La Berlinale entre "Amen" et "Famille Tenenbaum"
X A -  2002-02-14 22:22:46

La Berlinale entre "Amen" et "Famille Tenenbaum"

La Berlinale entre "Amen" et "Famille Tenenbaum"
jeudi 14 février

BERLIN (AFP) - Le réalisateur
Costa-Gavras a estimé jeudi, dans un
communiqué parvenu à Paris, que
l'affiche de son dernier film, +Amen+,
présenté mercredi au Festival du film de
Berlin, "n'a aucun caractère
délibérément provocant", et rejette tout
"délit de diffamation envers quelque
groupe religieux que ce soit".

"Dans mon esprit, l'affiche d'+Amen+ n'a
aucun caractère provoquant (...) L'affiche
correspond au problème posé par le film
et traité aussi par de nombreux
historiens: celui de la responsabilité du
Vatican du fait de sa passivité lors du
génocide des juifs et des tziganes par
les nazis", écrit le cinéaste, qui se trouve toujours dans la capitale
allemande.

L'affiche, qui mêle étroitement croix gammée et croix chrétienne, a été
réalisée par le photographe italien Oliviero Toscani, auteur dans le passé de
campagnes de publicité pour Benetton qui ont défrayé la chronique.

Avant même sa sortie en France, l'Eglise catholique a condamné l'affiche du
film la qualifiant d'"inacceptable". L'archevêque de Paris, le cardinal
Jean-Marie Lustiger, a estimé jeudi que le graphisme de l'affiche était "un
fauteur de haine".

A Berlin, l'affiche, qui est accrochée à quelques centaines de mètres de
l'ancien bunker de Hitler, à Potsdamer Platz, a semé également un certain
émoi.

Une semaine après l'ouverture de cette 52e édition de la Berlinale, le favori
pour l'Ours d'or, décerné dimanche prochain, reste "8 femmes" de François
Ozon, suivi de "Monster's Ball" de Marc Forster (USA), devant deux films
allemands.

"Amen" raconte l'histoire tragique et réelle d'un officier SS, Kurt Gerstein
(Ulrich Tukur), protestant idéaliste, qui alerta en vain l'Eglise, le Vatican et les
diplomates sur les camps d'extermination, et d'un personnage fictif, le jeune
jésuite, Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz).

Cinéaste politique, préoccupé d'éthique, comme la Berlinale les aime, le
réalisateur de "Z", sur la dictature en Grèce, "L'Aveu" sur les régimes
totalitaires de l'Est, "Missing" sur la dictature au Chili, "Music Box", Ours d'or
à Berlin, rouvre "les pages les plus noires de l'histoire humaine" car, dit-il,
"cette période est exemplaire."

"Il y a aujourd'hui des drames partout dans le monde et il y a un grand
silence", dit Costa-Gavras, 69 ans aujourd'hui.

Kurt Gerstein, ingénieur chimiste, chargé des livraisons de gaz Zyklon dans
les camps d'extermination, se voulait "l'oeil de Dieu dans cet enfer". Il tente
en 1942 d'alerter le nonce apostolique à Berlin et fait la connaissance de
Ricardo Fontana, un jeune idéaliste inspiré par plusieurs personnages réels.

Le destin tragique des deux hommes est ponctué, tout au long du film, par
l'image lancinante de trains vides qui reviennent des camps de l'est et par les
remarques cyniques du Docteur SS (Ulrich Muhe), qui se réfugiera en
Amérique du Sud avec l'aide de l'église, alors que Gerstein finira pendu dans
sa cellule et Fontana dans une chambre à gaz.
(...)