qui avait conseillé la lisure de "Silence " de Shûsaku Endô, un livre dur et qui pose des questions difficiles, mais que je ne regrette pas d'avoir lu.
Rémi
Pour mémoire:
Dans son livre intitulé Silence, Shûsaku Endô nous raconte l’histoire de deux jésuites portugais, Garrpe et Rodrigues, envoyés en mission au Japon. L’action se déroule au XVII° siècle, alors que le Japon a rompu toutes ses relations diplomatiques et économiques avec le Portugal. Arrivés ensemble au Japon, en 1639, Garrpe et Rodrigues, après avoir vécu quelque temps dans la même hutte, doivent, par mesure de sécurité, se séparer. Rodrigues va ainsi suivre son chemin.
Seule la vie de Rodrigues nous est racontée dans ses moindres détails. Nous suivons l’errance intellectuelle et spirituelle de ce prêtre. En effet, il ne s’agit pas uniquement d’un simple roman décrivant l’apostolat d’un jésuite au Japon, mais surtout du " journal d’une âme ". L’âme de Rodrigues est une âme tourmentée qui, de vicissitudes en vicissitudes, est confrontée au radicalisme de la foi. Ce radicalisme atteindra son apogée lorsque, après quelques mois de prison, Rodrigues apostasiera, persuadé de voir et d’entendre le Christ l’encourageant dans ce sens.
C’est cette évolution spirituelle d’un Rodrigues jésuite convaincu, à un Rodrigues apostat qui nous est racontée. Le livre nous rapporte les trois grandes étapes de cette évolution spirituelle. Dans la première partie, Rodrigues, jeune jésuite plein de fougue, part à la conquête du Japon. Il est rempli d’espoir et convaincu de la volonté divine à l’égard de sa mission évangélisatrice. Le Christ y apparaît comme le soutien de Rodrigues. Dans une seconde partie, nous vivons le combat spirituel de Rodrigues. Tous ses repères tombent et il se trouve confronté à la dure réalité d’un pays hostile au christianisme et à la faiblesse humaine. Il se sent seul et ne parvient plus à discerner la volonté de Dieu. Enfin, dans une troisième partie, le combat spirituel touche à sa fin et Rodrigues apostasie, convaincu que telle est la volonté de Dieu. Le Christ lui est devenu un véritable inconnu. La dernière partie de l’ouvrage est composée de lettres écrites par des témoins oculaires de la nouvelle vie de Rodrigues.
Après la lecture de cet ouvrage, deux leçons s’imposent. D’abord Rodrigues est un excellent exemple de ce qu’il peut advenir d’une foi fondée sur la volonté propre et sur une certaine mégalomanie lorsqu’elle est confrontée à de véritables adversités. Tous les beaux ‘joujoux’ qui faisaient l’orgueil de Rodrigues et l’éclat de sa foi s’effondrent en prison jusqu’à la plus triste des fins : l’apostasie. Mais tout cela s’opère en toute bonne conscience, le Christ l’encourageant même à piétiner son image. Il parvient à rendre acceptables ses malheurs en se disant qu’ils sont aussi grands que ceux du Christ. Ensuite, Rodrigues est un personnage misérable, car lui qui se comparait au Christ, qui prétendait avoir une relation intime avec lui, finit par le piétiner, qui plus est en justifiant son acte par sa voix intérieure qui ne cesse de changer d’avis tout au long du roman. On peut comprendre que l’homme soit faible devant le martyre - le Christ lui-même a eu un mouvement de crainte - mais Rodrigues inspire plutôt le mépris par son manque d’humilité du début à la fin du roman.
Frédéric Libaud
sur http://www.christicity.com/index/00000-958107923
Shûsaku Endô:
Écrivain japonais (Tokyo, 1923 — Tokyo, 1996).
Baptisé dès l'âge de onze ans, il exprimera dans toute son œuvre, influencée par sa connaissance de Bernanos, Mauriac et Claudel, la problématique de la foi chrétienne au Japon, pays fort éloigné de l'idée du monothéisme. Ses études littéraires à Lyon, de 1950 à 1953, lui fournissent le cadre de son premier roman, l'Homme blanc (1955), pour lequel il obtient le prix Akutagawa; il revient également sur son expérience occidentale dans Études en terre étrangère (1965). Les thèmes du mal et du péché ainsi que de la responsabilité se retrouvent dans la Mer et le Poison (1957; trad. fr. 1979), qui évoque les expériences scientifiques que menèrent des médecins japonais sur des prisonniers de guerre américains. Ensuite, son œuvre suit deux cheminements parallèles. Dans des récits historiques, il décrit le destin des chrétiens japonais du XVIIe siècle avec Silence (1966; trad. fr. 1971), où il s'interroge sur le sens du martyre, et avec le Samouraï (1980), qui ferme ce diptyque sur la foi et le sacrifice. Utilisant en revanche la fiction contemporaine, non sans humour, comme dans Un admirable idiot (1959; trad. fr. 1981), il s'attache à déceler dans la société la lâcheté et la peur de l'amour. Son écriture sobre mêle fiction et aveu intime tout en se défiant du pathétique, comme dans Scandale (1986; trad. fr. 1988), qui, par sa franchise et sa justesse de ton, fit justement scandale au Japon. Bien que non conformiste, Endo appartint à l'establishment littéraire; membre de l'Académie des arts, il fut président du Pen-Club de 1985 à 1989 et lauréat, en 1995, du prix de la Culture décerné par l'État. Son dernier livre, le Fleuve sacré (1994), une quête religieuse sur fond de voyage en Inde, est paru en France en 1996.
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