Mercredi des Cendres à Saint-Nicolas du Chardonnet
SOMBREVAL -  2002-02-14 17:06:20

Mercredi des Cendres à Saint-Nicolas du Chardonnet

C’est la foule des grands jours à Saint Nicolas. On veut montrer à la face du monde qu’on prend pas le jeûne à la légère, qu’il n’est pas l’apanage des envahisseurs. On est là Seigneur, Roi de gloire et des francs, on laissera pas passer l’infâme. La jeunesse pour l’occasion n’a pas lésiné sur les coups de ciseau. La coupe à ras, ou tempes rasées pour livrer à la répugnance un crâne garni d’une étrange végétation qui ressemble plus à une culture de poils de cul qu’à une chevelure censée. L’intonation mâle avec laquelle mon voisin délivre son Amen m’indique que ni la sainteté ni même son simulacre n’est à l’ordre du jour. Les jeunes couples tradis adonnés au chic par réaction à la décadence vestimentaire de la jeunesse sans dieu, se délectent des effluves spirituelles émanant du chœur et qui leur rend sensible le sublime de l’alliance qu’ils ont contractée avec l’Eternel. Combien de couples peuvent s’enorgueillir dans la société d’une telle familiarité avec l’Idéal ? C’est là la grandeur de la Tradition. Cette communion dans l’amour divin leur fait oublier un temps les entorses au merveilleux qu’occasionne le plumard conjugal. Longtemps pour ne pas attenter à la virginité de mademoiselle, on a épuisé toutes les formules d’attouchements et de pelotages vicieux dont le catholique a le secret. Le mariage a donné lieu depuis à certains dérapages que le couple se promet de réparer en donnant à leur progéniture une éducation authentiquement catholique, sous la férule de la FSSPX. Telle jeune fille, encerclée par des tradis à face de hiboux mort, a le cœur serré. Tout à coup cette éducation lui apparaît ainsi qu’une tumeur qui la consume. Sa foi lui interdit même cette insurrection dont on a lu le récit dans maints romans de gare. Non, il faudra souffrir ce voisinage hideux, jusqu’au bout, et d’abord surmonter l’épreuve du repas communautaire et festif organisé en l’honneur des 25 ans de résistance de la paroisse. Beaucoup d’autres n’ont pas ces scrupules. Elles honorent la paroisse de leur présence pour les fêtes de première classe, pas plus, car elles ont pris acte de l’incompatibilité entre la Tradition et le monde moderne qui les subjugue. Le catholicisme traditionnel ne saurait contrarier leur épanouissement, leur désir de se réaliser. Il leur offre cependant cette justification à nulle autre pareille d’une vie ordonnée, qui échappe aux vertiges de l’imprévu. Un petit cercle d’amis leur suffit. L’inédit, le nouveau les rebute. Quelle aubaine aussi que cette bénédiction de la fidélité, car, en adeptes des copinages durables, elles sont naturellement rétives à toute nouvelle rencontre qui pourrait attenter à leur équilibre. D’ailleurs hormis leur amoureux du moment, elles ne voient personne et si d’aventure, à la faveur d’une rencontre lors d’une soirée entre amis, un mieux se présentait, il serait aisé de faire coller cette nouvelle donne avec la morale catholico-libérée qu’elles se sont composées. Pour l’instant tout va bien dans leur couple et elles viennent chercher à saint Nicolas cette caution divine à toutes les lâchetés, toutes les médiocrités que draine leur vie. Tout ce beau monde va se faire imposer les cendres mais ont-ils pénétrés le sens des paroles du Célébrant au moment de l’imposition et qui devrait les faire trembler : « Homme souviens-toi que tu es poussière et que tu retomberas en poussière ! ».
La quête de la sainteté, c’est là la seule justification de la Tradition qui, sans elle, ressemble à une œuvre vermoulue et putride sur laquelle viennent se coaguler toutes les mouches à merde.