"les foudres décaillesques".
Figurez-vous que en charge d'une émission de musique sacrée de 3 heures tous les dimanche matin sur un radio publique, je diffuse chaque dimanche LA cantate de Bach... que je considère (ce n'est pas très original, j'en conviens, comme un tout grand musicien.) De là à parler du rôle qu'y a joué l'Esprit-Saint..., je serais plus prudent. Il ne suffit pas de trouver une musique belle (et qu'elle le soit effectivement) et que de surcroit elle soit sacrée, pour s'imaginer qu'elle est "inspirée" - mais ce mot inspiré n'est-il pas justement un concept romantique auquel on ajoute facilement désormais du mystique... voir de l'Esprit - au sens très large ...?
Bach est un grand musicien, et "pieux" de surcroit (piétiste même). Il n'empêche que j'ajouterais, pour ma part, qu'il n'atteint pas la pertinence de certains autres musiciens proprement "catholiques", et quand je dis cela je ne parle pas de conviction personnelle (voire de sentiment intérieur du musicien, pour reprendre un mauvais critère de jugement romantique...) mais de culture objective du fait liturgique, encore une fois. (Bach demeure dans l'élan de 15 siècles d'une liturgie catholique qui, culturellement, subsiste encore plus ou moins dans le culte luthérien..., d'où cette très forte idée de prière musicale chez lui..., mais y existe aussi l'idée très protestante d'un culte ordonné à l'édificatrion moral de l'homme, ce qui est très restrictif du point de vue de l'art aussi...)
Les plus grand musiciens sacrés ont peut-être moins composé que celui-ci, mais sont allés plus loin dans le chef d'oeuvre, car ils se sont inscrits dans la vie liturgique même de l'Eglise. Il y a une très grande différence entre mettre en scène la prière (l'oratorio - l'esthétique baroque en général...) et prier ! De ce point de vue, Guillaume Dufay, Josquin Desprez, Victoria, et plétore d'anonymes ! sont infiniment plus pertinents que Bach...
Les musiciens du moyen âge, de la Renaissance, de l'époque baroque qui ne furent ni des fous, ni protestants, ni des "humanistes", ni des débauchés, ni des écorchés vifs, ni ... ni... - il en est beaucoup qui passent largement en puissance expressive et artistique Bach... ou bien sûr Bruckner!!
Seulement voilà, il s'agit d'une autre perspective au départ, et tout le drame est là! C'est exactement là qu'il s'agit de se mettre sérieusement au travail, nous autres catholiques, et de redécouvrir le sens de l'art, et de la prière, et de la beauté...
Bach est magnifique, mais il y a en a beaucoup d'autres!!! qu'on nous a cachés, ou qu'on nous ment, soit par des interprétations lamentables, soit par des a priori de "mauvais génie" qui dicte ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Heureusement, à un moment donné la musique elle-même se venge des diktats, et nait alors ce mouvement "musique ancienne" (au tournant du siècle à Paris, puis dans les années 50 à Bâles et Utrecht..., et qui prend un essort extraordinaire aujourd'hui) qui relègue la virtuosité et l'artifice à sa petite place (qui devrait être la dernière!), pour privilégier effectivement l'expression, et l'expression respectueuse du contexte originel de l'oeuvre. Oui il y a encore beaucoup plus magnifique et en abondance que Bach... Seulement voilà, les décideurs de LA culture (le Kulturkampf n'est pas un vain mot...) ont fait l'impasse... et l'impardonnable naïveté des catholiques, c'est qu'ils croient comme des navets alignés que cette imposture historique serait effectivement le reflet de la réalité historique. C'est une certaine conception de l'art qu'il s'agit de renouveler, afin que resurgisse ce que j'appellerais volontiers "l'Atlantide" d'un art pleinement chrétien et pleinement art !
Monteverdi est un grand compositeur catholique, oui, mais ils sont nombreux comme lui... De plus, demandez à n'importe quel musicien qui a pris la peine de découvrir cet univers-là (les vêpres ou la Selva morale ou les messes...) à travers cette pratique que l'on appelle "musique ancienne" ce qui caractérise la musique de Monteverdi. Il ne vous dira pas le génie particulier d'un homme qui sort du lot "et particulièrement en avance sur son temps", ni mêmne la convistion personnelle du compositeur, mais plutôt le contexte d'une histoire, d'une tradition qui est encore fondamentalement religieuse. Ce qui caractérise les vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi, c'est la Foi objective en la Révélation de Jésus-Christ, et sans nuance ni restriction!
Il y a un art pleinement chrétien, oui, et quand une fois on y a véritablement goûté, les clairs de lune et autre pâleurs troubles qui substituent le flou intime à l'authentique Mystère, apparaissent comme des enfantillages d'une humanité dégradée et effectivement malade.
Remarquez, d'une certaine manière le modernisme (le subjectivisme de la "conviction" contre la Foi révélée) était un des fruits très prévisible de la culture romantique...
Ce qu'il faut c'est goûter à l'authentique culture chrétienne, et pour cela il faut d'abord de bons interprètes, respectueux de cet "autre" monde! Il faut ensuite recommencer, nous autres catholiques, à l'Evangile... puis saint Paul, puis saint Jérôme, saint Benoît, saint Grégoire, saint Augustin, saint Ambroise... : Monteverdi était pétri de cette culture-là, et sans cette culture-là on ne comprendra jamais rien aux vêpres de la Vierge! - même si elles nous chatouillent l'oreille...
Vous savez ce qu'il faudrait, pour pouvoir juger d'une culture chrétienne? Il faudrait que les catholique se remettent à chanter l'office: les psaumes.
In Christo
Bertrand Décaillet
(foudres, à suivre, ici : http://www.rsr.ch/view.asp?DomID=200&clickedDate=01/27/2002 )