"J´irai fleurir vos tombes"
XA - 2002-10-29 17:41:30
"J´irai fleurir vos tombes"
J´irai fleurir vos tombes
Le chrysanthème n´est plus la star des cimetières. Il s´est laissé détrôner par
sa petite sœur, la pomponnette, mais aussi par la bruyère, aux couleurs
vives mais artificielles.
"Je suis dans la fleur d´un âge qui commence à sentir
le chrysanthème. " Cette expression de Robert Lassus,
journaliste et caricaturiste, est plus une marque de
saison qu´une vérité première. Primo, parce qu´il n´y a
pas d´âge pour passer de vie à trépas. Et secundo,
parce que le chrysanthème n´est pas vraiment une fleur
parfumée. Par contre, il dégage une vague de fraîcheur,
amplifiée lorsque l´on visite en respirant à fond les
serres de Joseph et Christian Vernet, père et fils.
Le compte à rebours de la Toussaint est déjà bien
entamé chez ces horticulteurs plantés en amont de
l´autoroute sur la commune de Saint-Jean-Bonnefonds.
Les commandes de fleuristes arrivent par bouquets et le
personnel s´affaire pour regrouper les plantes, fleuries
comme une seule tige multipliée à l´infini.
" Une fête sans lendemain "
L´harmonie est parfaite, toute en rondeur. Un festival de
couleurs. Cela donne l´impression d´un jeu de miroirs
quelle que soit l´enfilade de fleurs sur laquelle se pose le
regard. C´est là tout l´art des mains vertes : porter à
maturité près de quinze mille plants à une seule date, car
novembre ne fait plus la fête aux chrysanthèmes.
Joseph Vernet a le mot juste lorsqu´il commente : " La
Toussaint est la seule fête sans lendemain. Il y a le
couperet, nous n´avons qu´une semaine pour vendre. "
Contrairement à certains pays comme la Belgique et
l´Allemagne, la France n´a pas pour habitude de fleurir
ses jardins avec des chrysanthèmes. Le cimetière, un
point c´est tout. Quoique la ville de Saint-Étienne le
ravive en fleurissant ses espaces, c´est dans l´air du
temps.
Les années passant, les habitudes ont changé. Hier,
c´était le chrysanthème jaune qui remportait les
suffrages. Aujourd´hui, d´autres tons sont venus enrichir
la gamme. Et il y en a pour tous les goûts. Mais, ces
dernières années, les préférences sont allées vers une
nouvelle floraison : la pomponnette. Pas celle de Raimu
dans La Femme du boulanger, mais le chrysanthème
multifleurs. La petite sœur de l´autre, en somme.
Les ventes se sont inversées et la pomponnette pèse
pour 70 % du chiffre de la Toussaint. Le marché s´est
également enrichi des compositions en pot, qui marient
petit conifère, véronique, bruyère peinte et pomponnette.
Il y a donc une mode dans la façon de respecter la
tradition.
Un printemps éternel
Chez Vernet, la course aux chrysanthèmes débute au
printemps. Dès le mois de mai, les plants en pots sont
alignés dans les serres. " Rien ne pousse en moins de
cinq mois ", explique Joseph Vernet.
Chaque plant dispose d´une sortie d´arrosage par
goutte-à-goutte, réglée automatiquement.
Les plants sont taillés deux ou trois fois, et les tiges sont
cerclées pour donner la forme ronde finale. Au fur et à
mesure que la saison avance, les pots sont espacés. Et
les plantes acquièrent ainsi toute leur maturité, au point
d´occuper une large partie des 11 000 m2 de serres, en
cette période.
Les boutures sont achetées chez des producteurs
français spécialisés. Ce sont eux qui font de la
recherche et enrichissent les variétés de chrysanthèmes.
Penser l´avenir, c´est aussi envisager la montée en
puissance de la crémation, qui signera pour partie la fin
des belles plantes en pot, tant il est difficile de fleurir un
columbarium. Des idées devront germer pour relever la
tradition de ses cendres.
Les fêtes de la Toussaint passées, chez Vernet, ce sera
déjà le printemps avec la multiplication des géraniums et
la mise en terre des primevères d´extérieur, celles qui,
dès la fin de l´hiver, osent exposer leurs fragiles pétales
au petits rayons de soleil. Quant à nous, il nous faudra
hiverner.
MARIE-CHRISTINE JASPARD
Source : http://www.leprogres.fr/infodujour/Loire/42R05010.20.44.11.htm