L'interprétation? Il est difficile d'en juger ... par écrit! mais il est certain que la prière (l'oraison, l'union à Dieu) doit demeurer dans tous les cas la "mesure" de l'interprétation grégorienne, et d'une manière générale de toute action liturgique.
Cependant il faut tout de suite préciser que cette "prière" n'a rien à voir avec le sentimentalisme méli-mélo que l'homo modernus confond avec la prière, ni d'ailleurs avec l'émotion mélo-meli que l'on confond quelquefois avec l'état de prière. La chose est donc a priori difficile puisqu'il s'agit de "beauté qui prie".
Mon petit avis est que la "bonne" interprétation du grégorien suppose que l'on fasse tous les jours une bonne demi-heure d'oraison et lecture méditée, en partant des textes que nous donne, au jour le jour, la sainte Liturgie. Voilà!
Sur la voix : le volume est dans tous les cas une très mauvaise question, qui n'engendre que de très mauvaises réponses. A mon avis il faut chanter à pleine voix ET avec délicatesse, avec une très très grande écoute mutuelle... et une certaine humilité individuelle, ce qui peut sembler contradictoire, mais point du tout. C'est un peu comme le son de la viole: fermeté et légèreté – fermeté dans la conduite de la ligne mélodique (il faut absolument bannir les effets de Waw-waw sur les neumes- succession de petites séquences piano-forte et autres inflexions qui donnent le tournis, dont hélas Solesmes a montré le très mauvais exemple sur ses disques), et souplesse dans l'inflexion de la voix elle-même qui épouse celle du contexte (l'ensemble des chanteur + acoustique…) et surtout celle de la phrase, avec un grande stabilité sur l'ensemble de la phrase. Techniquement, le plus grand problème des modernes est que l'on a perdu la capacité à "penser" (entendre) la durée : soit l'ensemble de la phrase. Il faut travailler à entendre de très très longue séquence rythmique : la phrase en entier, et non plus seulement trois ou quatre notes successives... voire deux mots dans le meilleur des cas.
Il faut épouser, corps et âme, le texte sacré.
La plus grande difficulté reste... d'écouter – c'est donc le silence!- Obsculta ô fili...
L'oraison... on y revient! Oui, c'est cela qui distingue la bonne interprétation. Je dirais même qui distingue une "interprétation" de la prière du Fils.
In hymnis et canticis
Bertrand