Le pape soustrait à un évêque allemand une partie de sa juridiction
Le Pape Jean-Paul II vient de prendre une mesure disciplinaire peu commune de sa part, à l’encontre de Mgr Kamphaus, évêque de
Limbourg, en privant celui-ci d’une partie de son autorité. Cet épisode est à situer dans le dossier des centres de conseil établis en
Allemagne pour accueillir les femmes souhaitant procéder à l’avortement. Rappelons qu’en Allemagne, toute femme voulant avorter doit
présenter un certificat obtenu dans l’un de ces centres. Certains d’entre eux sont sous la houlette de l’Eglise catholique. A la suite de la
réunification de l’Allemagne et de l’élargissement de la législation en la matière, il devenait moralement insoutenable de dispenser de tels
certificats. Par conséquent, Rome demanda de suspendre cette activité. On se souviendra du manque de docilité de l’épiscopat allemand qui
joua au bras de fer avec le Saint-Siège. Après des mois d’argumentations peu probantes, le Saint-Siège demanda de mettre fin
définitivement à l’émission de certificats, et ce au plus tard après une période de transition qui durera près de deux ans. Les 28 évêques
allemands se soumirent bon gré mal gré, à l’exception de Mgr Kamphaus. En février de cette année, Mgr Kamphaus reçut une lettre
personnelle du Pape, remise en mains propres par le nonce apostolique en Allemagne, Mgr Lajolo, lui enjoignant de suivre la politique de
Rome ou de démissionner. L’évêque ne céda pas. Le 8 mars, le Saint-Siège fit connaître la décision du Pape : plutôt que d’obliger Mgr
Kamphaus à démissionner, il lui enlève la direction des centres de conseil de son diocèse (qui englobe la ville de Francfort).
L’aile progressiste et la presse allemandes ne manquent pas de monter aux créneaux, avec cependant des arguments très subjectifs.
On parle de « nouveau Kulturkampf », de « mainmise de l’évêque de Rome sur une Eglise locale » (FAZ), « un affront envers tous
ceux qui veulent le dialogue avec les Eglises protestantes et orthodoxes » (Süd-Deutsche-Zeitung). « L’Eglise de la base » (le
mouvement Wir sind Kirche, Nous sommes l’Eglise) parle de « mépris pour la conscience personnelle d’un évêque », de « manque de
prise en compte par le Vatican des circonstances ecclésiales locales ». Les autres évêques allemands semblent se ranger du côté de
Rome, mettant fortement à contribution la langue de bois ecclésiastique.
Nous saluons cet acte d’autorité du Saint-Siège en faveur de la loi naturelle. Nous pouvons partager l’étonnement de ceux qui
s’étonnent, cependant pas pour les mêmes raisons. Notre esprit s’étonne de l’action de la plus haute autorité qui s’investit dans la défense
de l’ordre naturel, tout en détruisant l’ordre surnaturel qu’elle est censée protéger.
Source : DICI n°46