PGM (216.162.67.xxx) - 2002-12-18 04:47:11
Mon cher AB ...
Il y a, dans vos commentaires aux propos de Mgr Williamson, les éternels raccourcis dont font preuve les conciliaires face aux critiques de Mgr. Le prélat est un personnage tout entier, certes, carré même et qui ne ménage pas ses mots, mais convenons que l'ampleur de la crise dans l'Église, à en constater les turpitudes affichées par toute la presse d'information catholique, à laquelle les pages de ce forum par exemple donne constamment écho, demandera un traitement de cheval.
Ainsi, ce n'est pas tant une commission d'enquête longue et exhaustive qui justifie aux yeux de Mgr Williamson la canonisation ou la béatification, mais bien plutôt la stricte adhérance du candidat aux autels à ce qui a été cru "partout, par tous, depuis toujours" pour employer la formule de st-Vincent-de-Lérins. Ce que nous pourrions résumer sous le vocable de "Tradition", justement. Or, le concile Vatican II et les "réformes" qui s'ensuivirent s'éloignent substantiellement des encycliques de Pie-XI, Pie-IX, Grégoire XVI, etc., de l'aveu même du cardinal Ratzinger, par exemple, ou même pour quiconque sait lire et veut bien appeler un chat un chat et une différence une différence. Et pour "canoniser" ces nouveautés, il semble que d'aucuns aient jugé opportun de donner comme modèles à suivre aux fidèles ( ce qu'est un saint, entre autres) ce qu'il faut bien appeler des "nominations politiques".
En effet, que l'on veuille bien remarquer, par exemple, que la fête du bienheureux Jean-XXIII n'est pas le jour de sa mort, moment où il accéda à l'éternité des élus, mais bien plutôt le jour d'ouverture du concile Vatican II. C'est donc bien le concile que l'on veut canoniser.
Fort de ce qui est dit plus haut, par voie de conséquent, votre remarque sur l'assentiment de l'Église à l'infaillibilité papale tombe à plat.
Vient ensuite votre doute à l'effet qu'un pape puisse enseigner une erreur. Or, le cas de Jean XXII est là pour nous le rappeler. Ce n'est que sur son lit de mort qu'il se serait rétracté. Mgr Williamson donne les références scripturaires pour que justement, nous ne doutions pas d'une telle éventualité (Lc 18, 8). En effet, comment expliquer ces paroles amères de NSJC si tout fidèle n'a qu'à s'accrocher aux basques des enseignements pontificaux "infaillibles" pour se voir certain de suivre la vraie doctrine ? Et je ne veux pas imposer aux lecteurs un xième affichage du serment de st-Agathon, pape du VIIe s., que tous ses successeurs jusqu'au XIVe s. ont prêté lors de leur couronnement, où le pape est mis en garde contre toute déviation par rapport à la doctrine transmise par ses prédécesseurs. Pourquoi alors un tels serment si le pape ne peut errer ?
L'infaillibilité papale fut définie au concile Vatican I, dans la constitution Pastor Eternus que nous pouvons tous lire plus bas en suivant le lien aimablement founi par notre cher Billig. Nous pouvons y lire, entre autre, que l'assistance du Saint-Esprit n'a pas été promise au successeur de Pierre pour qu'il proclame des "nouveautés". Mais en quoi conssistent donc ces "nouveautés", sachant qu'un Pie-XII, par exemple, a proclamé le dogme de l'Assomption, qui ne faisait pas l'unanimité chez l'épiscopat des années cinquante du siècle dernier ( épiscopat qui allait avaliser et voter les textes de Vatican II ), ou qu'un Pie-IX proclamait le dogme de l'Immaculée-Conception, auquel n'adhèrait pas st-Thomas-d'Aquin ? Car en effet, d'un certain point de vue, cela pouvait passer pour "nouveau". Or, nul ne saurait douter de la parfaite catholicité de ces dogmes, et ainsi, nous pouvons mieux voir ce que les pères conciliaires ( de Vatican I, bien sûr ...) entendaient par "nouveautés" : ne serait-ce pas, justement, dans les étranges écarts avec les doctrines de leurs prédécessurs mises aux rencart qu'il faudrait aller chercher le fond de ces "nouveautés" invoqués par les pères de Vatican I ? En somme, d'un écart avec la Tradition, pour dire les choses sans fard ? Et Mgr Williamson d'abonder dans ce sens, si vous l'avez bien lu. Il en découle que ce que vous lui prêtez comme discours, à savoir un quelconque conseil d'évêques pour juger de la conformité des actes pontificaux à la Tradition, fut-ce des évêques de la FSSPX, est faux. Mgr maintient l'intégralité des prérogatives pontificales, évitant en cela la chausse-trappe sédévacantiste ( si vous l'avez bien lu) comme la chausse-trappe de la papolâtrie.
Car, en effet, la crise actuelle tient en bonne partie à ceci que les catholiques conciliaires dits "conservateurs" pèchent par excès. Comme vous le savez sans doute, on peut s'écarter de la voie droite soit par défaut, ou par excès, les deux déviations constituant également des péchés. Ainsi, quant à l'obéissance dû au Saint-Père, on peut pécher par défaut ( c'est le protestantisme, à la limite, le sédévacantisme) ou par excès ( c'est la papolâtrie, manifeste chez ces conciliaires relativement conservateurs, qu'un Ferrara a si bien stigmatisée en les appelant "néo-catholiques", ceux pour qui les moindres actes du pape font ou défont la Vérité catholique, la chose dusse-t-elle heurter leur "sensus catholicus"
. En effet, en situation de crise, rien n'est simple, tout est gris, et il peut sembler plus judicieux de s'en remettre à une recette simple, suivre aveuglément le pape, par exemple, lequel peut, nous venons de le voir, errer quant ne sont pas réunis les conditions très restrictives de l'infaillibilité liée aux magistères ordinaire et extraordinaire.
Même remarque pour votre interprétation des paroles de NSJC ( "qui vous écoute M'écoute "
que vous assignez à juste titre au évêques "en communion avec Pierre". Si Pierre erre, les évêques en communion avec lui qui le suivent errent tout autant que lui.
Ceci étant dit, vous accusez Mgr Williamson de sédévacantisme. S'il est tel, il ne croit donc pas que le pape actuel soit pape. Comment se fait-il alors que Mgr Williamson se soit rendu en pélérinage à Rome durant le Jubilée afin de profiter des grâces qui y étaient associées ? Car si le pape n'est pas pape, il ne peut pas "proclamer une année de grâce du Seigneur". Donc, les évêques de la FSSPX font preuve d'une remarquable capacité à emprunter la voie droite; ils suivent l'actuel pontife dans tout ce qu'il fait de catholique et s'en abstiennent dans ce qui va contrairement à l'encontre de la Tradition ou dans ce qui est douteux. Et en plus, ils sont les seuls ( les seuls, il n'y a personne d'autre) à le lui faire remarquer bien fraternellemnt. Je suis d'avis qu'il est préférable de les suivre plutôt que d'emboîter le pas au pape d'Assise.
Ne doutant pas que vous me pardonnerez cette trop longue réponse,
In Christo,
PGM