La face cachée d'Halloween
XA - 2002-10-29 17:24:45
La face cachée d'Halloween
La face cachée d'Halloween
Dans un petit livre décapant (1), Damien Leguay appelle un chat un chat.
Et dénonce la perversité de l'invasion commerciale et médiatique qui va
déferler sur nos écoles et nos écrans à la veille de la Toussaint.
Toute société, consciente de ses racines, respectueuse de son passé et
soucieuse de son avenir, honore la mémoire de ses morts et en célèbre le
souvenir. Avec le calendrier chrétien qui marque depuis des siècles le
temps de notre société, la fête de tous les saints, officialisée par
Charlemagne au IXe siècle, nous appelle à vénérer la mémoire de ces
justes, connus ou inconnus, qui sont déjà dans la joie de Dieu. Ils nous
servent de modèles et montrent le chemin. Rien d'effrayant dans ces
jours, au contraire beaucoup de douceur et d'amour entre les vivants et les
morts.
Au-delà même de notre foi, la Toussaint est, dans notre civilisation, un
repère de mémoire qui nous convoque à célébrer nos morts et nous relie à
eux. En cela la Toussaint est, non seulement une fête chrétienne, mais
une liturgie humaine et civique qui mérite le respect de tous et à plus forte
raison des enseignants et des responsables de la jeunesse.
Or, voici que depuis quelques années avec Halloween, un travestissement
de cette célébration nous est imposé. On nous persuade qu'il s'agit d'une
vieille fête préchrétienne, d'origine celtique, qui se célébrait dans la nuit du
31 octobre en l'honneur de Samhain, dieu des morts. Ce soir-là, les portes
du monde d'en bas s'ouvraient pour donner passage aux esprits funèbres
et maléfiques. Druides et fidèles les repoussaient en revêtant des
déguisements d'animaux...
Mais ces célébrations rurales ont disparu des campagnes européennes
depuis une quinzaine de siècles et n'ont jamais existé dans nos villes. La
fête d'Halloween introduite en France n'a aucun lien réel avec le passé,
elle est une construction hétéroclite, un produit marketing lancé sur le
marché de la fête, estimé juteux et facile à conquérir. D'ailleurs, Halloween
est une marque commerciale déposée ! La greffe américaine tardive s'est
opérée dans un monde protestant qui avait évacué le culte des saints. Ce
n'est en aucun cas un précédent authentique.
On peut comprendre le manque de discernement de beaucoup de parents
qui ne voient là qu'un amusement, mais comment accepter que de
nombreux enseignants cautionnent cette horrible mascarade de citrouilles
découpées en têtes de morts, de squelettes et de sorcières. Si les
enfants ne perçoivent pas la falsification, les maîtres auraient dû la
mesurer. Si on refuse toute signification religieuse à cette funèbre parade,
le mauvais goût de la chose s'impose. Si, en revanche, on admet qu'il
s'agit d'une résurgence d'un paganisme ancien, et donc respectable, qu'il
y a des mauvais esprits errants qu'il faut conjurer et des sorcières qui
jettent des sorts, alors les enseignants qui s'associent à une telle
entreprise violent l'esprit de la laïcité en laissant les enfants se pénétrer de
telles croyances.
L'école publique s'est efforcée de séparer l'instruction de la religion.
Beaucoup d'élèves ignorent jusqu'aux rudiments du christianisme, partie
intégrante de notre patrimoine culturel, il est d'autant plus scandaleux
qu'on laisse s'acclimater dans nos écoles de pareilles sornettes qui
remplissent l'esprit de nos enfants de superstitions et de craintes qui,
sous le couvert de la fête, les rendent vulnérables à toutes les impostures.
(1) La Face cachée d'Halloween, Le Cerf.
Jean Chélini,
Professeur des universités, président de l'Institut de droit et
d'histoire religieux d'Aix-en-Provence
Source : http://www.ouest-france.fr/pages/jour/BRE_ActuDetail.asp?IN_idDOC=6180&IN_codeCLA=ptv