L'offertoire
Bertrand Décaillet (62.167.198.xxx) -  2002-07-26 23:05:35

L'offertoire

Une question fameuse, illustrée par Luther au 16e siècle... notamment
et qui me fait penser à la réponse que donnait Stéphane Wailliez à Mgr Raffin, suite à la critique que celui-ci avait faite du livre du Cal Ratzinger:

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[...] Mais ces prières attribuent aux oblats une vertu qu'ils n'ont pas, dites-Vous. Comme je Vous comprends! La prochaine fois qu'à la cathédrale une femme en blanc arrivera au bras de son père, ne tolérez plus qu'on murmure dans l'assistance: "La mariée arrive!". Faites rectifier par "la fiancée" car on n'a pas à attribuer à cette personne un statut qu'elle n'a pas encore.

J'ai bien peur, Monseigneur, que Vous nous resserviez les vieilles balivernes sur l'"erreur" de l'offertoire romain, qui anticipe sur le sacrifice. Balivernes mille fois réfutées et qui tiennent plutôt du prétexte. Prétexte à quoi? M'est avis que les citations de Luther et du pasteur Reed nous donnent la réponse à cette question.

Voyez-Vous, Monseigneur, je suis le rit byzantin depuis mon plus jeune âge. Tous les dimanches, lorsque le prêtre porte solennellement les oblats à la grande entrée (procession d'offertoire), je m'incline profondément et fais une grande métanie (signe d'adoration traditionnel des Byzantins). Ce faisant, je n'idolâtre pas ce qui n'est encore que du pain et du vin; je me contente de suivre les prescriptions liturgiques. Avec ou sans Votre agrément, le curé de la paroisse Saint-Vladimir récite alors les prières prescrites: "&#8230 Tout pécheur et tout indigne serviteur que je suis, je Vous offre ces dons. En vérité, c'est Vous qui êtes offert et offrez, qui recevez et êtes distribué, ô Christ notre Dieu (&#8230", et encore: "Ô maître de toute chose, Vous m'avez communiqué le pouvoir d'offrir ce sacrifice non sanglant (&#8230".

Souhaitez-Vous alors également réformer le rit byzantin? En ce cas, Vous devrez aussi supprimer la proscomidie, où le célébrant, avant même de commencer la partie publique de la liturgie, entaille par sept fois l'agneau (hostie) avec une lancette, en prononçant des paroles telles que: "Comme une brebis, il a été conduit à la boucherie (&#8230 car sa vie a été enlevée de la terre"; "Est immolé l'agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde, pour la vie et le salut du monde" ou encore : "A la prière <de la Sainte Théotokos>, recevez, Seigneur, ce sacrifice sur Votre autel céleste". Quel sacrifice? demanderez-Vous avec Votre esprit rationaliste. L'iconostase est encore fermée, on n'a pas encore chanté la première antienne! Quel sacrifice? Le sacrifice à venir, Monseigneur, celui que toutes les liturgies anticipent, parfois jusqu'avant le début de la partie publique de la cérémonie. L'anticipation constituée par l'offertoire romain est bien légère en comparaison!

Ou bien, étendant Vos sources à l'ensemble des communautés catholiques orientales, préférez-Vous l'offertoire syro-malabar, où le prêtre, versant le vin, dit: "C'est le sang du Christ qui coule dans ce calice" ? À moins que Votre prédilection n'aille à la liturgie éthiopienne, où le célébrant, immédiatement après avoir fait le signe de croix d'ouverture, s'exclame: "Combien est resplendissant ce jour et saisissante cette heure, où l'Esprit Saint descend du Ciel, prend ce sacrifice sous son ombre et le sanctifie". J'y suis! Conscient de la dignité de l'Arménie, première nation chrétienne de l'histoire et fille aînée de l'Eglise, Vous affectionnez tout particulièrement sa liturgie propre. C'est pourquoi Vous aimez tant sa prière d'offertoire: "&#8230 Vous, Seigneur, à qui nous offrons ce sacrifice, acceptez de nous cette oblation". À vrai dire, Votre ravissement avait déjà atteint son comble lorsque avant l'introït le prêtre arménien avait récité la prière de proscomidie : "En mémoire de l'incarnation salvifique de N.S. J.-C. (&#8230, bénissez Vous-même cette offrande et recevez-là sur Votre autel supra-céleste". Vous ne méprisez pas non plus les très similaires proscomidies et offertoires des liturgies syriaque et copte, conscient qu'il s'agit des très vénérables rits des sièges apostoliques d'Antioche (saint Pierre) et d'Alexandrie (saint Marc). Mais je ne poursuis pas, car pour le reste, on peut se référer à l'ouvrage de N. Liesel, die Liturgien der Ostkirche, publié par Herder. Puisque Vous Vous dites indigné de ce que certains fassent "constamment peser le soupçon sur la vie liturgique des églises particulières", je ne doute pas que Vous accordiez naturellement une attention toute spéciale aux proscomidies et offertoires de ces églises particulières rattachées à la chaire de Pierre.

Pour résoudre Votre aporie, je vois deux possibilités, Monseigneur. La première consiste à ce que Vous réformiez dans le sens de Vos "options" les proscomidies et offertoires de tous les rits orientaux: copte et syriaque; éthiopien, chaldéen, syro-malabar, syro-malankar, maronite, arménien, byzantin. Vous apporteriez ainsi une amélioration de qualité à ces rits, qui ne Vous ont pas attendu pour se former. Ce faisant, Vous suppléeriez à l'inaction du Saint Esprit, qui, par négligence, a laissé réciter pendant 10 à 15 siècles dans tout le monde catholique des prières d'une telle "imperfection théologique" (sic). La seconde option digne d'un évêque engagé consiste à Vous conscientiser Vous-même sur le point de savoir s'il n'est pas gênant de s'attaquer à une pratique liturgique universelle. Dans cette perspective, Vous en viendriez à Vous interpeller ecclésialement sur le questionnement suivant: qui est en rupture avec l'Eglise universelle? Vous vivriez ainsi l'Evangile dangereusement. Pour ma part, je Vous suggère, Monseigneur, de laisser le rit romain retrouver son offertoire, parfaitement consonant avec toutes les liturgies vraiment saintes, catholiques et apostoliques. [...]