SIDA: dérapages incontrôlés
Marc JOUVE -  2002-11-05 23:56:27

SIDA: dérapages incontrôlés

Je suis encore une fois stupéfait de ce que je lis sur le forum au sujet du SIDA.

Premier étonnement : il existe encore des gens qui professent que cette maladie aurait surgi pour punir les hommes de leur pêché ! Et pour rappeler l'histoire de Sodome et Gomorhe à la rescousse de leur théorie ! Voyez-vous dans l'Evangile et les écrits néo-testamentaires quelque mention que ce soit de punitions terrestres liées aux comportements humains ? Le "salarium peccatis" dont parle Saint-Paul n'est-il pas lié aux fins dernières plutôt qu'à une rétribution immédiate des oeuvres mauvaises ? Oui, Notre Seigneur évoque plus d'une fois "les pleurs et les grincements de dents" mais ce sont ceux de la géhénne. Toujours est-il qu'Il invite les hommes à ne pas se juger entre eux d'un point de vue spirituel, soulignant que seul Dieu peut distinguer le bon grain de l'ivraie ! Certains devraient s'inspirer de ces préceptes salutaires avant de décider publiquement sur ce forum de qui mérite ou ne mérite pas les foudres du Très-Haut. Ce Dernier sait à quel point je suis révulsé par les comportements d'une foule de gens, homosexuels, gauchistes, libéraux... et pourtant, je n'oserais pas une seule seconde me prononcer sur le devenir eschatologique de tel ou tel d'entre eux !

Pire, j'ai l'impression que, au moins inconsciemment, des liseurs se complaisent de façon malsaine dans l'idée de la damnation des autres ou de leur soit-disant punition dès ici-bas ! Quel malheur de penser ainsi quand nous devrions tous nous affliger qu'il y ait même une seule âme en Enfer ou bien que des hommes souffrent dans leur esprit et leur chair à cause de leurs erreurs de moeurs !

Sur les histoires de préservatif, j'ai déjà eu l'occasion de rappeler que le discours général du Souverain Pontife sur la chasteté, magistère conforme à la Tradition, n'empêchait nullement les pasteurs (évêques dans leurs diocèses, confesseurs) de rappeler certaines règles subsidiaires particulières destinées à éviter le pire et notamment la transmission de la maladie lors d'actes de fornication. Le Pape n'a jamais dit que le port du préservatif ajoutait quelque chose au pêché de fornication, qu'il en était par exemple une circonstance aggravante. Il n'a explicitement évoqué l'usage de cet instrument comme peccamineux en lui-même que dans le cadre de la condamnation de la contraception artificielle dans le couple. Ainsi, j'approuve l'ancien archevêque de Toulouse qui avait dit que, en cas de commission d'un acte de chair répréhensible, mieux valait éviter de surcroît de transmettre ou de recevoir le virus VIH, d'ajouter faute sur faute !

Sur l'efficacité du préservatif, il est évident que des malefaçons telles qu'il en existe dans tous les produits industriels, même les plus contrôlés, ou bien des erreurs de manipulation, peuvent le rendre inefficace. Pour le reste, je ne suis pas scientifique et ne peux rentrer dans les querelles de taille de microbes et de pores de latex mais je ferai deux remarques
1) Je connais personnellement un chercheur en la matière qui considère qu'un préservatif de bonne qualité et bien mis est suffisamment efficace pour éviter, en termes statistiques, un risque de transmission, le risque n'étant jamais nul comme dans le domaine de la sécurité routière... Des études ont été effectuées sur des couples (hétérosexuels) dont l'un des membres est infecté et qui entretiennent des rapports sexuels réguliers et protégés. Les transmissions du VIH sont statistiquement très marginales et trouvent parfois leur explication dans un relâchement des mesures de protection.
2) Il existe peu de cas connus de personnes ayant contracté le virus alors qu'elles se protégeaient correctement.

Je voudrais revenir sur ce risque minime qui subsiste. Comment peut-il effrayer les gens alors qu'il existe statistiquement des risques de mort supérieurs dans des domaines comme le sport (montagne, parachute, etc...) ou la conduite automobile et que la population ne se prive pourtant pas d'y participer ? Surtout, et je m'adresse à tous les chrétiens de conviction qui fréquentent le forum, pourquoi voudriez-vous que des personnes qui ne sont pas chastes pour Dieu le soient par crainte de la maladie ? Quel idéal de batailler à coup de chiffres et d'arguties scientifiques pour convaincre les gens de pratiquer l'abstinence alors qu'on n' a pas réussi à les convertir par l'apologétique catholique ! L'abstinence hygiéniste et trouillarde n'a aucune valeur aux yeux d'un Dieu qui sonde les reins et les coeurs !

Surtout, soyons réalistes ! La fornication est vieille comme la Chute de l'Homme. Elle a traversé les siècles et a résisté aux prêches et aux exhortations. Comme toutes les oeuvres du Démon, elle ne cessera qu'au retour du Seigneur et à l'avénement du Royaume. Elle ne disparaitra pas sous prétexte qu'une maladie se trouve liée à elle à une période donnée de l'histoire. Quand il est faible et tenté, même la crainte de déplaire à Dieu ne suffit pas toujours au croyant à résister, alors, pensez donc, quel poids peut avoir votre discours scientiste ! Quand aux athées et indifférents, est-il utile de les conforter dans l'erreur matérialiste contemporaine qu'une chose est bonne ou mauvaise selon son effet sur la santé: la fornication, c'est mauvais, comme le cholestérol, les tryglicérides et le tabac !

Le pragmatisme, là encore, doit être de mise et pas le colportage de théories hallucinantes sur un complot américain contre l'Afrique. On ne supprimera pas l'instinct sexuel par décret, fut-il signé d'un ministre de la Santé !

Enfin, pourquoi y a-t-il des gens aussi focalisés sur la sexualité parmi nos liseurs ? Je laisse la question en suspens...