La Messe en question - Par l’abbé Guy Castelain
le gars du BTAG -  2002-06-03 23:15:02

La Messe en question - Par l’abbé Guy Castelain

La Messe en question
Par l’abbé Guy Castelain
Le Vème congrès théologique de SiSi NoNo, organisé en partenariat avec l'Institut Universitaire Saint-Pie X, s'est tenu les 12, 13 et 14 avril 2002 à la Mutualité à Paris sous la présidence de S. Exc. Mgr Bernard FELLAY, Supérieur général de la Fraternité St-Pie X.
Les précédents congrès, organisés tous les deux ans depuis 1994, s'étaient occupés de la défense de la vérité, du Concile Vatican Il, de l'œcuménisme et des perspectives de restauration religieuse. Il est surprenant que le beau thème abordé cette année, «La messe en question», ait du attendre la 5ème édition de ce congrès pour être traité. C'est donc avec satisfaction que les lecteurs du «Courrier de Rome», édition française de la revue romaine SiSi NoNo, ont pris connaissance, il y a quelques mois, du sujet qui serait abordé dans cette première édition parisienne et d'un événement que tous ceux qui veulent être à la pointe du combat attendent impatiemment...
La Sainte Messe est, en pratique, la pièce maîtresse de trois lois capitales: la loi de la croyance, la loi de la prière et la loi du salut. Voilà pourquoi M.l'abbé du Chalard, organisateur de cette rencontre, a proposé comme thème d'étude «La messe en question» pour ce congrès 2002.
Une quinzaine d'intervenants auraient pris la parole si S. Exc. Mgr TISSIER DE MALLERAIS n'avait pas été empêché par les devoirs imprévus de sa charge épiscopale... les auditeurs auraient pu profiter de son intervention sur «L'histoire de la Nouvelle Messe et les réactions de S. Exc. Mgr Lefebvre», probablement un des joyaux de ce rendez-vous que vous pourrez découvrir dans les Actes du Congrès de SiSi NoNo 2002 annoncés pour la Fête-Dieu... Un ouvrage qu'il faudra lire et méditer pour s'en imprégner.
LEX CREDENDI - premier jour du congrès (vendredi 12 avril)
La première journée s'est organisée «Autour du Problème de la Réforme liturgique» qui fut à l'origine de la résistance traditionnelle dans la mouvance post-conciliaire après 1967.
M. l'abbé SELEGNY a mis en lumière « L'enjeu du mystère pascal ». La récente publication «Le problème de la réforme liturgique» a tenté de mettre au grand jour le fondement doctrinal qui a orienté toute la liturgie conciliaire: le Mystère Pascal ou la messe comme «épiphanie» du Christ glorieux sans relation à l'événement du Calvaire. Autrement dit une nouvelle piste d'étude qui, toutefois, ne semble pas avoir atteint son degré ultime de maturité. M. l'abbé SELEGNY a bien montré que cette «théologie du Mystère Pascal» est vraiment l'enjeu actuel dans la question de la Messe puisqu'elle est bien la théologie du Cardinal Ratzinger contenue dans son livre «L'esprit de la liturgie». Cet exposé a permis de mieux comprendre comment la notion de péché s'est dégradée dans la Nouvelle Théologie née dans les années 1950.
M. l'abbé DE LA ROCQUE, professeur au séminaire de Flavigny, a exposé «Le Mystère Pascal dans la nouvelle théologie».
A la base de la conception conciliaire de la messe se trouve une déformation de la théologie de la Rédemption. Cette nouvelle conception est fondée sur une notion purement anthropocentrique du péché sans plus aucun rapport avec une offense à Dieu. Cette erreur ignore la distinction qu'il y a en réalité entre la faute et la peine, et évacue la nécessité d'une expiation nécessaire de la peine du péché, principalement par le Sauveur du genre humain: c'est l'évacuation de ce que la théologie appelle la «satisfaction vicaire» du Christ qui a payé du prix de son Sang le rachat de nos âmes.
On voit comment dans une telle théologie la notion de «sacrifice, propitiatoire et expiatoire» de la Messe est mise en péril... Et puisque la loi de la prière exerce une véritable influence sur la loi de la croyance, il est inutile de dire combien, dans une telle perspective, la Foi catholique peut être corrompue et mise en danger.
M. l'abbé CALDERON, professeur au séminaire de la Reja (Argentine) a précisé la «Notion théologique du Mystère Pascal». Pour ce faire, il a exposé un des chapitres d'une étude qui sera intégralement reproduite dans les Actes du Congrès. Il s'est appliqué à mettre en relief comment la causalité instrumentale qui est au centre de la théologie catholique des sacrements est gravement déficiente dans la nouvelle théologie du «Mystère Pascal». Son exposé a bien montré que l'efficience «ex opere operato» du «Mystère Pascal» n'est plus la même que celle de la théologie de tradition, et que derrière la même expression se cachent deux théologies différentes: l'action significative productrice de la grâce dans les âmes ainsi décrite par le thomiste est devenue action significative qui ne fait que rendre présent le Christ glorieux afin de nourrir la foi du moderniste. C'est là une conception sacramentelle de type protestant. – En résumé le conférencier a décrit la déformation de la théologie des sacrements opérée par la nouvelle théologie.
La présentation des conférences du vendredi 12 avril après-midi a été confiée à M. l'abbé de la Rocque, co-auteur du livre «Le problème de la Réforme liturgique» et fondateur de la «Lettre aux frères prêtres».
M. le professeur P. PASQUALUCCI, ancien professeur de l'Université de Pérouse en Italie, a montré le lien étroit entre «Le Mystère Pascal et le Concile».
Il a rappelé comment le Concile et le Novus Ordo Missae (Messe de Paul VI) ont créé de toutes pièces, d'une part une confusion dans la notion de présence du Christ, d'autre part, la notion toute nouvelle de «présence du Christ dans sa parole". Finalement avec le «Mystère Pascal", c'est la notion de présence véritable, réelle, et substantielle du Christ dans l'Eucharistie qui a été ruinée: le saint sacrifice de la Messe a été changé en mémorial du «Mystère Pascal". Cette Nouvelle Théologie va donc à l'encontre de tous les enseignements et définitions du Concile de Trente relatifs à la présence réelle du Christ de la Sainte Eucharistie.
En un mot, le professeur a bien mis en relief comment la théologie conciliaire a déformé et défiguré la notion de présence réelle.
M. l'abbé Grégoire CELIER, directeur de la revue «Fideliter" a fait une vigoureuse et très pédagogique intervention sur « La participation active des fidèles ». Il a démontré de façon très convaincante que la réforme liturgique conciliaire restera à jamais totalement injustifiée non-obstant les revendications modernistes.
En effet le bilan critique relatif à la période pré-conciliaire qui aurait pu servir de base de travail n'a été dressé, ni avant le Concile, ni pendant. On a réformé pour réformer, sans savoir pourquoi - les réformateurs ont fait croire qu'avant le Concile la participation des fidèles n'existait pas et ont créé une nouvelle «participation active des fidèles" qu'ils font reposer sur une conception fausse du sacerdoce des fidèles, et qui conduit à une usurpation des fonctions liturgiques réservées traditionnellement aux seuls clercs qui jouissent des pouvoirs requis pour de tels ministères.
Cette magnifique conférence a contribué à mieux saisir la déformation des notions de «sacerdoce des fidèles» et de «participation des fidèles» au saint sacrifice de la Messe.
Pourtant, que ce soit dans le catéchisme, dans l'enseignement des papes, ou dans les livres liturgiques d'avant le Concile Vatican Il, la participation active des fidèles était clairement précisée dans les domaines du chant, du service et des réponses liturgiques.
M. l'abbé DE TANOUARN, professeur à l'Institut Universitaire Saint-Pie X, «Pour redécouvrir la messe de l'Homme», nous a exposé «les significations d'un rite démocratique». Le conférencier a rappelé comment la Réforme a introduit l'idéologie démocratique moderne dans les rites les plus sacrés de la Sainte Eglise Romaine au point que la messe traditionnelle hiérarchique a été remplacée par une «cène démocratique» moderne qui s'égare dans un humanisme liturgique intégral.
C'est le souci maladif d'adaptation au monde moderne qui a été le moteur d'une mutation aussi radicale. Et puisque le monde moderne est en constante évolution, inutile de dire que le Réforme doit être en constante évolution par souci d'adaptation continuelle aux circonstances historiques - c'est l'historicisme liturgique. M. l'abbé de Tanoüarn a cité un aveu de taille du R.P. Gy (co-auteur. de la Messe des funérailles réformée) en 1964: «En dehors de l'Eglise Catholique, un tel changement s'appellerait "Révolution"» (le R.P. Gy était présent au Congrès le samedi et le dimanche).
Le conférencier a réussi à stigmatiser le déformation du souci pastoral de l'Eglise dans la Réforme liturgique.
LEX ORANDI - deuxième jour du congrès (samedi 13 avril)
La deuxième journée du Congrès portait sur le thème «Liturgie traditionnelle et liturgie réformée». Moins "spéculatifs", les différents sujets furent d'un abord plus facile. C'est M. l'abbé Bonneterre, prieur à Nantes qui a présenté les différents intervenants de la matinée.
M. l'abbé LORANS, recteur de l'Institut Universitaire Saint-Pie X à Paris a fait un intéressant exposé sur «La notion de sacrifice dans la société moderne». Une approche sociologique de la notion et de la réalité centrale de la théologie traditionnelle de la messe. Le monde moderne nie toute transcendance. De ce fait, incapable de s'élever au-dessus de sa phénoménologie évolutive, il rejette impitoyablement tout «dogmatisme» relatif aux vérités supérieures qui pourraient justifier le sacrifice d'un bien personnel et individuel. Le revers de cette évacuation de toute abnégation n'est autre chose que le «culte du moi» qui exige à son profit le sacrifice de tout ce qui pourrait le compromettre. C'est la perversion du sacrifice: le moderne ne veut plus rien sacrifier, mais veut qu'on lui sacrifie tout. C'est le «culte de l'homme» dont parlait Paul VI.
Et pourtant, en dehors de toute considération religieuse, la notion de sacrifice est à la fois une notion naturelle et humaine: l'homme doit faire des choix qui entraînent toujours le sacrifice de ce qu'il ne choisit pas...
Théologiquement parlant, les désordres de la concupiscence, conséquence du péché originel, exigent plus impérieusement encore la pratique du sacrifice dans la vie de l'homme déchu, relevé par la grâce. Refuser cette notion du sacrifice et sa mise en pratique, c'est laisser libre cours aux instincts barbares de la nature déchue et compromettre, cette fois, la véritable dignité humaine. La Nouvelle Théologie, soit en déformant la notion de sacrifice, soit en l'évacuant, prive l'homme de la source unique à laquelle il peut puiser ce très nécessaire «esprit de sacrifice»: le saint sacrifice de la Messe.
C'est dans la bonne humeur, et avec une rhétorique consommée, que le recteur de l'Institut Saint-Pie X a clarifié la perversion de la notion de sacrifice dans la néo-modernité.
M. Arnaud DE LASSUS a fait mémoire de façon méthodique et synthétique de «L'action du Père Joseph de Sainte-Marie (Salleron) dans le combat pour la Sainte Messe».
Après un bref aperçu biographique et bibliographique il a présenté et résumé les six grands thèmes de la Réforme traités par le célèbre théologien carme, fils de Louis Salleron, dont voici un sommaire: la promulgation canonique douteuse du Nouvel Ordo; l'Eglise comme sujet d'action dans la célébration (« Ecclesia celebrans ») ; la concélébration; la nouvelle conception d'une église bipartite, les initiés et les "conscientisés" ; le processus de révolution permanente et la nécessité d'une rénovation continue; enfin les grands responsables de la Réforme.
Il est tout à fait remarquable que le travail théologique du R.P. Joseph ait réussi à dissuader les rédacteurs du Droit Canonique réformé (1983) de rendre la concélébration obligatoire. Belle victoire!
L'exposé s'est terminé par une mise en garde sur les fausses attitudes face à la réforme: obéissance aveugle, silence coupable, fausse modération complice. En contrepartie M. de Lassus a rappelé la nécessité du retour au catéchisme, au bon sens et au combat liturgique dans le respect charitable des personnes. Pour résumer, disons que le R.P. Joseph des Sainte-Marie, par son travail, a bien montré la fausse conception de réforme chez le moderniste.
M. l'abbé GOESCHE a parlé de «L’art dans la liturgie» et la nécessité de «prier sur de la beauté». Saint Pie X disait déjà en son temps: «Je veux que mon peuple prie sur de la beauté». La beauté dans l'art, en effet, aide l'âme à s'élever dans le surnaturel.
Le Concile a donné la mort à l'art catholique: le saint sacrifice de la Messe était, avant le Concile, la raison, le principe explicatif et directeur de tout l'art chrétien. La corruption du sacrifice ne pouvait qu'entraîner une corruption de l'art.
En général, l'art doit être l'expression de la beauté dans sa plénitude. Plus précisément, dans le cadre de la liturgie, l'art doit rendre visible le mystère surnaturel invisible. Et le mystère central, c'est la messe. Cette expression est particulièrement réussie et plénière dans l'art gothique. Ainsi, le Dr Gerald Goesche a bien montré comment le Nouvel Ordo a contribué à la déformation de l'art liturgique dans son acception la plus large.
M. l'abbé Lorans, modérateur de ce samedi 13 avril après-midi nous a présenté successivement les conférences de M. l'abbé Bonneterre et de M. Dominique Viain.
En fin d'après-midi, le temps de parole réservé initialement à S. Exc. Mgr Tissier de Mallerais a été consacré à une interview avec trois des intervenants responsables d'œuvres particulières: les abbés Boubée et du Chalard, et M. Viain.
Le premier s'est laissé interroger sur la «Lettre aux frères prêtres» ; le second sur la revue «SiSiNoNo» et le troisième sur l'initiative originale du «Latin vivant» (méthode du danois Orberg) à l'Institut Saint-Pie X.
Retenons surtout l'autorité très influente sur le clergé romain de la revue SiSi NoNo fondée en 1975 par Don Putti. C'est elle qui prépare dans l'ombre les esprits à un véritable renouveau doctrinal qui viendra nécessairement après la crise...
M. l'abbé BONNETERRE, auteur du livre célèbre intitulé «Le Mouvement liturgique» nous a aidé à reparcourir les étapes historiques de la malheureuse Réforme conciliaire préparée de longue date.
Dom Guéranger avait initié un heureux mouvement liturgique, encouragé de nouveau par Saint Pie X, dont les' modernistes se sont emparés pour le détourner. En effet, saint Pie X avait barré la voie théologique au modernisme. De même Pie XII. Cependant, les réformateurs, en bons révolutionnaires, ont compris qu'il fallait passer par la pratique: cette pratique dans la Sainte Eglise s'appelle «liturgie». C'est ainsi que le Nouvel Ordo fera office de magnifique «Cheval de Troie» dans l'Eglise. Une terrible arme de subversion du peuple chrétien. L'étape ultime de ce mouvement, la messe «normative», présentée le 14 octobre 1967 par Mgr Bugnini, fut cependant un échec (71 placet sur 180 votes). On connaît la suite: comment le 3 avril 1969 le Nouvel Ordo fut imposé plus que promulgué.
Dans une lettre inédite du 17 avril 1979, Mgr Lefebvre avoue que l'expression «liturgie dégradée», en parlant de la Nouvelle Messe, lui semble trop faible: il préfère parler de «liturgie empoisonnée» (par l'esprit protestant). C'est pourquoi la liturgie réformée, même à «petite dose» (une fois par mois) finit par être «mortelle» pour les âmes.
Une conférence qui a rappelé les étapes de la perversion d'une heureuse initiative dans l'Eglise.
M. Dominique VIAIN, agrégé de l'Université et professeur à l'Institut Universitaire Saint-Pie X, a donné des explications sur «Les langues liturgiques».
Avant le Concile, 10 langues liturgiques étaient en usage dans l'Eglise Catholique. Au commencement de la Chrétienté, c'est le grec qui est en vigueur. Mais il est confiné dans les limites de l'Empire Romain - la question des autres langues se pose à l'occasion de l'évangélisation. Ce passage aux autres langues s'est consommé entre le IIIème et le Vlème siècle. Le passage au latin se fait au IIème, IIIème siècle.
Il est intéressant de noter que la catholicité reste à 95% latine et que la propagation du schisme et de l'hérésie est liée à l'usage des autres langues. Est- ce à dire qu'une autre langue que le latin entraîne nécessairement des déviations? Il ne le semble pas. Cependant, tous les réformateurs hétérodoxes (XVIème siècle) font de la question de la langue une question «quasi dogmatique». C'est que la question de la langue, sans être proprement dogmatique, assure la «connexion» entre le dogme et la pastorale: c'est pourquoi le réformateur en fait un «fer de lance». Le Concile s'est chargé d'ouvrir la porte à la langue vernaculaire... la pastorale conciliaire s'est chargée de «dogmatiser» l'usage du vernaculaire. . .
M. Viain a terminé son exposé en rappelant quelles doivent être les « notes » de la langue liturgique: universelle, immuable, non vulgaire. En un mot, cette intervention a stigmatisé la technique de perversion liturgique par l'usage de la langue vernaculaire.
SALUS ANIMARUM, PRIMA LEX - troisième jour du congrès (dimanche 14 avril)
A l'aube de ce troisième jour du Congrès tous les congressistes entrevoyaient déjà combien le salut des âmes dépend du «Combat pour la liberté de la Messe traditionnelle». A l'occasion de la Messe pontificale du matin, célébrée par S. Exc. Mgr Bernard FELLAY; entouré des prêtres orateurs du Congrès, le Supérieur Général de la Fraternité Saint-Pie X a donné, dans son homélie, les principes qui le guident dans les tractations avec Rome qui sont plus que jamais d'actualité. Cette homélie fera sans doute aussi partie des Actes du Congrès.
L'après-midi, c'est M. l'abbé Lorans qui a repris la direction du congrès avec sa bonne humeur habituelle.
M. l'abbé BOUBEE a démonté «Les fausses conception du sacerdoce» engendrées par le Concile Vatican Il et la Réforme conciliaire.
Directeur de la «Lettre aux frères prêtres», le conférencier a voulu partir d'une base de données vivante et actuelle: les différents témoignages recueillis dans le courrier des lecteurs de la «Lettre». Ils lui ont permis de tracer un «portrait-robot» du prêtre moderniste engendré par la crise. Un sacerdoce malheureusement défiguré. Le prêtre moderniste souvent «généreux», de bonne foi, mais libéral, est conditionné par un complexe démesuré d'adaptation, ou plutôt d'inadaptation au monde. Il prêche un évangile exclusivement d'amour pour la défense des valeurs humanistes et communautaires. Héritier de Hume, Mounier et consorts, il prétend travailler à la construction d'une église en perpétuel devenir, tout en restant intellectuellement prisonnier du rationalisme, de l'historicisme et de la «praxis» évolutive pour être «en église»...
Entraîné dans un tourbillon évolutif sans fin, perpétuellement inquiet d'être «avec l'Eglise», il ne se rend même pas compte qu'il n'est peut-être plus «dans l'Eglise».
Il a perdu de vue la référence obligée à laquelle tout prêtre devrait sans cesse se rapporter: le prêtre, homme de la prière, homme de la Parole de Dieu, homme du sacrifice et de la charité pastorale. Idéal que les derniers grands papes, saint Pie X, Pie XI, Pie XII n'avaient cessé de rappeler dans leurs enseignements.
En un mot, M. l'abbé Boubée a bien montré comment la notion de vie sacerdotale a été déformée par la praxis conciliaire dans l'esprit des prêtres. Il est évident, après cet exposé, que toute restauration sacerdotale devra commencer par la formation traditionnelle du clergé, et d'abord dans les séminaires.
S. Exc. Mgr FELLAY, dans une magnifique intervention très contemplative, a bien exposé le rapport intime qui existe entre «La Messe et le sacerdoce».
L'acte principal du sacerdoce est bien le sacrifice, le Sacrifice de la Messe. Cet acte est posé par le prêtre en vertu du caractère sacerdotal, marque spirituelle «imprimée» dans son âme le jour de son ordination sacerdotale.
C'est ce «caractère» qui le rend participant du Sacerdoce éternel de Notre Seigneur et en fait un «autre Christ» (alter Christus) : au cœur de la Messe, dans l'acte intime de la consécration, il devient l'instrument du Souverain Prêtre et agit «dans la personne» du Christ (in persona Christi). Il pose un acte qui le transcende. On peut dire, en toute vérité, que c'est à l'autel que le prêtre atteint le «sommet de son sacerdoce» dans le saint sacrifice de la Messe.
L'identité du prêtre repose donc tout entière sur le «caractère» sacerdotal qui établit le lien de tout prêtre avec le Souverain Prêtre. Mais, cette identité sacerdotale se manifeste et s'exprime souverainement dans la célébration liturgique du sacrifice. Et pas n'importe quelle liturgie: le Saint Sacrifice de la Messe Catholique.
«L'immolation du Christ par les signes», comme disait Pie XII.
En évacuant de la sainte Messe la réalité du sacrifice propitiatoire, la réforme ne pouvait qu'engendrer une crise d'identité chez le prêtre conciliaire. Cal: c'est bien la célébration du saint sacrifice de la Messe qui rend «tangible» au prêtre l'activité de son «caractère sacerdotal» enfoui secrètement dans son âme... Détruire et éliminer la réalité visible, fruit de l'activité de la réalité invisible dans le prêtre, c'est le condamner à oublier le trésor qu'il possède en son âme et à ne plus savoir «à quoi il sert»!
Ainsi, si le prêtre conciliaire veut découvrir ou redécouvrir sa véritable identité sacerdotale, il doit commencer par apprendre (ou recommencer) à célébrer l'ancienne Messe.
En résumé, disons que la réforme, en déformant le rite de la messe, a déformé l'identité sacerdotale.
M. l'abbé DU CHALARD a assuré la clôture de ce grand rendez-vous «SiSiNoNo» avec une exhortation «Pour un vrai combat de la Messe». Avec la récente troisième édition typique du Nouvel Ordo Missre, il a souligné que, ce que l'on appelle avec légèreté la «querelle de la messe» reste au cœur de l'actualité religieuse.
Depuis 1966, il faut constater que la messe tridentine a regagné du terrain avec l'induIt de 1984, le motu proprio de 1988 et l'accord de «Campos» en 2002. Cependant elle n'a pas purement et simplement repris ses droits indiscutables: tout ce qui a été accordé par Rome ne l'a été que corrélativement à des concessions faites au Nouvel Ordo. Au terme de ce congrès, la conviction que «cette contrepartie exigée pour la remise en liberté provisoire de la messe Saint Pie V est inacceptable» ne s'est que renforcée. Absolument rien ne saurait plus justifier cette messe «Paul VI» désormais démontrée injustifiable.
Cependant, à l'aube du troisième millénaire, il faut souligner que les différents «tabous» dénommés «messe Paul VI», «messe du Pape», «messe de l'Eglise conciliaire» sont brisés.
A Rome, le nombre d'opposants à la libération de la Messe Saint Pie V est faible, mais les opposants sont aux postes-clefs.
Le nombre des messes anciennes augmente mais les critiques du Nouvel Ordo doivent être «religieusement corrects». Rome ne veut pas aller au fond du problème et dogmatise, contre toute évidence, la soit-disant orthodoxie de la messe Paul VI.
Et pourtant! La liturgie conciliaire n'a laissé que ruine, désert et solitude spirituels. C'est pourquoi il faut engager et prolonger «un vrai combat de la Messe» : la messe sans condition, sans concession et sans compromission. Ce qui n'a pas encore été obtenu, pas même par l'Union Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos.
L'enjeu est grave et vaut la peine d'être engagé: plus la crise aura été grave, plus le renouveau sera grand. C'est sur ces paroles d'espérance que nous a laissés le conférencier qui a bien fait ressortir que les vrais droits de la messe tridentine sont encore occultés.
S. Exc. Mgr FELLAY a prononcé le «mot de la fin» en évoquant de nouvelle tentative de Rome pour un rapprochement. Trois lettres récentes depuis le 19 mars semblent viser ce but. SS. Jean Paul II, qui se veut «pape de l'unité», désire probablement ne pas laisser inachevé son grand dessein d'unification avant de quitter cette terre...
Fondamentalement, il est d'accord pour dire que la messe saint Pie V n'est pas abrogée et que tout prêtre peut la célébrer (cf. les réponses de la commission interrogée en 1986). Semblent également de cet avis les Cardinaux Ratzinger, Sodano, Castrillon Hoyos. Cependant il y a des obstacles plus «diplomatiques» que théologiques.
Quoi qu'il en soit, si Rome veut engager une discussion théologique, elle répond alors au plus grand souhait de notre Supérieur Général. A condition que les problèmes «de fond» soient abordés. Si Rome veut tenter un nouvel accord pratique, Mgr Fellay a certifié que ses' conditions demeurent inchangées: liberté totale de la messe saint Pie V pour tout prêtre et déclaration de nullité des censures portées contre la
tradition…
La Messe demeure l'anti-dote de base à la crise universelle que nous traversons. La réforme liturgique, à elle seule, a déformé voire évacué les facettes
multiples et variées du dogme catholique en connexion avec le saint sacrifice de la Messe: la seule restauration de la célébration de la Messe dite «de saint Pie V» peut déclencher le renouveau que nous attendons tous!