Chers liseurs,
Au vu des dernières interrogations soulevées sur le Forum, je me dois ici de remettre quelques points sur quelques i.
Quel est le but originel de ce Forum ? Amener des catholiques à discuter sincèrement autour de la Foi qui les anime.
L'Eglise aujourd'hui est malade. Malade de ses divisions. Malade de ses incompréhensions. Malade parce que le fait même d'être catholique ne veut plus dire la même chose pour tel ou tel.
Je ne me fais pas personnellement à cette idée que la Vérité puisse être ainsi modelée à n'importe quelle sauce, sous le simple couvert d'une soi-disant bonne volonté.
La Vérité EST, quoi qu'on en pense. C'est elle qui nous fait vivre et non le contraire, jusqu'à preuve du contraire.
A l'origine du Forum catholique, l'immense majorité de ses liseurs était proche de la Fraternité St-Pie X (eh oui ! c'est ainsi, chers amis), ou d'autres suivaient les communautés nées dans le cadre et sous l'impulsion du Motu proprio "Ecclesia Dei", et notamment de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.
Pour ma part, j'ai souvent placé les liseurs face à leurs responsabilités, attirant leur attention sur le fait qu'ils étaient lisus par un public plus large qu'ils ne le soupçonnaient eux-mêmes.
J'ai notamment vivement combattu les propos pouvant aller à l'encontre de la respectabilité du Pape Jean Paul II, qui -quoi qu'on en pense- est bien le Vicaire du Christ, successeur de Pierre.
La page d'accueil du forum rappelle clairement la continuité du Magistère, notamment de saint Pie V à Jean Paul II.
La présence même d'une photo du pape Jean Paul II au sommet de la page centrale du Forum catholique devrait également en rassurer quelques uns.
Je n'ai pour ma part reçu aucun mail de qui que ce soit qui se plaigne que cette photo soit présente en ces lieu et place...
J'ai longtemps souhaité que le public des intervenants s'élargisse, et que les débats dépassent les interrogations propres au monde catholique traditionnel.
Nous avons eu de bons échanges en ce sens.
Certains appartiennent à la légende, envolés avec la suppression par le fournisseur du Forum de plus de 5.000 messages.
D'autres appartiennent à l'histoire, mémorisés grâce à l'intervention d'un liseur qui stocke tout cela sur Tabularia.
Il y a eu du bon. Il y a eu du moins bon.
Il y a aussi, autant que je vous l'avoue, de l'insipide, de l'illisible.
Aujourd'hui, chacun reste finalement campé sur ses positions.
Je ne vois pas d'échange réel, quoi qu'en pensent certains.
Des fois différentes s'opposent, toutes se revendiquant du catholicisime.
Impossible pour moi de ne pas penser à cet article paru dans la Nef sous la plume de Philippe MAXENCE en février 2001, où il évoque "ces catholiques qui ne s'aimaient pas".
Vous en retrouverez le texte en bas de message.
Notre amie Chantal se réjouit régulièrement des rapprochements de liseurs qui se manifestent sur ce Forum.
Certes, je me réjouis avec elle que des liens d'amitié se tissent entre liseurs.
Certes, c'est un point positif.
MAIS NOUS SOMMES, CHERE CHANTAL, TRES LOIN DU BUT.
Ce Forum est-il un simple cercle d'amitiés parallèles ?
Non, son but est bien plus profond, chère Chantal.
Son objectif n'est pas que de vilains fidèles de la Fraternité Saint Pie X lèvent un verre, fut-ce d'un excellent whisky, au soir d'un pèlerinage (quelle horreur que ce terme de lépé que j'ai lisu sous telle ou telle plume, comme un trophée qu'on exhibe fièrement, soit dit au passage...).
Son objectif n'est pas que de gentils fidèles de la Fraternité Saint-Pierre s'auto-congratulent à la sortie d'une messe de Lundi de Pentecôte sur le parvis de la cathédrale de Chartres.
Son objectif n'est pas que de très gentils conciliaires se réunissent dans un café parisien, la plume et le bloc-notes à la main, à réfléchir sur les moyens de développer la soi-disant "oeuvre" du Forum catholique.
Non, chers amis, autant que je vous le dise tout net, autant que je vous l'avoue tout cru, mon souhait personnel est d'amener chaque liseur à aimer l'Eglise, à embrasser la Vérité telle que nous l'a révélée Notre Seigneur Jésus Christ.
Au-delà, je confesse que j'aurais aimé aussi que les liseurs puissent être attirés par la Tradition séculaire de cette même Eglise.
J'aurais aimé qu'une fois une personne prenne son clavier pour nous dire : "Chers amis, vous m'avez donné ENVIE d'assister à une messe de saint Pie V ; j'y suis allé ; je n'en suis pas revenu".
(Des histoires dans ce genre, il y en a eu. Je me dois de les taire. Elles n'ont pas été portées sur ce Forum.)
Au lieu de cela, depuis quelques temps, ce Forum est bien au contraire le théâtre de bien des divisions.
A l'image même de l'Eglise.
Je reconnais bien volontiers personnellement ne pas m'être toujours montré exemplaire.
J'ai, je l'avoue volontiers, un problème avec nos formidaaaables évêques de France.
C'est ainsi.
Je l'ai dit, je l'ai écrit.
Je ne retire pas un mot de ce que j'ai écrit.
Je maintiens que l'immense majorité d'entre eux gère mal sa "boutique". Je maintiens qu'il me semble incompréhensible qu'ils se monternt soudain si bavards au sujet d'une soi-disant menace des libertés publiques alors même qu'on ne les entend pas ou plus sur l'avortement, la contraception, les atteintes au droit de la famille, l'euthanasie, bref dans tout ce qui touche la morale.
Je maintiens que certains d'entre eux sont de piètres exemples pour les prêtres de leur diocèse, qui ont les coudées franches pour leur emboiter le pas.
Je redis que tout ceci constitue pour moi une grande souffrance.
Je reste persuadé en effet que le sursaut de l'Eglise de France ne sera pas possible sans que ses membres censés être les plus éminents changent et se souviennent enfin qu'ils sont des hommes, des vrais, et qu'ils se rappellent que le Christ est bel et bien mort sur la Croix pour Notre Salut, et qu'Il nous a montré La Voie pour cela.
Une Voie, pas 36.000 : UNE.
Le pape aura beau clâmer toutes les vérités, prononcer les plus beaux discours, tant que ses évêques se refuseront à les relayer fidèlement, eh bien ! je ne vois pas comment nous pourrons sortir de ce cloaque.
Je pleure pour ma part en constatant par ailleurs que bien des âmes sont maintenues en marge de l'Eglise.
Je ne m'y résouds pas.
Alors, que tel ou tel s'en offusque, et brandisse la menace d'aller raconter à qui de droit tout le bien qu'il faut penser de ce forum me laisse froid.
Auprès de qui, cher ami ? Dans quel but ?
De quel côté sont les brigands ? Franchement...
Prenez un catéchisme et LISEZ.
En guise de conclusion, chers liseurs, je dois vous faire part de mon grand désappointement.
Nous sommes aujourd'hui très loin en effet des objectifs premiers du Forum.
MAIS MAIS, je demande une nouvelle fois aux catholiques traditionnels de ne pas déserter ce forum.
Soyez exemplaires, chers liseurs.
Tenez bon !
Faites aimer la liturgie traditionnelle.
Faites aimer l'Eglise de toujours.
De grâce, ne baissez pas les bras.
VOUS POUVEZ PORTER DE NOMBREUX ET BEAUX FRUITS.
Pour cela, refusez la provocation, ne répondez pas aux messages qui vous dénigrent.
Que les fidèles de la Fraternité saint-Pie X soient ici assurés de mon union dans la prière.
Je prie afin que nous avancions ensemble vers l'Unité retrouvée au pied de la Croix.
Ad Majorem Dei Gloriam !
Xavier ARNAUD
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Commentaire de Monsieur Philippe Maxence
paru dans La Nef - n° 113
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Au terme d'un passionnant article consacré dans "Catholica" à l'état de la
controverse liturgique, l'abbé Barthe conclut : "Pour dire simplement ce n'est pas
le rite non réformé qui doit aller vers le réformé, mais le rite réformé qui doit aller
vers le non réformé". On comprend la logique d'une telle affirmation. Elle résumé
bien, à sa manière et sans que cela soit d'ailleurs son but, la querelle agitant
actuellement les milieux traditionalistes. Faut-il "traditionaliser" le nouveau missel
ou moderniser l'ancien ? Entendu strictement en ces termes, cette question
risque de ne jamais trouver de réponse adéquate. Car, sous son apparente
simplification, cette question comprend, en fait, deux, voire trois mouvements
successifs.
TROIS MOUVEMENTS.
Premièrement : le missel de 1970 doit-il être réformé ? Deuxièmement : si oui, à
partir de quelle base ? Et enfin : le missel antérieur peut-il être cette base ?
Quelle que soit la réponse apportée à ces questions, la première étape reste
déterminante. Pourquoi ? Parce que la vie liturgique, comme les termes
l'indiquent, est une vie. Elle implique une pratique dont il faut aussi tenir compte.
Or, aujourd'hui, cette vie liturgique repose (très) majoritairement dans l'Eglise
latine sur le missel de 19701 (tronqué ou non, ce n'est pas la question). Aussi, on
peut toujours se demander s'il faut rapprocher le missel de 1962 de celui de 1970
ou l'inverse. C'est une question intéressante. Cependant, ce qui est premier dans
l'ordre de l'intention est dernier dans l'ordre de la réalisation. Pour parvenir à
terme à une prise en compte totale des richesses du missel antérieur à la réforme
peut-être faudra-t-il passer par des étapes de rapprochement mutuel ? L'idée,
forcément, contrariera les savants liturgistes. "Per se", ils auront raison. Mais
nous sommes, "per accidens", dans une situation liturgique anormale. L'abbé
Barthe l'écrit lui-même : "En réalité, sur le fond, on ne voit pas comment justifier
la coexistence, non pas de deux rites attachés à des contextes régionaux
distincts, mais de deux états successifs du même rite ayant l'un et l'autre la
même destination universelle."
DEUX CULTURES.
Non, vraiment, on ne voit pas comment. Et, pourtant, cette situation est notre
situation. Cette réalité est notre réalité. Imposée, reçue et vécue comme telle.
Dire qu'il faut que le missel réformé s'approche du missel non réformé, c'est bien
dire la fin. Mais ce n'est pas dire le comment. Et ce comment, aujourd'hui, est
lourd de conséquence. Certes l'abbé Barthe propose quelques pistes déjà
connues dans son livre "Comment restaurer la liturgie ?" Mais la solution est-elle
univoque ? Retourner à l'unicité du canon, restaurer l'offertoire, célébrer à
nouveau face à l'abside, réintroduire le latin et le grégorien, oui, bien sûr. On
pourrait aussi par demander que le missel réformé soit célébré dans le respect
intégral de ses rubriques. Ces mesures sont nécessaires. Mais elles ne résolvent
pas la confrontation permanente entre deux cultures radicalement différentes.
Elles la présupposent même réglée ou, pire, elles l'ignorent superbement. Or, plus
que les rites (une telle querelle passe largement au-dessus de la majorité des
pratiquants), une véritable ligne de démarcation culturelle sépare aujourd'hui les
catholiques de rite latin.
QUAND LES CATHOLIQUES NE S'AIMAIENT PAS.
Cette réalité a été bien illustrée par les "Dessous d'une paroisse" diffusée le
samedi 6 janvier sur France 3 et consacrée à la paroisse
Saint-Eustache-des-Halles à Paris. On y voyait la vie ordinaire d'une paroisse
ordinaire, avec un curé doutant à haute voix de l'existence de Dieu, prônant des
positions contraires à celles de l'Eglise en matière de morale, des prêtres sans
aucun signe distinctif de leur état, un sacristain se définissant comme chrétien
libre, une grande table dressée pour la célébration du Jeudi saint, etc. Un état
des lieux qui ne résume pas à lui seul l'état plus contrasté de l'Eglise en France
mais qui en illustre une partie quand même. Or, sans même parler des prêtres,
quel point de rencontres possibles entre les fidèles de ces églises et ceux des
chapelles traditionalistes ? La même question pourrait être posée pour les fidèles
de ces paroisses et ceux fréquentant les cercles de l'Opus Dei ou des
Légionnaires du Christ par exemple. Aujourd'hui, sans repères communs, les
catholiques ne s'aiment plus et vivent en sous-groupes. Dans ce contexte, les
tentatives de rapprochements qui ne défigurent ni un rite, ni la doctrine et le
droit canon sont-elles forcément à rejeter ? Simple question adressée aux plus
compétents !
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publié avec l'aimable autorisation de Monsieur Philippe Maxence
LA NEF
BP 73
78490 MONTFORT L'AMAURY
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