Euh ?
dominique -  2002-11-07 18:27:27

Euh ?

"L'homo catholique ne sacrifie rien puisque il est déjà chaste"... dites vous.

Euh... vous confondez la règle (un catholique homosexuel doit être chaste) et le fait (tout catholique homosexuel serait chaste).

D'ailleurs, demandez à un homosexuel chrétien pour qui la chasteté est un combat permanent si cela n'est pas un sacrifice pour lui...

Ca me paraît plus compliqué.
De même qu'il existe des prêtres concubinaires, il existe des catholiques pratiquants qui sont aussi, si je puis dire, homosexuels pratiquants.
Bien sûr, ils sont urgemment appelés à ne plus être pratiquants de leur homosexualité. Mais est-ce que le fait de continuer à l'être,
soit que leur conscience soit mal éclairée (ils n'ont pas compris ou ne veulent pas comprendre que l'acte homosexuel est un péché,
soit parce qu'ils vivent quelque chose de l'ordre de la compulsion (de même qu'il ya des tireurs fous, qu'on voit dans les journaux, il y a des baiseurs fous, mais comme c'est légal on n'en parle pas. Beaucoup en souffrent)
soit, enfin (dans de rares cas) parce que la nécessité de leur équilibre humain leur commande, pour éviter un mal plus grand , de vivre en couple homosexuel même s'ils ne considèrent pas cela comme un bien, et qu'ils ont pris cette décision comme un moindre mal (à juger moralement au cas par cas, à mon avis)

est ce que le fait de continuer à être homosexuels pratiquants, donc, doit les faire arrêter d'être catholiques pratiquants ? non, bien sûr. "je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs". La conscience du péché est souvent très proche de la conscience du besoin de salut.

Et je ne crois pas que, quelles que soient les pulsions qui traversent quelqu'un, l'apprentissage de la chasteté soit jamais facile.
Le fait que ces personnes homosexuelles actives ET catholiques pratiquantes existent en est bien le signe.

En ce sens, là encore quelles que soient les pulsions de la personne, la chasteté demande un sacrifice ou, si vous préférez, une renonciation à la jouissance sexuelle qui est quelque chose de tellement fort qu'y renoncer est souvent le fruit d'une vraie décision.

Par ailleurs, dans l'Eglise, on n'a jamais cherché à creuser les motivations psychologiques profondes d'hétérosexuels se vouant à la chasteté... puisque c'était considéré comme normal. Il me semble sain qu'à l'entrée des séminaires, un vrai discernement soit réalisé, prenant en compte ce qu'est la personne, sa capacité probable à vivre la chasteté, la connaissance qu'elle a de ses propres pulsions. De ce point de vue, la directive vaticane me paraît aller dans le bon sens. En revanche, dire "pas d'homosexuels" me paraît très hâtif. On pourrait aussi dire "personne qui ne soit pas resté vierge"... mais il y a malheureusement des précédents plutôt heureux, comme Charles de Foucauld.
Il ne me paraît pas que le seul critère de l'orientation sexuel suffise.
D'ailleurs, Timothy Radcliffe, ancien maître général des dominicains, explique dans une lettre à l'ordre la manière dont les homosexuels ont leur place, dès lors que, comme les autres frères, ils respectent leurs voeux ...
La vraie question est plutôt de savoir si, en vivant dans une communautés d'hommes, les homosexuels ne s'exposent pas davantage à prendre des risques (au moins en pensées) par rapport à leur voeu de chasteté que s'ils restaient célibataires. Mais en même temps, la vie fraternelle d'une communauté religieuse unie par le désir de chacun d'être fidèle à ses voeux peut être un vrai soutien pour tous.

Enfin, la réalité psychologique de l'homosexualité est extrêmement complexe (je vous renvoie là aussi à Xavier Thévenot) : il n'y a pas une, mais des homosexualités, qui traduisent et trahissent des failles dans le développement de l'individu advenues à des âges très différents de la vie.