Re : Je recherche...
Dom Corylus de Hazel -  2002-11-03 23:31:47

Re : Je recherche...

les références sont: "1940 La Droite était au rendez-vous" Alain Griotteray, Robert Laffont, 1985, 260 p.

Le cas d'Honoré d'Estiennes d'Orves comme les autres exemples auxquelles vous faites allusions m'ont toujours fasciné. Car ils vont à l'encontre de ce qui se dit habituellement.

Comme je l'ai écrit précédemment la complexité de l'époque et les situations méritent plus qu'une simplement mention et doit être le prisme à travers lequel cette période doit être étudiée.

Les choix individuels sont loin d'être univoques et un parcours antérieur identique n'implique en rien une attitude commune entre deux hommes.

Permettez-moi, encore une fois deux exemples personnels tirés de mon long et trés fructueux passage chez les Frères des Ecoles Chrétiennes ( auxquels je dois tout):

1) Lors de vacances estivales avec quelques autres élèves nous avions aidés au rangement du grenier de notre Institution lorsque l'un d'entre nous trouva un petit feuillet orné du portrait d'un jeune homme et bordé de noir. Il s'agissait des dernières lettres d'un jeune milicien qui fut fusillé à la libération laissant une jeune femme et une petite fille de deux ans. Dans une de ses lettres il expliquait que son engagement résultait de ses convictions religieuses et de ce qu'il avait reçu chez les Frères. Il ne s'agissait pas d'une explication mais de l'exposition faite à son épouse de son cheminement. Ignorant tout de ces évènements nous n'avons pas manqué de solliciter des explications qui nous furent données avec beaucoup d'intelligence et de tact.

2) Quelques années plus tard dans un autre pensionnat de Frères (de la même province religieuse) je fus intrigué par le portrait de tois adolescents qui surplombait le bureau du chef de la division des secondes (d'origine alsacienne) et que celui-ci aimait à faire admirer pour le plaisir d'en raconter l'histoire. Il s'agissait de deux frères et de l'un de leur camarade tué par les allemands pendant les combat de l'été 1944. Ils étaient agés de seize ans environ et nous était-il expliqués leur engagement humain avait été dicté par leur foi chrétienne et l'enseignement reçu chez les Frères des Ecoles Chrétiennes.

Alors que faut-il en conclure? Rien sinon que les choix, surtout les plus difficiles, sont de la seule décision de celui qui les pose et devant une même difficulté un parcours antérieur identique n'implique en rien une position identique. La formation d'un être humain est complexe et multiple, les influences ne s'imprègnent jamais de la même façon et dépendent de l'état dans lequel est celui qui les subit et de l'état dans lequel il se trouve au moment où il pose son acte.

Pour en revenir à d'Estiennes d'Orves j'ai toujours admiré sa foi profonde et joyeuse (comme celle de Guy de Larigaudie ou celle de Callot mort en Allemagne pour son action d'évangélisation volontaire dans le cadre du STO)1 et la question qui me taraude sans cesse est de ma demander comment la rupture dans la transmission de la foi a-t-elle pu être aussi rapide et abyssale entre son époque (riche en prises de position toujours tranchées et fières) et la notre si édulcorée dans laquelle notre est toujours prompte à s'excuser d'exister.

L'ouvrage des enfants d'Honoré d'Estiennes d'Orves paru aux éditions Franc-Empire et qui donne les documents de l'époque est à recommander.

Bonne Nuit.

Dom Corylus de Hazel

1 Pourquoi avoir demandé pardon? Au nom de tous ces gens? Décidément si certains reproche le silence des évêques pendant la deuxième guerre mondiale, je fais partie de ceux qui, malgré l'obéissance que je leur dois (obéissance ne veut pas dire sérvilité ni manque de discernement et de conviction propre) reproche à leurs successeurs leurs bavardages inconsidérés et bien méprisants...