Je suis sur de nombreux points en accord avec vous. Avant ma conversion, j’ai d'ailleurs subi l’espèce de fascination de la musique romantique, celle de Brahms, Schubert et Schuman, qui comblait un vide religieux. Je pleurnichais au moindre Lied de Schubert ou de Schuman ( Le Dichterliebe chanté par wunderlich me laissait par terre, Je ne pouvais pas côtoyer une jeune fille sans voir en elle une possible schöne müllerin ). J’étais inféodé au Sentiment. Il s’agit bel et bien d’idolâtrie. Je dois à la Foi d’avoir exterminé le grand sentimental pleurnichard que j’étais, mi-comique, mi-grotesque, idolâtrant l’art, la femme… La « sécheresse » de la musique du Moyen-âge n’eût alors pu me combler. Aujourd’hui bien sûr je l’écoute plus volontiers, sans chercher ce que j’essayais désespérément de tirer de la musique romantique qui subordonne la Foi au Sentiment. Je pense que s’il y a un renouveau du catholicisme, ce sera effectivement dans le sens d’une réelle sanctification des individus, laquelle implique un dépassement du « romantisme » au sens où l’entend René Girard (voir ses analyses sur le mensonge romantique ). Je me suis d'ailleurs à ce point extirpé du romantisme, que maintenant tout exhibitionnisme sentimental m'irrite, le type qui doute me fatigue, l'amoureuse et l'amoureux me font bailler, et les "saisons en enfer" de quiconque me laissent de marbre. La foi en somme, c'est pour moi la chose la plus simple, la plus claire qui se puisse concevoir.
Cordialement