Véritablement donc la bénédiction d'Abraham s'est répandue sur les nations. Jésus-Christ, vrai fils de la promesse, germe unique du salut, a par la foi dans sa résurrection rassemblé de toute race les hommes de bonne volonté, les faisant un en lui, les rendant comme lui fils d'Abraham, et, qui mieux est, fils de Dieu. Car la bénédiction promise au début de l'alliance, c'était l'Esprit saint lui-même, l'Esprit d'adoption des enfants descendu dans nos coeurs pour faire de tous les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ. Puissance merveilleuse de la foi qui brise les anciennes barrières de séparation, unit les peuples et substitue l'amour et la liberté sainte des fils du Très-Haut à la loi d'esclavage et de défiance !
Pourtant, ce spectacle grandiose des nations incorporées à la race élue, et devenant participantes en Jésus-Christ des promesses sacrées, n'agrée pas à tous. Le Juif charnel qui se vante d'avoir Abraham pour père sans se soucier d'imiter ses oeuvres, le circoncis qui se glorifie de porter en sa chair les marques d'une foi qui n'est pas dans son coeur, ces hommes qui ont renié le Christ renient maintenant ses membres et voudraient repousser ou tronquer son Eglise. C'est avec rage qu'ils voient de tous les points de l'horizon ce concours immense que leur jalousie mesquine n'a pu arrêter. Tandis que leur orgueil froissé se tenait à l'écart, les peuples s'asseyaient en foule avec Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes, au banquet du royaume de Dieu ; les derniers devenaient les premiers. Jusqu'à la fin des temps, Israël, déchu par son obstination de son antique gloire, restera l'ennemi de cette postérité spirituelle d'Abraham qui l'a supplanté ; mais ses persécutions contre les fils de la promesse et l'Epouse légitime n'aboutiront à faire voir en lui, comme dit Saint Paul, le fils d'Agar, le fils de l'esclave exclue avec son fruit de l'héritage et du royaume.
Libre à lui de repousser l'affranchissement que lui offrait le Seigneur, plutôt que de reconnaître l'abrogation définitive de sa loi périmée. Sa haine n'amènera point les fils de l'Eglise, figurée par Sara la femme libre, à rejeter la grâce de leur Dieu pour lui complaire, à délaisser la justice de la foi, les richesses de l'Esprit, la vie dans le Christ, pour retourner au joug de servitude brisé à jamais, quoi qu'en ait le Juif, par la croix qu'il dressa au Calvaire. Jusqu'à la fin la vraie Jérusalem, la cité libre notre mère, l'Epouse jadis stérile, maintenant si féconde, opposera aux prétentions surannées et cependant toujours vivaces de la synagogue, la lecture publique de l'Epître qu'on vient d'entendre. Jusqu'à la fin, Paul, en son nom, traitant de la loi du Sinaï signifiée aux hommes qu'elle concernait par l'intermédiaire de Moïse et des anges, fera ressortir son infériorité relativement à l'alliance conclue par Abraham directement avec Dieu ; chaque année, aussi fortement qu'au premier jour, il redira le caractère transitoire de cette législation venue quatre-cent-trente ans après une promesse qui ne pouvait changer, pour durer seulement jusqu'au jour où paraîtrait ce fils d'Abraham de qui le monde attendait la bénédiction promise.
Dom Guéranger (Année Liturgique).