Ignace,
je crois que je me suis mal exprimé et j'ai été volontairement un peu provocateur.
Tout d'abord, je ne déteste pas le latin, loin de là. J'aime beaucoup les hymnes grégoriennes qui sont un support extraordinaire d'improvisation. Dieu sait si Olivier Messiaen a loué le grégorien. Il l'a même rapproché du chant des oiseaux !
Ce qui me semble dérangeant, c'est l'absolutisme du latin ou plutôt, des néo-anté-conciliaires. Je suis peut-être un peu optu d'esprit moi-même, mais tous ceux que je connais sont souvent attachés à un ensemble de chose qui ne souffre aucune modification et va de paire avec une certaine rigidité et une volonté de rétablir une société où la religion régnait. Je m'explique : je ne dis pas que mes frères traditionnalistes ne vivent pas d'une expérience spirituelle forte, mais j'ai l'impression qu'ils ne sont pas suffisamment solides dans leurs foi pour affronter la différence et le dialogue sans se crisper sur ce qui est légitimement le coeur de leur spiritualité.
Donc, le latin, je ne suis pas contre, à condition qu'on le replace dans le contexte : le christianisme est une série d'inculturations. Quand Saint Jérôme a réalisé sa traduction de la Bible en latin, c'est parce que le grec était une langue savante inaccessible à tous. Il a donc réalisé une traduction en langue vulgaire (entendez : de tous les jours, vernaculaire) et sa bible en latin a naturellement reçu le nom de Vulgate.
Lors de l'évangélisation de l'Europe de l'Est, saints Cyrille et Méthode ont traduit la Bible en Slavon (pour les langues slaves équivalent du latin pour les langues latines). Ils ont du même coup inventé l'alphabet cyrillique. A l'époque le passage du latin au slavon constituait également une adaptation à la langue de tous les jours.
L'église maronite qui célébrait originellement en syriaque célèbre désormais en arabe, langue parlée.
Qu'est-ce à dire ? Faut-il démolir l'expression de la foi telle qu'elle nous a été transmise successivement dans des langues vivantes qui sont devenues progressivement des langues savantes ? Je ne le crois pas. C'est d'ailleurs pour çà que le Concile V2 nous a ordonné de garder le latin. Néanmoins, mon avis personnel est que le cours des choses a eu raison sur les directives du Concile qui sont en définitive davantage l'expression d'une transition difficile que d'une volonté de garder le latin comme avant.
Pour moi, le passage a la langue vernaculaire est très positif et s'inscrit dans une véritable tradition de l'Eglise. Cependant je reconnais que le passage se fait difficilement et que la plupart des paroisses sont colonisées par des chansonnettes et que d'une certaine manière une certaine dimension sacrée a été évacuée. Mais d'un autre côté, n'ayant pas vécu l'avant concile, mais ayant des témoignages de chrétiens actuels, il me semble que l'opposition latin super priant à français des chansonnettes est une construction de l'esprit actuelle, parce qu'en effet actuellement, les offices en tridentin ne réunissent que des convaincus alors que les paroisses drainent des gens cristallisés dans leurs habitudes (entre autres). Pour ma part, je sais qu'il est réellement possible de prier en français dans un rite Paul VI sans faire de la chansonnette. Je prends à témoin les liturgies de fraternités monastiques de Jérusalem ou de la communauté des Béatitudes, ou même celles de l'Emmanuel.
Donc, je résumerai en disant : n'absolutisons pas une seule expression de la foi chrétienne. C'est le message de Vatican II.
Pour ma part, je trouve intéressant d'aller se frotter à une expression différente de celle dans laquelle on est né. Cela fait relativiser beaucoup de choses et nous aide à saisir ce qui vient de notre expression et ce qui vient de Dieu lui-même, bien que nous soyons toujours prisonniers de nos mots et de nos cerveaux, sur cette terre.
Nicoco