L'esprit Vatican II bien vivant au Brésil avec "l'option pour le
Un revenant -  2002-10-11 12:14:03

L'esprit Vatican II bien vivant au Brésil avec "l'option pour le

11/10 09:22 Quarante ans après le concile oecuménique de Vatican II, l'option préférentielle pour les pauvres, avec la création des Communautés Ecclésiastiques de Base (CEB), reste bien vivante au Brésil.

Pour Mgr Casaldaliga, 71 ans, fondateur de la Commission Pastorale de la Terre, qui lutte pour la réforme agraire, "la Théologie de la Libération avec la création des Communautés Ecclésiastiques de Base et les pastorales, est quelque chose d'irréversible et d'incontestable encore aujourd'hui".

Evêque depuis 34 ans de Sao Félix do Araguaia (Mato Grosso, Amazonie), l'une des régions les plus violentes du Brésil pour les conflits agraires, Mgr Casaldaliga rappelle que "l'Eglise de Vatican II a dialogué à l'époque avec l'Europe, le monde occidental moderne mais n'a pas dialogué avec la périphérie, le Tiers-Monde".

"C'est à Medellin, en 1968, que l'Eglise latino-américain a concrétisé, situé et fait entrer dans l'histoire Vatican II, avec l'option préférentielle pour les pauvres, à travers la politisation de la Foi", explique-t-il.

Au Brésil, cela s'est traduit, selon lui, par l'essor des CEB et une prolifération de pastorales de plusieurs groupes de population (indigènes, enfants des rues, femmes marginalisées etc...).

Avant Vatican II, l'Eglise s'occupait des pauvres et des malades dans une ligne d'assistanat, de charité, estime cet évêque d'origine catalane, arrivé au Brésil en 1968, en pleine dictature militaire et qui est devenu l'un des chefs de file de la Théologie de la Libération.

"En Amérique Latine on demandait un engagement plus social, plus politique et de dénoncer les causes de l'exclusion pour les combattre", relève-t-il.

Après Medellin, il y a eu Puebla (1979) et Saint-Domingue (1992), rappelle l'évêque, et "en dépit d'une certaine intervention du Vatican on a insisté sur l'universalité de l'Evangile, pour dépasser l'Eurocentrisme et l'Occidentalisme".

De son côté, le vice-président de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil (CNBB), Marcelo Pinto Carvalheira, fait une analyse proche de celle de Mgr Casaldaliga.

"La grande conséquence de Vatican II, ce furent les trois conférences en Amérique latine, où nous avons montré que, dans le Tiers-Monde, le grand défi était la masse de miséreux. Nous avons alors créé l'option évangélique pour les pauvres".

"Libérer les captifs est un des thèmes bibliques qui ont été prêchés et au Brésil on y a très bien fait face", avec les CEB et les pastorales", estime-t-il.

"Même le pape Jean Paul II a insisté sur le fait de renouveler la pratique du concile Vatican II, et la nécessité d'intégrer les diversités culturelles dans la liturgie", dit-il.

Pour Casaldaliga, ce respect des diversités culturelles a été "fondamental car l'évangélisation dans le Tiers-Monde s'était faite de façon assez colonisatrice", notamment pour les Indiens et Afro-Brésiliens, où les liturgies pour ces communautés incluent maintenant des éléments de leur culture.

Récemment, la CNBB a organisé un référendum (sans valeur légale) contre la création de la Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA), qui a été signé par près de dix millions de personnes.

"Ce chiffre est très réconfortant, car la ZLEA est une nouvelle proposition d'impérialisme, de dépendance totale des Etats-Unis", a estimé Mgr Casaldaliga, qui aura 72 ans en février 2003.

"Nous voulons l'intégration mais pas la domination", a-t-il précisé.

Plus de 40 évêques ont déjà signé un manifeste en faveur d'un "Vatican III" qui prépare l'Eglise à répondre plus concrètement aux expectatives du Tiers-Monde, selon lui, et en juillet 2003 aura lieu à l'Université Catholique de Sao Paulo (PUC) une évaluation des 40 ans de Vatican II.

"Il faudra assumer les nouvelles directions à prendre, à un moment où le néolibéralisme a déçu", a-t-il conclu.


© AFP.