Réponse sérieuse
Nelly Achlaw -  2002-02-22 21:03:04

Réponse sérieuse

Mon cher Sombreval,

Vous me permettrez de renchérir encore sur ce que vous dites.

J'ai l'impression de plus en plus nette que vous vous focalisez trop sur le sexe, et que vous avez une vision bien trop tranchée de la chose.

Vous êtes en cela comme une large partie de l'Eglise lors des deux siècles derniers qui (pour dompter le bourgeois?) a légiféré en matière de cul bien plus qu'elle n'aurait du. Cela lui a fait un tort énorme dont elle pâtit encore aujourd'hui. Je ne sais si vous avez déjà fréquenté des "manuels du confesseur" un peu ancien, dont celui de Mgr Bouvier - qui passait pour libéral. Disons-en que les réglements sexuels de ces manuels, des manuels de théologie morale et de quelques autres sont au Christianisme et à la vie morale ce que les taliban sont à l'Islam.

Dans ces manuels, on explique au moyen de termes choisis et polis, qui ressortissent au vocabulaire de la dynamique des fluides corporels, ce qui est bien, et ce qui est mal.

On y parle tout de même pas de petite fleur, mais de "flux" et de "vase". Et il y a certains flux qui ne doivent pas s'écouler dans n'importe quel vase (sinon ça s'appelle un péché contre nature); de même on ne doit pas prendre n'importe quelle position - sinon c'est de la bestialité. En fait, il y a UNE position, et une seule.

Il est actuellement, même pour un tradi pur et dur, suffocant de lire ce que les confesseurs faisaient endurer aux pieux couples du XIXème siècle. TOUT péché ayant une connotation sexuelle était d'office mortel, etc, etc.

Cette chape de plomb - je pèse mes termes - a été tellement forte que la mentalité actuelle, même des non-catholiques, en est encore marquée.

Chez les tradis, cela peut se traduire par une fixation excessive sur le péché de la chair, que vous semblez partager. Votre impossibilité intrinsèque de vous exprimer sur le sujet sans utiliser un mot déplacé, grossier, trivial, exagéré - bref, sans mesure, le dénote assez. On commence avec la bite molle, on finit avec l'héroïsme; au passage, on a salué le "chacal" qui sommeille en vous. Pourquoi ne pas dire tout simplement que vous êtes tiraillé entre un désir passionné d'étreintes non moins passionnées; et une aspiration vers la sainteté qui semble barrer le chemin d'une chose que vous désirez envers votre volonté?

Certes, cela sonne un peu plus ordinaire ainsi, mais c'est justement parce que ce que vous racontez est le lot de bien des personnes, de bien des lecteurs de ce forum, moi compris, que je prends la peine d'insister un peu.

Premièrement, tant que vous ne nous aurez pas précisé ce que vous entendez par "carnage", je ne croirai pas que vos appétits soient si en-dehors de la norme.

Deuxièmement, si vous saviez ce qui se passe dans certains lits cathos, vous seriez surpris.

Troisièmement, mariez-vous avec une femme que vous aimez, pas avec une "authentique chrétienne". Vous trouverez les ressources pour rester chrétien, même si elle ne l'est que peu ou pas du tout. Dans le meilleur des cas, vous la convertirez. La bonne chrétienne estampillée dès 16 ans sent le moisi; se transformera avant trente en furie frigide, ne vous autorisera que de tirer deux coups dans votre vie (un pour chaque gosse) et vous les coupera dans votre sommeil un peu plus tard.

Quatrièmement, pénétrez-vous (si j'ose dire) que le péché de chair est souvent véniel.
J'ai eu comme vous des périodes de tension sexuelle extrême (le summum ayant été atteint après une retraite de St Ignace : quinze jours d'abstinence!) Evidemment, lorsque l'on pense que le moindre regard déplacé vous enverra en enfer, on fait gaffe. Mais même cela, même la confession hebdomadaire, cela ne suffit pas.
Vous pourrez ôter les filles de votre vue, vous pourrez vous jeter dans les ronces à la moindre pensée impure, vous donner la discipline, vous faire une planche à clous pour débander dans les tentations, vous confesser à chaque rechute, collectionner les sacramentaux, meubler tout votre temps libre par la prière, si Dieu ne vous envoie pas la grâce, rien de cela ne marchera. Je le sais, je l'ai fait (sauf les ronces, mais ça a failli).
A mon avis, cette fixation n'est autre qu'une ruse de plus du fourchu : pendant que vous vous faites des scrupules, des tourments, votre âme ne trouve pas le repos, vous êtes perpétuellement inquiet, et si vous grossissez un péché, combien d'autres, graves, ceux-là, diminuerez-vous?

Croyez-moi, il est infiniment plus grave de céder à la colère, ou à l'orgueil, que de s'envoyer en l'air d'une façon qui n'est pas permise par le catéchisme. Décontractez-vous donc spirituellement, et cela ira mieux; je ne dis pas que vous ne pécherez plus, mais vous retrouverez une âme plus disposée à accueillir la grâce, et moins fermée sur ses propres problèmes : si vous voulez que Dieu fasse irruption chez vous, il faut lui laisser la porte ouverte; et il faut accepter qu'il a la solution à certains de vos problèmes, et vous pas - alors que là, on vous devine manifestement en train de vouloir faire tout le travail à sa place : cela ne peut pas marcher!

Ceci dit, je dois vous avouer très honnêtement que je tiens certains recommandations ecclésiales en matière de cul, même actuelles, pour quantité négligeable.

Venons-en à votre mail.

Vous semblez opposer la "bite molle" (et comment ne l'aurait-on pas devant certaines pieuses catholiques?) au gros sauvage qui sommeille en vous. Mais ces deux figures ne s'expriment pas en général en même temps. Dans les salons, dites "vous" aux dames et basez-leur la main. Une fois dans votre chambre, c'est le moment de baiser la dame, plus la main. Tout ceci est donc fort compatible. Les "scènes plus que chaudes", ma foi, tant que vous ne la violez pas, je ne vois pas le problème!

Je crois, au contraire de vous, qu'il y a beaucoup de choses qui sont compatibles avec la vie chrétienne en matière de sexe, que ces choses sont assez naturelle (si on peut évoquer la nature dans la sexualité, alors que c'est un des domaines également le plus habités par le goût et l'artifice), et que vous feriez vieux de remercier Dieu d'avoir donné une belle voix aux filles plutôt de de murmurer un exorcisme.

Une fille hardie est un cadeau pour vous, pas un piège! Pourquoi le fuyez-vous?

Nelly
- célibataire