Le crucifix à l'école vu par la presse italienne Cette exigence
Jean -  2002-10-04 15:06:42

Le crucifix à l'école vu par la presse italienne Cette exigence

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Le crucifix à l'école vu par la presse italienne Cette exigence de la Ligue du Nord a été diversement appréciée.
Tout a commencé le 19 septembre avec une proposition de loi émanant d'un responsable de la Ligue du Nord, le parti régionaliste et xénophobe d'Umberto Bossi. Federico Bricolo - et avec lui une soixantaine de députés de la Maison des libertés (droite gouvernementale) - a réclamé que le crucifix, "cet emblème de la civilisation et de la culture chrétiennes", soit suspendu dans tous les lieux publics, sous peine de sanctions.
Le jour même, la ministre de l'éducation, Letizia Moratti, a annoncé qu'elle souhaitait, pour sa part, imposer le crucifix dans les écoles. Coïncidence ou pas, la controverse a été lancée. La question, toujours brûlante en Italie, de la séparation de l'Eglise et de l'Etat était mise en jeu. Comme celle de la tolérance.
"La Ligue demande des crucifix partout pour faire pièce à l'islam. L'image sacrée devra être affichée dans toutes les écoles, hôpitaux, gares,... Pour que les "dangereux et insolents islamiques" n'oublient pas qu'ils sont installés en pays chrétien." Pour La Repubblica, la requête de la Ligue n'est qu'une preuve supplémentaire de sa xénophobie, dont le seul but est au fond "de diviser, de faire du crucifix un motif de polémiques et de fractures. C'est une initiative qui offense la croix en l'utilisant à des fins qui sont à l'opposé des valeurs que le crucifix représente".
Si la proposition de la Ligue ne surprend pas le quotidien de centre gauche, l'attitude de Mme Moratti suscite l'incompréhension. "Comment se fait-il que la ministre de l'éducation, qui semble être une personne fine et sensible, s'associe à ce mauvais procédé ? Devons-nous y voir un signe de la légèreté et de l'improvisation qui semblent caractériser tant d'actes du ministère dont elle a la charge ?", se demande Pietro Scoppola dans un éditorial flamboyant intitulé "Le crucifix ne s'impose pas par décret". Sa conclusion ? "Cette initiative n'est qu'une grossière instrumentalisation du premier des symboles chrétiens. Le symbole de la souffrance humaine ne peut pas servir à exclure ceux qui sont différents de nous."
RELIGION D'ÉTAT ?
Même ton acerbe dans le très à gauche Manifesto, qui voit dans la proposition de la Ligue du Nord " l'amorce d'un retour à l'idée rétrograde d'une religion d'Etat". Le quotidien s'insurge contre "l'offense qui serait faite à la laïcité ainsi qu'aux citoyens italiens non catholiques"si le projet était adopté.
Etonnamment, La Stampa de Turin renvoie aussi la question du crucifix obligatoire à celle de la multiethnicité et de la pluralité religieuse. Le quotidien proche de la famille Agnelli remarque que "la proposition de loi parle du crucifix comme d'un "emblème universel de civilisation". Mais une telle affirmation n'a de valeur qu'au sein de notre culture. Elle n'est guère évidente pour les autres". Et l'éditorialiste d'insister sur l'importance de la laïcité. "L'Europe a indéniablement des racines chrétiennes, mais elle a aussi mûri et développé son identité au travers de comportements et de raisonnements laïques."
Le Corriere della sera, pour sa part, refuse de prendre position. "La présence du crucifix dans les écoles est opportune", explique le quotidien modéré milanais. "Elle est dans la logique d'une société qui se veut chrétienne." Reste que l'éditorialiste du Corriere n'aime pas ces ligueurs "qui rêvent de recenser les écoles où le crucifix a été retiré et de soigneusement relever le nom de celui qui l'a ordonné". Non, décidément, conclut le journal, "le crucifix n'est pas le signe d'une quelconque suprématie".
Un communiqué laconique du ministère de l'éducation a toutefois mis un terme à la polémique en indiquant qu'"il n'y aura pas de décret et, donc, pas de crucifix obligatoire dans les salles de classe".