dominique - 2002-10-10 10:59:49
Re : De plus...
Je ne crois pas que, en dehors, pour certains d'entre nous, des matières théologiques, nous pensions la réalité selon la manière dont Aristote l'a décomposée. L'effort de compréhension du réel qu'il a fait est passionnant, mais il ne structure plus notre façon de penser.
Nous ne décomposons pas un feu rouge ou un être humain entre sa substance et ses accidents; ou entre son âme (c'est à dire, pour Aristote, sa raison d'être), sa forme, et sa matière.
Pour Aristote, par exemple, l'âme de l'oeil est la vue. Une manière de penser qui nous est devenue un peu étrangère.
Or le dogme de la présence réelle, toujours vécu et cru dans l'Eglise catholique (au sens où on a toujours cru à la vérité de la parole "ceci est mon corps" à propos du pain consacré
, n'a été explicité qu'assez tard, dans un langage qui est celui d'Aristote.
Ceci a conduit au XVIIème siècle l'Eglise à condamner (à mort, c'était les moeurs de l'époque) un philosophe - physicien atomiste : la structuration de la matière en atome, d'origine épicurienne, ne rendait pas possible la trans-substantiation, croyait on.
Il se trouve que les concepts mêmes, ou si vous préférez le langage, dans lesquels nous avons défini les dogmes qui concernent la présence réelle, sont non seulement obscurs pour nos contemporains... mais surtout, alors qu'ils pouvaient correspondre autrefois à une manière globale de voir la réalité, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Nous nous trouvons donc devant un double problème :
- les termes mêmes de la théologie dogmatique du concile de Trente sont un peu oubliés...
- mais surtout, les concepts qui sous-tendent cette théologie (c'est à dire cette manière de parler des réalités saintes) ne sont plus ceux qui sous tendent notre manière de parler du réel qui nous entoure.
Il ya donc, à mon sens, un travail à faire pour retraduire la même réalité sainte (celle de la présence réelle, celle de la transsubstantiation) dans la manière actuelle dont nous concevons le monde qui nous entoure.