Le réveil de Dom Gérard
alexis -  2002-11-11 14:57:44

Le réveil de Dom Gérard

Après Mr Madiran c'est au tour de Dom Gérard, osb, de se réveiller et de remettre les pendules à l'heure dans un éditorial de la lettre aux amis du monstère digne des plus grandes heures...
On se sent beaucoup moins seul tout à coup, mais cela va-t-il durer???

« VOUS N'AVEZ PAS ENCORE RESISTE JUSQU'AU SANG » (Héb 12, 4)
II y a quelques années, un bon religieux de nos amis trouvant trop sévères nos écritures à
contre-courant nous avait fait le reproche de n'être pas assez gentils : « Vous vous faites du tort,
nous disait-il, vous ne vous faites pas aimer. »
II est vrai, une certaine rudesse du ton, sinon un penchant à la démesure, ne nous faisait
pas peur. C'est ainsi qu'ayant appris par voie de presse qu'un prêtre avait été nommé vice-
président d'une association groupant les « homosexuels chrétiens » intitulée David et Jonathan,
j'avais écrit une lettre à chacun des cent dix évêques résidents de France, pour leur dire que le
scandale dépassait les bornes. Devant leur fin de non-recevoir, j'aggravai mon cas en écrivant
à leur adresse : « Certains évêques par leur silence se font les misérables suiveurs d'un mon-
dialisme qui n'est que le signe avant-coureur de la grande apostasie ». C'était en 1992 (depuis
lors, le mondialisme a fait bien des ravages) ; et pour ne pas en rester à des généralités, j'éta-
blissais mes griefs sur trois plans : silence sur l'avortement,
silence sur la montée de l'Islam,
silence sur le saccage de la liturgie.
Que n'avais-je pas dit !
Le résultat ne se fit pas attendre : on me persuada de cesser mes attaques frontales, et plutôt
de rencontrer personnellement les chefs de diocèse, en vue, me disait-on, d'une « correction
fraternelle réciproque ». Ce que je fis avec l'un de nos pères.
L'indignation s'était un peu calmée, jusqu'au jour où nous eûmes la stupéfaction de voir
paraître la traduction d'une bible, de saveur moderniste, éditée chez Bayard, où certaines
expressions bravent l'honnêteté : en Lév 21, 20, l'accès au sacerdoce de l'ancienne loi est inter-
dit à l'homme aux « c... concassées » ; où, à la demande des Juifs réclamant un miracle, Jésus
répond : « Plutôt crever ! » ; où, dans Mt 5, « Bienheureux les doux » devient « Joie des tolé-
rants ». Enfin, voici le plus pernicieux : dans l'évangile de S. Marc (3, 31), il est question des
« frères de Jésus » (traduction normale), mais on lit en note qu'on peut entendre par là que
Marie et Joseph ont eu plusieurs enfants.
Voilà donc la Nouvelle Traduction de la bible parue en 2001, dont plus de 120 000 exem-
plaires ont été écoulés, et dont la Commission doctrinale des Évêques de France dit, dans une
déclaration imprimée au début de l'ouvrage, qu'« elle en encourage la lecture ».
Ajoutons à tout cela que depuis trente ans (une génération) les enfants n'ont plus de caté-
chisme, et que dans les « carrefours obligatoires » qu'on leur propose, on ne trouve plus les
connaissances de la foi nécessaires au salut.
Devant la détresse des familles, nous aurions envie de crier sinon de hurler... Mais non,
nous disait-on, nous sommes à l'heure du Vendredi Saint. Il faut souffrir en silence (thèse accré-
ditée). Alors entre mutisme et clameur, nous nous demandions où se trouve l'attitude vraie.
Nous en étions là de nos réflexions lorsqu'une bonne âme vint à notre rencontre avec une série
de témoignages qui eurent tôt fait d'emporter notre adhésion. Citons en vrac :
Léon Bloy : « Que diriez-vous de celui qui laisserait empoisonner ses frères par peur de
ruiner en les avertissant la considération de l'empoisonneur ? »
Mgr Freppel, évêque d'Angers (1869-1891) : « Le plus grand service qu'un homme puisse
rendre à ses semblables, aux époques de défaillance et d'obscurcissement, c'est d'affirmer sans
crainte la vérité, alors même qu'on ne l'écouterait pas. »
Sainte Catherine de Sienne : « Ah ! assez de silence ! criez avec mille langues ! Je vois qu'a
force de silence le monde est pourri. »
Plus près de nous, le très sérieux Père Ambroise Gardeil, O.P., disait : « S. Thomas place
au degré suprême le bien de la vérité, qu'il s'agit de défendre aussi bien que de promouvoir.
Attitude apparemment peu irénique, mais qui de fait, il ne faut pas l'oublier, a été la plus
constante au cours de l'histoire de la pensée chrétienne ; cela peut être utile de le remettre en
mémoire en un temps où l'on hésiterait à se montrer aussi combatif. »
Montons plus haut. Que dit Notre-Seigneur ?
« Je ne suis né, je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Qui-
conque est de la vérité entend ma voix. » (Jn 18, 37)
« Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux confins
de la terre. » (Actes i, 8)
Etre témoin, qu'est-ce à dire ? Cela signifie témoigner — jusqu'au sang, si Dieu le veut — pour
Celui qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » Oserons-nous jamais séparer l'Homme-
Dieu de cette Vérité dont il nous a faits les dépositaires et les annonciateurs ? Séparer Dieu de la
vérité ? Horreur ! Oserons-nous jamais faire cette diplomatie, cette affreuse dichotomie ?
Les martyrs anglais du XVIe siècle, et les martyrs chinois du XXe, ont tous versé leur sang
pour avoir refusé d'entrer, les uns dans une église anglicane, les autres dans une église patrio-
tique, et vous voudriez nous voir entrer dans ce magma informe qu'on appelle « œcuménisme »
ou « dialogue inter-religieux » ? Il est temps que le vent se lève et balaye ces mensonges dou-
cereux déguisés sous les oripeaux de la tolérance.
Je sais ce que vous allez me dire. Vous aimeriez que notre intransigeance s'exprime avec
moins d'âpreté. Eh bien, chers amis, j'en conviens. Mais c'est là l'ouvrage de toute une vie.
Et n'oubliez pas non plus le bref avertissement de Saint-Exupéry dans Citadelle : « Sentinelle
endormie, avant-garde des ennemis. » Priez donc avec nous et pour nous, afin que notre témoi-
gnage se répande, non pas avec le zèle d'amertume stigmatisé par S. Benoît, mais avec la toute
miséricordieuse et ferme bonté du Seigneur Jésus au fil de son Evangile, fortiter et suaviter.
Avec force et douceur.
Le Père Abbé