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René Dugas -  2002-05-29 16:24:36

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Mariage: une synthèse
C'est ainsi qu'au XIIème siècle, l'Eglise cherche à redéfinir le mariage. Elle le fait aussi en joignant deux traditions culturelles, romaine et germanique. Pour les Romains, l'âme du conjoint, soit le consentement, est première dans les liens du mariage, alors que la tradition germanique mise sur l'union charnelle, l'acte conjugal visant la procréation. En réalisant une synthèse de ces deux traditions, le mariage chrétien devient dès lors valide s'il réunit à la fois consentement et consommation, sa dimension intellectuelle et «pratique». Une autre «innovation» médiévale est le sacrement du mariage: aux dimensions culturelle et sociale de ce dernier s'ajoute ainsi une valeur spirituelle: «C'est le souffle du spirituel, de l'éternité. Le mariage comporte dès lors trois 'partenaires': l'homme, la femme, et Dieu», souligne Aimone.
En unissant le caractère concret du mariage et des principes généraux, le droit canon allait non seulement réorganiser et poser les jalons de cette institution sociale, mais aussi donner une unité à la personne et au couple, en associant à l'union un caractère théologique. On aboutit ainsi aux notions de fidélité et d'indissolubilité du mariage. Si ceux-ci ne sont pas sans poser des problèmes aujourd'hui, qu'on pense à la non reconnaissance du divorce par ex., il faut, insiste Aimone, les saisir dans leur contexte historique: une époque médiévale où la moyenne d'espérance de vie est de 35 ans (un mariage dure donc env. 15 ans), les décès de conjoint très fréquents et la vie concentrée presque exclusivement sur le village (endogamie). C'est dans ce cadre que l'Eglise fondait une nouvelle identité familiale qui allait perdurer jusqu'à l'époque contemporaine. (pt)

Universitas Friburgensis juin 96