Matière et forme...
Frédéric Ronga -  2002-05-15 09:07:22

Matière et forme...

Cher Monsieur,

   La question est certes délicate. J'espère vous rassurer en vous disant que je ne tiens pas ce jugement de mes seules réflexions. Je le dois à un thélogien.

   Ceci dit, j'aurais peut-être dû éviter cette remarque désobligeante. Désolé. Je suis maintenant forcé de développer un tout petit peu.

   La distinction entre papauté formelle et papauté matérielle a été développée, pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, dans la « thèse de Cassiciacum » par le P. Guérard des Lauriers. La question d'un pape hérétique, elle, a pourtant été discutée par de nombreux théologiens (notamment Cajetan ou Bellarmin).

   On peut distinguer entre une hérésie formelle et une hérésie matérielle. C'est d'ailleurs sans doute de là qu'est venue l'idée du P. des Lauriers. Cette analogie est cependant fausse. Le pape reçoit, en effet, son autorité de Dieu. Mais c'est tout. Il est faux de dire que les cardinaux participent, d'une façon ou d'une autre, à lui donner l'autorité qui fait de lui un pape. La participation des cardinaux n'est que canonique, c'est-à-dire juridique. Elle est d'ailleurs contingente, puisque l'on a vu, à l'issue du grand schisme d'Occident, un pape être légitimement élu selon une procédure autre. Au contraire, la réception de l'autorité papale par Dieu est une vérité d'ordre théologique.

   En y réfléchissant, donc, on s'aperçoit que cette distinction est surfaite. Il est toutefois avéré que son auteur n'était de loin pas ignorant, ni stupide. Il semblerait cependant qu'il ait ici cherché a posteriori des prémisses à une conclusion déjà érigée en conviction profonde : le pape n'est pas pape.

   Notez que cette position pose d'autres problèmes philosophiques et théologiques qu'il faudrait résoudre et qui la rendent, a priori, douteuse.

In Christo.

 Frédéric Ronga