieu : c'est pour notre Patrie...".
Le XXe siècle a connu une sorte d'intérêt pour les cantiques directement inspirés de l'Ecriture sainte : il est vrai qu'un regain de faveur des sciences bibliques et liturgiques a largement pu contribuer à l'élaboration d'un répertoire plus directement inspiré par les valeurs religieuses traditionnelles ; il conviendrait de souligner ici l'oeuvre musicale des pères Deiss et Gelineau qui ont contribué à mieux faire connaître les richesses du psautier. (...)
Avec le chanoine Beillard (Sens du Dieu et grégorien, Revue Grégorienne, XXVIII, 1949, 137-152), on est tenté de voir dans le déclin du chant grégorien une perte du sens de l'Eglise, du sens de Jésus-Christ, et du sens de Dieu. La polyphonie anthropocentrique de la Renaissance, le choral protestant et le rationalisme des XVIIe et XVIIIe siècles ont ensemble donné naissance à une musique nouvelle bâtie sur des textes nouveaux : il semblerait trop souvent que cette musique soit issue d'un matérialisme qui vise à supprimer progressivement l'idée de Dieu.
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Le chant grégorien procède bien de cet art primitif ; voilà pourquoi il est spirituel et conduit à la spiritualité. Le choral et la polyphonie relèvent de leur côté de l'art raffiné et intellectuel. "La musique spirituelle dépasse le niveau inférieur de la mémoire, approfondit jusqu'à l'image sprirituelle et finalement s'efface pour laisser l'âme au sin du plus profond silence. La musique sensuelle émeut l'auditeur par les qualirés sensibles du son plus que par le sens qu'il revêt dans l'essence sprirituelle de l'oeuvre" (Henri Davenson, Traité dela musique selon saint Augustin, Cahiers du Rhône, Neuchatel, 1942).
(Denis Crouan, Réflexions sur la liturgie, Paris, Téqui, 1987, 92-93 et 98)