Glace
Xavier ARNAUD -  2002-03-22 22:35:41

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Cher ami,

Je découvre ce soir votre mot d'adieu.
Je le respecte et m'y plie, comme manifestement d'autres liseurs si j'en crois le peu de réaction qu'a suscité votre message, bien que lisu une cinquantaine de fois (à moinsque vous ayez vous même ouvert le dit message quatre ou cinq fois pour voir quel était votre pouvoir de lisorat sur ce forum).

Je ne partage pas votre vision du catholicisme.
La doctrine de l'Eglise est claire.
Elle est logique, elle forme un tout immuable, un ensemble de règgle de vie, qui n'autorise pas la moindre concession, c'est clair.
J'en discutais encore cet après-midi avec un ami qui m'est très cher.

transiger avec telle ou telle partie de son enseignement, c'est déjà mettre le doigt dans l'engrenage du libéralisme, qui conduit bon an mal vers toutes les libertés. En clair, vers la permissivité, le vice. Donc le péché.

Notre vie, ici-bas, se doit donc d'être exemplaire. Nous sommes tous appelés à la sainteté.
Nous devons tous être des saints. Vous, Torquema, Chantal, Justin, EA, Rémi, Frédéric, Bertrand, l'abbé PH, Barc, Gary, Nelly, le gars, Cyberix, le passant, le Loustique, Ibnoullah, Kinzler, Marciani, de Spyshow, Constantin, Josep et j'en oublie bien d'autres qui me pardonneront, je l'espère (je ne m'attarde pas).
Tous, nous nous devons d'offrir au monde le visage radieux d'être libres, libérés par la Vérité vers Laquelle nous tendons du plus profond de notre être.

Et pourtant.
Pourtant, nous nous apercevons bien qu'invités à la meêm sainteté, nous sommes tous très différents les uns des autres. Les uns plus spirituels, les autres plus intellectuels.
Nous sommes l'Eglise. Nous pouvons tous nous enrichir, parce que nous ne resentons pas les choses de la même façon.
Parce qu'à l'intérieur même de la Foi, nous percevons différemment le Bon Dieu, qui se révèle à nous de mille façons différentes.
A vous, il a donné le goût du livre.
M'est avis que d'autres ici n'ont pas la même soif de mots, mais qu'ils préfèrent se réfugier auprès du Très-Saint sacrement ou dans les bras de la Très sainte Vierge Marie pour leur confier leurs peines et écouter leurs conseils.

Vous vous caricaturez ici comme le rempart solide contre toutes les hérésies.
Je ne vous connais pas, cher ami. Si ce n'est au travers de vos lignes lourdes et pesantes, qui semblent se jouer de toute charité.
Je ne sais de quoi votre vie est faite. Je ne sais si elle est jalonnée d'épreuves, ou celle d'un enfant effectivement gâté.

Je ne sens dans vos mots aucun enracinement profond.
Une douleur, c'est certain, une souffrance manifeste.
Une misanthropie effrayante, c'est sûr, qui sied mal avec l'idée que je me fais d'un vrai catholique.

Vous fustigez ceux qui s'en prennent à l'Eglise. Avez-vous pensé une seconde au fait que vos mots pouvaient être blessants ? Vous êtes-vous interrogé même sur leur adéquation avec toute notion de charité chrétienne.
Vous vous riez de ces catholiques qui se laisseraient insulter par le monde.
Mais vous même, qu'avez-vous fait ici pour essayer de les ramener au Bon Dieu, lorsque l'occasion s'en est présenté ?
Aujourd'hui encore, vous allez sur un autre forum à 19:24 inviter une jeune personne à venir discuter sur ce Forum catholique, que vous avez indiqué quitter à 14:01...
A quoi jouez-vous ?
Est-ce ainsi que vous prétendez évangéliser "au Nom du Père et du Fils et du saint-Esprit" ?
Il me parait que c'est une étrange façon de procéder.
Ce matin aussi, vous relanciez comme hier (ou avant hier) de vaines polémiques au sujet de liseurs qui sont venus ici discuter avec nous, parfois avec maladresse certes, mais pas toujours.
Vous me reprochez en filigrane ma mollesse.
Mais à quoi sert donc ce débat frontal ?
Croyez-vous que c'est ainsi que vous porterez du fruit ? Non. Vous êtes précisément en train de braquer ces personnes-la, en les méprisant de toutes vos forces intellectuelles, livrant votre intelligence à oeuvre basse.
Une occasion vous était ici donnée de discuter.
Vous avez sorti votre bénitier et prononcé vos paroles incantatoires. Point.

Et vous ressassez cela comme une rengaine. Vous y revenez et vous y revenez.
Et vous vous étonnez en sourdine du fait que je puisse alors ne pas vous suivre sur ce chemin.
Je ne crois pas que la reconstruction de notre Eglise passera par la dureté dont vous faites preuve à chaque ligne.
La fermeté sur les principes : OUI. Mille fois oui.
La clarté dans le discours, oui.
Mais, argumentez, expliquez ! Témoignez ! Développez !
Mais si vous n'avez pas envie de discuter avec ces personnes, eh bien ! restez dans votre coin. Intervenez quand bon vous semble.
Mais laissez à d'autre le soin de répondre.

Vous semblez oublier par moments que bien des Français vivent dans des milieux où la Foi catholique n'est pas accessible. Des familles dont elle est absente. Des régions aussi où la messe dominicale est assurée par des prêtres sans charisme. Des coins de France (pardon pour nos liseurs étrangers) où il n'y a pas moyen de trouver une messe dignement célébrée, quel que soit le rite.
Pouvons-nous reprocher aux liseurs qui sont issus de tels milieux ou de tels coins de France de ne pas tout avoir lu, de ne pas connaître tout de l'enseignement de l'Eglise, d'en rester aux clichés que leur servent jour (et nuit, bien souvent) les média ?
Assurément, non.

Voila ce que m'inspire votre message, cher Sombreval.

Commencez tout d'abord à vous aimer vous-même. Parce que vous êtes aimé du Bon Dieu.
Rendez-Lui grâce de vous avoir donné la Vie.
Et aimez -Le en aimant votre prochain, sans mépris ni dédain, qui ne sont - j'en suis convaincu - que mépris et dédain de vous même, de ce que vous êtes ou avez été.
Aimez le Bon Dieu et ramenez à Lui les brebis qui se sont égarées.
Avec patience et charité.

Ce message va maintenant s'achever.

Eteignez cet ordinateur.
Allez dans votre salle de bains.
Regardez-vous dans la glace.
Et souriez-vous.

En union de prière à votre intention particulière ce soir,

In Christo,

Xavier