dominique - 2002-09-12 15:54:33
Re : Suite
"C'est le sacrifice expiatoire que Jésus a consenti à faire pour l'humanité. "
J'accroche sur "expiatoire" (non que je refuse ce terme). L'expiation suppose une faute à expier, une manière de l'expier (ici, la mort en croix), et un juge qui prononce la peine; à moins que l'on ne se place dans le cadre d'une sorte de "justice immanente" qui fait de la peine une conséquence naturelle, non précédée d'une volonté, de la transgression (genre : si je mets les doigts dans la prise, j'ai mal).
S'il ne s'agit pas de justice immanente, qui prononce la sentence ?
Dans les évangiles , c'est, au final, et sous la pression, Pilate qui prononce cette sentence. Est-ce lui le juge ?
Ou faut il entendre que le juge est Dieu le Père ? Et pourquoi faut il, dans ce cas, qu'une victime expie ? (j'ai bien des idées sur "en quel sens dire que la croix est un sacrifice", mais je voudrais, avant de vous les exposer, être sûr de bien vous avoir interprété
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"Le prêtre revit alors, de façon non sanglante (encore que, des exemples comme le Saint père Pio nous démontrent le contraire), le sacrifice que Jésus a consenti pour nous. "
Cette vision des choses me paraît vraie (à condition de considérer qu'elle est allégorique : le pain et le vin deviennent substantiellement le corps et le sang du Christ, le prêtre ne devient pas substantiellement personnna Christi), mais partielle.
Partielle parce que le terme grec "eucharistein" signifie "action de grâce" : la messe n'est donc pas seulement la réitéreation d'un sacrifice d'expiation.
"Quand au pain et au vin, ils deviennent le corps et le sang de Jésus Christ par transsubstantiation."
Nous sommes d'accord.
"La dimension de Sacrifice diffère totalement de la version protestante qui considère que le pain partagé à l'office est un repas en mémoire du Seigneur. "
Je pense qu'il y a erreur à durcir l'opposition. Les protestants se trompent gravement en considérant que le pain partagé à l'office "n'est que" un repas en mémoire du Seigneur; mais je pense aussi que la messe est bien - entre autres choses - le repas (nous mangeons) par lequel, par excellence, nous faisons mémoire de Lui.
Mais à la différence des protestants, nous considérons que cette action rend substantiellement présent le Christ en son corps et son sang, et que, comme la Cène fut une anticipation de la croix, la messe est médiatement (par la médiation de la Cène qui l'a instituée) la réitération de la mort du Christ en croix et de ses effets pour les participants et, mystérieusement, pour le monde.
"Malheureusement, et c'est précisément là que le bât blesse, de plus en plus de catholiques adoptent une mentalité protestante."
Il me paraît probable que vous incluerez mes propos dans cette catégorie. Mais que cela ne nous empêche pas d'approfondir, en particulier la question de l'expiation (sur la croix) qui me paraît être le noeud réel de la question.
"Ce qui nous oblige donc, en tant que catholique, à reconnaître que la Messe perpétue la Sacrifice expiatoire de Jésus NS."
Cette phrase me permet d'introduire une autre question : celle du statut de notre débat. Nous sommes de simples laïcs, et nous nous permettons de débattre de questions autrefois réservées aux clercs.
Nous ne croyons plus "parce que l'autorité légitime a dit", mais parce que nous avons vérifié, à l'aune de critères qui sont les nôtres (notre sentiment, la manière dont nous avons compris la Tradition), que tel discours est ou n'est pas vrai.
De ce point de vue, traditionnalistes ou pas, nous sommes tous des modernes.