Justin Petipeu - 2002-09-24 12:35:30
Intéressant, en effet...
A plusieurs titres...
Mgr Weakland ne retient de la troisième édition typique du missel romain que des éléments qui laisseraient penser à une certaine "restauration", notamment sur le plan des traductions. Il n'a pas tort mais il oublie aussi ceux qui vont dans l'autre sens, comme par exemple l'élargissement de la communion sous les deux espèces, qui est encore une belle illustration d'un archéologisme "décalé" qui sévit depuis 40 ans. Il n'a aucun mot par contre au sujet des prérogatives grandissantes des conférences épiscopales en matière d'inculturation...On n'est donc pas obligé de partager son avis au sujet des directives liturgiques actuelles ; la réforme se poursuit et continue à s'éloigner petit à petit de "la référence" (rit de 1962).
Ses réflexions sur l'art moderne sont en fait une accusation ; l'Eglise s'est bien inspirée de tel ou tel expression artistique par le passé, pourquoi ne pas s'inspirer de l'art moderne ? Mgr Weakland oublie aussi que des erreurs ont été commises dans le passé de ce point de vue mais rectifiées. Par Dom Guéranger, par exemple, en ce qui concerne les messes, et par st Pie X sans son motu proprio de 1903. On n'a pas attendu le concile Vatican II pour se débarrasser de certaines lourdeurs artistiques et musicales !
Je crois me souvenir aussi que les fidèles de Mgr Weakland ont fait appel à Rome dernièrement, devant le projet de restauration de sa cathédrale, et que Rome lui a envoyé une admonestation très ferme pour qu'il abandonne son projet, qui n'était ni plus ni moins qu'un saccage des oeuvres sacrées du monument. Il est clair que Mgr Weakland est à l'avant-garde de ce mouvement, donc un casseur.
Oui, le rit romain est un chef d'oeuvre d'équilibre et de sobriété ! Mgr Weakland continue à faire croire que le "mouvement liturgique" est un et continu. C'est une escroquerie ! Chacun sait que ce mouvement s'est trouvé dévoyé, notamment par l'influence de Dom Lambert Bauduin (vous savez, le type qui sabre le champagne en apprenant la mort de Pie XII...). Il n'y a pas eu continuité mais bien rupture. Mgr Weakland oublie de citer le cal Ratzinger quand il parle de la liturgie "fabriquée" ou Mgr Bugnini...
Sur les problèmes de doctrine, par contre, son analyse est tendancieuse, mais il se trahit. Ainsi, ce n'est pas la faute de la liturgie si il existe des insuffisances doctrinales, mais aussi du reste. C'est bien ce que nous disons ! C'est un tout...Oui, le catéchisme conciliaire est pourri, oui l'enseignement ecclésial laisse à désirer...mais la liturgie réformée s'inscrit dans ce mouvement, simplement. Quant'aux problèmes de présence réelle, ses arguments sont nuls : les questions posées aux catholiques sont "mal posées" (tu parles !), et puis de toute façon, on n'avait pas fait de sondages avant la réforme. Sans doute, mais on n'avait pas non plus éprouvé le besoin d'en faire, plutôt !
Là où je rejoins complètement le texte, c'est à la fin...je trouve avec lui que le pluralisme réclamé par les "semi-restaurateurs" va provoquer des effets désastreux dans l'avenir. Voilà pourquoi la demande de libéralisation du rit traditionnel ne doit jamais être séparé de la critique du NOM...Sinon, on va vers l'anarchie et le relativisme le plus complet. Le putsch des seize à la FSSP le montre bien : on introduit dans le rit de 62 des nouveautés, des adaptations, un tel chante ceci, l'autre ajoute celà, etc...Bref, on se condamne à suivre le mouvement inauguré par le NOM où chaque prêtre décide de faire "sa" messe comme il le sent, ou comme il le pense. C'est la fin du rit et de la Liturgie. Comme je l'ai écrit plus bas au sujet du Cal Hoyos, cette dilution des rits dans une sorte de "base" liturgique où finalement, tout est bon, rien n'est à jeter -du moment que chacun a son rit qui lui convient- est parfaitement inapte à rendre compte de la Liturgie, qui est LA grande prière publique de l'Eglise romaine. Une et universelle.
Evidemment, Mgr Weakland est un réformateur, il prêche donc le consensus et croit au "sens de l'histoire". Le retour au rit de 62 lui paraît "excentrique". Question de point de vue ; pour nous, avec 20 % de prêtres ordonnés par an pour le rit traditionel et un chiffre en constante augmentation, ce sont plutôt les jusqu'au boutistes nomistes qui nous paraissent excentriques.
Voici le désastre engendré par la réforme de 69 : c'est une réforme réformante. Elle est toujours en train de se réformer ; trois éditions typiques en 30 ans ; aucun respect des rubriques constaté en paroisse, mais déjà, on recherche un nouveau consensus qui n'aura pas plus d'effets. Comment parler encore de rite dans ces conditions ? La rupture qu'a constitué la réforme de 1969 interdit tout consensus et toute stabilité liturgique, tout simplement parce que la liturgie orpheline, ça n'existe pas ! Le développement organique et homogène de la liturgie a été brisé ; on ne construira rien là-dessus...