Rit dominicain, modèle du NOM ?
Tintin -  2002-12-07 16:47:40

Rit dominicain, modèle du NOM ?

« (…) quand, en août 1217 saint Dominique disperse les premiers Frères, l’Ordre nouveau ne connaît que les rites liturgiques en usage à son époque (…) qui, du fait qu’ils ne sont pas toujours fixés, engendrent une certaine « variété liturgique » (…). Voilà pourquoi, en 1245, quatre frères dominicains sont chargés d’établir une liturgie plus stable que la liturgie romeine alors pratiquée dans les paroisses (…). Elle a été copiée sur une liturgie qui offrait la stabilité souhaitée : celle en usage dans les basiliques romaines. Ainsi, curieusement, la liturgie dominicaine élaborée au XIIIe contient-elle des éléments « romains » qu’ignorent les liturgies paroissiales à la même époque (…) lorsqu’il avait promulgué le missel restauré à la suite des travaux réalisés par le Concile de Trente, le pape Pie V avait souhaité que soient conservées certaines liturgies particulières vieilles d’au moins 200 ans, c’est-à-dire, à son époque, remontant au milieu du XIVe siècle. (…)

De ses origines romaines, la liturgie dominicaine garde (contrairement au Missel SPV, ndt)

1. surtout un air de « noble simplicité » que ne semblera plus toujours connaître la liturgie romaine lorsqu’elle sera devenue tributaire, à partir du XVIIe siècle et au cours du XVIIIe siècle, des exigences d’un cérémonial de plus en plus complexe, confondant parfois la « solennité » de bon aloi au trimphalisme (renvoi à Cal J. Ratzinger, Entretien sur la foi, Fayard, Paris, 1985, 155-157).
2. En outre, comme dans le rite romain des origines, il n’y a pas de « prières au bas de l’autel » proprement dites : c’est par le chant de l’Introït que débute la célébration
3. l’autel n’est pas encensé pendant le chant du Kyrie
4. après la première oraison (collecte), le prêtre va s’asseoir pour la liturgie de la Parole jusqu’au moment de la proclamation de l’Evangile
5. les prières de l’offertoire du rite dominicain sont simplifiées »

Denis CROUAN, Histoire et avenir de la liturgie romaine, Tequi, 2001, pp. 107 sq. (ma numérotation).

Bon, j’ai devant moi le « Missel quotidien complet » bilingue latin-français, Ed. Sainte-Madeleine, Imprimatur Fr. Calvet osb (Barroux) et Cardinal Mayer osb (Commission Pontificale Ecclesia Dei) 1990, Présentation par le Cal. Ratzinger, partie « La sainte messe suivant le rit (sans e, Justin aurait-il donc raison ?) dominicain », décrivant ses particularités par rapport au rite « tridentin », et l’ « Ordo Missae ad usum fidelium », Libreria Editrice Vaticana, 1991, unilingue latin, annoté par votre serviteur suivant la présentation générale du missel romain (2000), afin de comparer les rubriques.

Allons-y, Alonzo :

1. ni chez les Dominicains ni dans le NOM, il n’y a de prières au bas de l’autel
2. il n’y pas de bénédiction de l’eau au début de la célébration dans le NOM
3. il n’y a pas de salutation chez les Dominicains
4. il n’y a pas d’éventuelle « très brève » introduction chez les Dominicains
5. il n’y a pas de répétition du Confiteor dans le NOM, qui est le seul à en proposer plusieurs formules
6. il n’y a pas dans le NOM de « quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? »* après lecture de l’Offertoire du jour**.
7. il n’y a pas d’offrande simultanée du pain et du vin dans le NOM.
8. Chez les Dominicains, on ne répond rien au « Orate fratres » après le « Lavabo », alors que dans le NOM, après le « Lava me » (sic ! ce n’est pas le même texte, même si cette rubrique est connue aussi comme « le lavabo », le peuple répond « Suscipiat Dominus (…) »
9. le célébrant Dominicain n’impose pas les mains à l’« Hanc Igitur » (resp. « Supplices ergo te» ou autre prière eucharistique…) : son servant agite donc la sonnette lors du signe de croix à la phrase suivante. Dans le NOM, il y a bien imposition des mains et sonnerie à ce moment-là.
10. Ni chez les Dominicains ni dans le NOM, on ne sonne à la fin du Canon ou avant la communion du célébrant

Les dispositions quant aux points 3 et 4 de Denis Crouan ne sont pas reprises dans le missel, mais c’est possible qu’il en soit ainsi que le dit DC.

Pour l’offertoire, effectivement, les 2 1/2 pages de l’ordo SPV entre le « Suscipe » et le « Lavabo » contiennent bien plus de texte que la demi-page de l’ordo dominicain, qui fait jeu égal avec le NOM (une demi-page aussi, mais unilingue latin dans mon bouquin).

Quant à la « noble simplicité », par contre, je n’ai pas l’impression que le rit romain, version 1962, ne l’ait pas autant que le rit dominicain. Tout dépend sans doute de la pratique, or on sait ce que certains terroristes sont capables de faire avec le NOM, réputé être le sommum de la « noble simplicité ». La liturgie « SPV » à laquelle j’ai eu la chance d’assister, ne ressemblaient absolument pas aux phénomènes anté-conciliaires que critique (à juste titre) DC.

Pour les éléments communs SPV-Dominicains, le NOM diffère donc dans (j’oublie sûrement des éléments) :

1. le calendrier et le nombre et cycle des lectures
2. le choix des prières pénitentielles
3. la possibilité de célébrer « face au peuple »
4. la possibilité de célébrer dans un liturgie traduite en vernaculaire
5. le mot d’introduction et les monitions facultatifs,
6. la suppression du pupitre le l’épître (il n’y a plus que l’ambon),
7. l’accès des femmes au chœur pour le service à l’autel, le chant des psaumes et les lectures (qu’en est-il dans la liturgie E.D., au fait ?),
8. la suppression des répétitions « inutiles » ( ?) (introit, confiteor, kyrie, offertoire, non sum dignus, communion)
9. la suppression des mots « Dominus vobiscum/Et cum spiritu tuo » entre le Gloria et l’ « oremus » de la collecte et encore à d’autres endroits
10. l’insertion de la « prière universelle » entre le Credo et l’offertoire
11. la suppression de « Dominus vobiscum/et cum spiritu tuo/oremus » au début de l’offertoire ; il n’y a pas non plus de lecture du jour de l’offertoire, même si celui-ci n’est pas chanté ( ?)
12. le remplacement du « lavabo… » (Ps. 25 : 6-12) suivi du « Suscipe, sancta Trinitas » auquel le peuple répond « Amen. » par « lava me… » (Ps. 54 : 4) auquel le peuple est sensé répondre « suscipiat dominus… »
13. le choix des prières eucharistiques,
14. le Pater chanté ou récité par le célébrant et le peuple, la conclusion diffère
15. l’agnus dei se chante ou se dit pendant et non plus après la fraction du pain (qui, elle, se fait et dit à voix basse, il faut au besoin répéter l’agnus dei jusqu’à ce que la fraction soit terminée)
16. le déplacement du texte du rite de paix (après le Pater => après l’Agnus), prévoyant la possibilité d’inviter le peuple à s’échanger le signe de paix mais seulement à ses voisins et dans le calme ! (PGMR)
17. au lieu de faire suivre « domine I.C. » et « Perceptio », le célébrant choisit une de ces deux prières
18. remplacement de « Panem caelestem accipiam » par « Ecce Agnus Dei »
19. la suppression de « Quid retribuam Domino » (étrange idée ( ?) du missel SPV de le mettre à la communion et non à l’offertoire comme chez les Dominicains)*
20. le remplacement de « Ecce Agus Dei » par « Corpus Christi » pour la communion des fidèles
21. la possibilité de communier sous les deux espèces dans certaines circonstances
22. la suppression de « Corpus tuum » après le « Quod ore sumpsimus »
23. la suppression d’un « Dominus vobiscum/ecst » après la communion des fidèles
24. la prière de post-communion se dit à voix haute
25. la suppression « Placeat tibi, sancta Trinitas » après le « Ite missa est »
26. le déplacement du « benedicat vos omnipotens Deus » qui s’insère avant le « Ite missa est »
27. la suppression du dernier évangile
28. la suppression de la prière pour le Roi (en Belgique) / pour la France (en Suisse***)
29. la suppression des prières mariales obligatoires après une messe basse
30. pour les génuflexions, grandes et petites inclinaisons, stations assises et debout, je n’ai pas trouvé de règles écrites pour le missel SPV (j’ai peut-être mal cherché…)

Quelle(s) conclusion(s) en tirer ?

Tintinus


* C’est bien le genre de question dont est friand le Cal Ratzinger, qui insiste dans son « L’esprit de la Liturgie » sur cet aspect, qui nous différencie des Juifs et des Païens : eux offrent des animaux, alors qu’au cours de la Messe, c’est le sacrifice unique et pour toujours du Christ lui-même qui est actualisé. Sûr que mon Cardinal préféré aurait apprécié que cela ait été conservé dans le NOM; et bien non, c’est raté, il n’y a plus qu’à tirer la chasse dessus, on pourra la ressortir dans 1000 dans un élan d’archéologisme liturgique!…
** Bête question concernant le NOM : y a-t-il une lecture de l’Offertoire du jour? Est-ce la « oratio super oblata » qui suit immédiatement le « suscipe » et à laquelle le peuple répond par « Amen » ? Si on chante l’offertoire (du jour donc), on le fait pendant que les dons sont apportés, ce qu’ils sont de préférence en procession depuis le peuple (PGMR).
***Attention humour douteux !!…