Bertrand Décaillet (194.209.178.xxx) - 2002-08-02 12:23:33
Pas beaucoup de temps...
... et il faudrait écrire un livre sur la question !!!
Sur le principe - et si je caricature - il faut savoir que nous avons tous été pervertis (mais woui!) par un climat esthétique qui s'est éloigné de l'expression et de la pensée pour exlater l'émotion... (grosso modo l'esthétique romantique et révolutionnaire) et actuellement, pire encore, la sensation...
A partir de là nous croyons bêtement que "la musique" dans le culte est là pour "soutenir" la prière. Ce qui, autrement dit, signifie que la musique devrait nous aider à sentir des trucs... (sentir, sentir... c'est un nouveau dogme pour la religion moderniste: Foi=sentiment, expérience...). Ou, si ce n'est pas "sentir", du moins "nous porter", comme on l'entend souvent, et là les modernistes n'ont de loin pas le monopole. hm...
La musique dans le culte, n'est pas un produit de beauté - comme une cravate peut l'être, dit Joseph Samson, que l'on enlève ou ajoute - elle EST la prière.
Dès lors, sont "liturgiques" des musiques qui ne font que développer, commenter, déployer... la vie propre de la liturgie et qui vivent de celle-ci et non d'autre chose. Et cette vie propre est essentiellement conemplation. Les musiques qui refusent (consciemment ou non) cela, et cherchent à s'en accomoder tant bien que mal de cette exigence pour exister malgré elle, sont des ... erreurs!
Dans cette perspective, il est capital de distinguer déjà les oeuvres sacrées qui n'ont aucune prétention liturgiques et qui se veulent a priori culturelles ou de salon... (la Petite messe en question, écrite pour une circonstance privée et mondaine... et qui a sa valeur en tant que telle) des messe liturgiques à proprement parler (Saint Pie X, dans son Motu proprio [I]Tra le sollicitudine[I] cite Palestrina comme exemple du genre, mais il y en a bien d'autres...)
Pour moi c'est très simple: tout ce qui tire l'attention à soi, tout ce qui est bruyant et flon-flon, tout ce qui est "épatant", "virtuose", ... tout ce qui éloigne de l'esprit de prière (on l'on sait combien il faut d'ascèse pour vivre d'oraison) est "fausse note" dans la liturgie. Aussi, il est quelquefois des sermons qui (sans être nullement hétérodoxes) nous éloignent profondément de l'esprit de prière... tout comme certaines pièces d'orgue, tout comme certains discours intérieurs que l'on ne fait pas taire dans la prière... etc. etc.
Pour les motets, idem, sauf que le motet, dans la messe, n'est pas liturgique! - et si l'on chantait ce qu'on doit chanter, nul besoin de rajouter des trucs... Ce qui est très drôle, c'est que le motet, outre l'origine médiévale liée aux très beaux développement "para-liturgiques", s'est développé sous Louis XIV pour "meubler" les messes basses du roi, au cours desquelles, en effet, on chantait tout du long, sauf pendant la consécration. Une telle manière de faire permettait beaucoup plus de liberté aux compositeurs que le cadre rigoureux de la messe chantée... raison pour laquelle le Roi Soleil préférait les messe "basses".
A mon sens, la rupture se situe certainement à l'époque baroque, lorsque le théâtre sacré (oratorio) se substitue à la musique sacrée (qui prie) à proprement parler, lorsque le souci - pour reprendre des concepts connus - devient pastoral et non plus liturgique : on vise l'effet sur un certain "public" à édifier. Déplacement de l'église vers le théâtre, même si de fait on reste à l'Eglise. (pas si baroque que ça le décaillet!...)
Un petit truc très simple et implacable pour voir si telle ou telle pièce peu convenir à la liturgie. Encadrez-le de deux pièces grégoriennes : et vous voyez tout de suite si la rupture est trop violente, voire si les "esprits" s'affrontent... Mais il est vrai que pour le pervevoir, il faut une certaine familiarité avec l'esprit de la sainte liturgie... ce qui n'est pas forcément facile à acquérir, a fortiori dans notre contexte.
M'est d'avis qu'il y aurait toute une éducation à refaire sur ce plan-là, et chez les défenseurs de la liturgie traditionnelle en particulier! Pour cela il faut replonger, corps et âme, dans le sens des choses. Il faut notamment réapprende les principes et fondements : la psalmodie... jusqu'à ce qu'elle devienne une seconde nature, mais aussi le silence, un vrai silence, intérieur et extérieur,... et encore..., et... et... et... et..........
Bref, on y revient toujours: il faut pratiquer assidument l'oraison silencieuse... pour espérer goûter, patiemment, avec respect et pertinence à l'esprit et à lâme de la liturgie.
A mon avis, le problème passe largement "la musique" ... : c'est véritablement toute une conception de la prière à redécouvrir. Mais c'est justement intéressant qu'il vienne à jour à propos de musique.