Re : La Constitution européenne, je m'en fous.
Torquemada -  2002-09-08 10:59:08

Re : La Constitution européenne, je m'en fous.

Vous avez tout à fait raison. Je vous encourage d'ailleurs à vous en foutre radicalement. Mais votre interlocuteur - qui est peut-être bavarois, je ne sais pas - a sans doute encore sous ses yeux un tissu social chrétien compatible avec une quelconque Constitution, alors que nous autres Français, nous savons depuis longtemps que ce n'est pas le cas, que cette chose semble bien difficile, car notre pays n'est plus catholique, et que nos institutions politiques ont une responsabilité là-dedans.

Permettez-moi d'ajouter quelques remarques...

D'abord, une Constitution vise normalement à donner un statut politique à un corps social (dans la langue de Rousseau : d'un peuple, on fait une nation !). Or on constate précisément qu'il n'existe pas de peuple européen, de "volonté générale" européenne. Le texte anticipe sur toutes décisions politiques en donnant un certain nombre de "principes fondamentaux" - essentiellement les Droits de l'Homme - sur lequel l'Union va prétendument s'appuyer pour "faire du commerce" (cela sert ça d'abord à ça l'Europe, non ?). C'est absurde, d'autant qu'avec de bons sentiments on ne fait jamais de très bonne politique...

Quant au climat européen, il est d'abord celui d'un monde dans lequel Dieu n'est plus qu'un lointain souvenir. En ce sens, il est bel et bien devenu un héritage. Je pense qu'à l'époque de saint Thomas d'Aquin, par exemple, on percevait vraiment les cathédrales ou nos églises comme les "maisons du Bon Dieu", alors qu'aujourd'hui ce ne sont plus - au mieux - que des objets d'arts qu'il faut inscrire au patrimoine culturel de l'humanité. C'est vrai pour ceux qui n'ont pas la foi. Mais c'est encore plus vrai pour 90% des dits "catholiques" qui vivent un peu comme si Dieu n'existait pas et qui ne tolèreraient absolument pas que l'Eglise tienne aujourd'hui un discours plus autoritaire. Les modernistes que je connais vont à l'Eglise par habitude familiale, c'est tout. Ils aiment marier leurs enfants dans les églises parce que c'est un joli cadre, parce qu'on a droit à une jolie cérémonie, parce que cela fait verser quelques larmes aux grands-mères émotives, mais, pour l'essentiel, ILS SE MOQUENT DE CE QUE PEUT BIEN DIRE L'EGLISE DU MARIAGE. Et comme les prêtres ne mettent plus la pression pour que les gens aient une pratique régulière et authentique, ils se passe ce qui devait arriver : la religion disparait.

Pourquoi croyez-vous que Debray veut instituer à l'Ecole l'enseignement du "fait" religieux, en tant qu'héritage à visées éthiques ? Vous avez le langage du traditionaliste militant qui est en lutte contre le monde moderne ; vous parlez "en tant que" croyant. Or, le monde moderne est essentiellement relativiste et ne tolère pas ceux qui croient en une vérité universelle indépendante des temps et des lieux (sauf, bien sûr, celle qui sera inscrite dans la Constitution européenne...). Notre épiscopat ne fait, depuis trente ans, que de s'adapter à cette réalité nouvelle.