Il est vrai que les "tradis" doivent se sentir en premier chef concernés, et que la formation du bon goût relève, chez eux, chez nous (soyez Reine...euh), d'un travail titanesque et d'immenses "relevailles". Il faut tout reconstruire.
Reste que, comme le dit la petite Jeanne dans le Mystère de la Charité de Péguy, il suffit de quelques minutes pour mettre à feu et à sac la moisson de toute une année, tandis qu'il faut toute une année pour la reconstituer. C'est la loi du genre que ceux qui détruisent ont beaucoup plus de réussite que ceux qui reconstruisent.
Il faut donc du temps, beaucoup de temps ("l'urgence" est toujours une très mauvais alibi, et cependant le plus sollicité) il faut des saints; il faut aussi la perspective du le sommet et non pas uniquement celle des étapes. Le sommet n'est pas la beauté d'abord, mais le vrai, mieux la Vérité. Or celle-ci, justement, est tout à la fois Voie et Vie. La beauté est donc nécessaire à la Vérité, tout comme le bien (la moral). Il faut tout tenir. Moralité : il ne suffit d'être tradis, il faut être un saint!
Et pour cela, les "tradis" sont les premiers concernés. Vous, Ignace, vous Michel (ténor de Montmartre!), vous Justin... - au travail de la sainte louange, humblement et sans bruit pendant de longues années, un travail de base, mais pas devant les hommes: devant Dieu, et Dieu seul. Saint Benoît dans sa grotte. C'est cela qu'il faut réaffirmer, et laisser quelque peu l'argument "pastoral" ou de séduction qui a fait tant de tort au vestiaire... La liturgie n'est pas un spectacle, elle n'est pas même d'abord un lieu d'édification des âmes et d'enseignement, elle est d'abord culte rendu à Dieu. Simplement être vrai, devant Dieu, et donner pour cela le meilleur de soi, de l'art!
Certes bien des cantiques (bien des statues...etc. etc. etc.) sont indignes! Rien ne sert cependant d'effaroucher des gens qu'une réelle persécution a rendu souvent fragiles sur ces questions... Il faut travailler ailleurs. Il faut recommencer par l'office, les psaumes, les vêpres..., il faut recommencer par l'humilité: bien dire (benedicere) chaque parole de la sainte Liturgie, en commençant minutieusement par celles qui sont les plus communes et que l'on "parle" avant de les chanter...: des lèvres au coeur, puis du coeur au lèvres - c'est l'histoire de ce baiser du Cantique. L'Esprit-Saint dépose sur nos lèvres "les gémissement inénarrables" de l'Ecriture, des psaumes, il nous les donnent à mâcher, à méditer; puis ces paroles descendent jusqu'au coeur, après quoi elles enflamment à nouveau les lèvres, et les gestes, et toute la vie chrétienne. Tantum aude quantum potes, nec laudare sufficis. Sacrifice de louange et sacrifice d'oblation, tout ensemble – se donner au Fils qui se donne au Père: la Messe catholique!
Pour reprendre tout à la fois la parole de Jeanne et celle de Notre-Seigneur: la moisson est abondante! Deo gratias!
In christo
BD