Il faut retrouver l'abbé Aulagnier (épisode 2)
Sombreval -  2002-09-15 10:56:16

Il faut retrouver l'abbé Aulagnier (épisode 2)

Ecône. Des jeunes séminaristes se sont rassemblés à l’extérieur, autour de la grande Croix qui se dresse près de la route. C’est l’heure de ce fameux colloque ecclésiastique pendant lequel les langues, dit-on, se délient. Le nom d’un certain abbé est sur toutes les lèvres. « Il veut nous trahir…le félon…il s’apprête à passer à l’ennemi… l’Oeuvre est en danger…il menace la Reconquête…il faut le mettre hors d’état de nuire…haro sur l’abbé Aulagnier », voilà des bribes de propos tenus par les séminaristes en soutane. Tous leurs espoirs sont tournés vers Monseigneur Fellay, le supérieur de la Fraternité. Ce dernier est devant la fenêtre de son bureau, absorbé dans ses pensées. Ses traits sont empreints d’inquiétude. La fixité de son regard témoigne de la gravité de la situation. Il se retourne, embrasse la pièce du regard, il fixe pendant un long moment un cadre sur la bibliothèque. Il fait quelques pas pour s’en saisir, c’est une photographie de Mgr Lefebvre. « Maître…un de vos plus fidèles lieutenants devient incontrôlable, la division devient chaque jour plus visible, nombre de fidèles sont troublés, certains nous quittent, beaucoup sont gagnés par la tentation de la réconciliation, les choses tournent mal cher Maître. Puisse votre mémoire me donner cette force qui me quitte par moment et me soutenir dans le combat terrible qui s’annonce. Si nous cédons, si nous concluons un accord, l’église conciliaire aura tôt fait de nous absorber, de nous engloutir. Elle nous avalera comme un vulgaire morceau de pintade. Tout ce que nous avons bâti sera irrémédiablement détruit. Ce sera la porte ouverte au modernisme et à l’hérésie. Le rite tridentin deviendra l’apanage de quelques vieux croûtons en déroutes, Vatican II l’horizon indépassable de la pensée théologique. C’est impossible. Non possumus. Qu’est ce qu’il croit ? Qu’un accord va nous ouvrir la voie triomphale ? Qu’à la faveur d’une Entente nous réussirons à toucher la société toute entière ? Quelle touchante naïveté ! Il doit bien comprendre une chose : la résistance ne fait que commencer, nous n’en sommes qu’au prélude. Et lui qui se croit déjà à l’épilogue, il applaudit en plus.. ahahah.. ». Le visage de l’évêque est traversé d’un mouvement convulsif. Des gouttes de sueurs perlent sur son front. Il roule maintenant des pensées térébrantes : « Il faut en finir, recouvrer l’unité, à tout prix… »
On frappe. L’abbé B entre dans le bureau. Il s’incline obséquieusement devant l’évêque. Ce petit homme, à la mine de fouine, aux yeux de finaud, est chargée de toutes les missions délicates au sein de la Fraternité. Sa ténacité, son attachement indéfectible à la Cause, sa roublardise, son royalisme affiché, son culte de la hiérarchie, sa passion de l’autorité lui ont très vite gagné la confiance de ses supérieurs et lui valent un grand crédit auprès des fidèles de la Fraternité. L’abbé B est plus agité que de coutume.
« Eminence, nous avons contacté tous nos prieurés, tous nos monastères, dans chaque pays, dans chaque ville, partout. Personne ne sait où il se trouve. Mais croyez moi, nous ne tarderons pas à l’attraper. Tous les districts sont en alerte. Qu’il pointe le bout de son nez et les nôtres lui tombent dessus, pour ne plus le lâcher. Une ribambelle de prêtres nous ont fait part de leur indignation et de leur écœurement. Les plus jeunes sont particulièrement remontés. Il est cerné de toutes parts. Nous l’aurons.. »
« Très bien Monsieur l’abbé. Je vous fais confiance. Seulement…hum…une question me taraude. Et s’il prenait contact avec Rome ? Certains hauts prélats pourraient l’utiliser pour faire imploser la Fraternité. Son alliance avec Rome serait un désastre pour nous. Il connaît trop bien notre organisation, et le revirement d’un homme tel que lui serait perçu comme un signe que notre navire prend l’eau…
« Ne craignez rien Eminence, j’ai pris mes dispositions. J’ai alerté nos informateurs à la Curie et dans les principales congrégations. S’il se manifestait, nous en serions les premiers informés. Mais je doute que son but soit de se rapprocher de Rome. J’ai l’intime conviction qu’il cherche d’abord à se venger. Il a très mal pris sa mise à pied, et votre décision de le suspendre provisoirement de toutes ses fonctions l’a rendu fou furieux. Croyez-moi, il n’a aucune envie de se reposer, ni de profiter de son année sabbatique. La vengeance, oui la vengeance accapare toutes les forces de son esprit. Tout est subordonné pour lui à cet unique objectif, se venger. Il faut s’attendre à tout. Cet homme n’a plus rien à perdre. J’ai interrogé à nouveau les employés de la manufacture Décaillet qu’il a voulu incendier. Plusieurs m’ont parlé de son regard. Il fallait voir son regard m’ont-ils dit, tandis qu’il renversait tout sur son passage, il fallait voir ses yeux désorbités, dilatés par toutes les stupéfactions de la démence, c’était effrayant… Eminence, je crains le pire. Il faut agir au plus vite avant que l’irréparable ne se produise. Laissez moi une entière liberté d’action. Je vais le traquer, il ne m’échappera pas. J’ai d’ailleurs un vieux compte à régler avec lui…
« Je vous l’accorde monsieur l’abbé. Ramenez le moi ! Vous pourrez puiser dans l’enveloppe secrète tout l’argent nécessaire. La chasse est ouverte…

Episode dédié à ma douce Candice

N'oubliez pas l'épisode 1 :

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